AA/Tunis/Bouazza Ben Bouazza
La décision prise par le président américain Donald Trump reconnaissant officiellement Jérusalem comme capitale d’Israël continue deux jours après de provoquer des remous et des réactions hostiles de par le monde.
Vendredi, de vives tensions étaient perceptibles dans le monde arabe et singulièrement dans les pays musulmans eu égard à la sensibilité de la question et à la symbolique de la ville qui renferme le troisième lieu saint de l’Islam.
Alors que le Conseil de sécurité était en réunion d’urgence pour débattre du problème, des manifestations ont secoué des pays musulmans et arabes pour dénoncer la décision du président américain controversé.
Dans les territoires palestiniens, où le mouvement Hamas a appelé au soulèvement et à une nouvelle Intifadha, quatre martyrs ont été tués par la police israélienne alors qu’ils protestaient près de la barrière bouclant la bande de Gaza.
A Jérusalem-Est et dans la vieille ville, des affrontements ont opposé manifestants et forces israéliennes, ainsi qu’à Hébron, Bethléem, Jéricho et Naplouse.
L’onde de choc s’est propagée partout dans le monde musulman. En Tunisie, plus de 5.000 manifestants se sont rassemblés dans la capitale Tunis pour dénoncer l’initiative du président américain qui « viole les résolutions des Nations Unies » et proclamer leur soutien à la cause palestinienne.
Des manifestations similaires ont eu lieu dans la plupart des villes tunisiennes du nord au sud. Les protestataires ont mis le feu à des drapeaux américains et israéliens et à des portraits de Trump.
En Afghanistan, les manifestants ont brûlé des drapeaux israélien et un américain et ont voulu s’en prendre à l'ambassade américaine.
En Turquie, plusieurs milliers de personnes ont défilé dans le quartier de Fatih, sur la rive européenne d'Istanbul, brandissant des drapeaux palestiniens et des pancartes proclamant «Jérusalem est notre honneur», «A bas l'Amérique, à bas Israël».
Ils étaient aussi des milliers à descendre dans la rue en Malaisie et en Indonésie, le pays musulman le plus peuplé. Environ 5000 personnes ont manifesté dans la capitale malaisienne, Kuala Lumpur en scandant «Ne touchez pas à Jérusalem» et «Faites tomber le président Trump».
A Jakarta, la manifestation s’est déroulée devant l'ambassade des États-Unis. Les protestataires tenaient un grand drapeau palestinien et des banderoles sur lesquelles on pouvait lire notamment «Non à Trump».
À Téhéran, l’imam de la grande mosquée a appelé les Palestiniens à se soulever et des milliers de personnes ont défilé dans les rues de la capitale iranienne pour exprimer leur colère contre la décision américaine.
En Jordanie, qui comme l'Egypte, a signé un accord de paix avec Israël en 1994, quelque 20.000 personnes ont manifesté à Amman et dans d'autres villes, en criant que «Jérusalem est la capitale de Palestine».
Au Caire, des centaines de fidèles entourés de policiers anti-émeute, ont manifesté à la mosquée al-Azhar. «Nous sacrifierons notre âme et notre sang pour toi, al-Aqsa», ont scandé les manifestants, certains brûlant des drapeaux américain et israélien.
Au Liban, des milliers de membres de partis d'obédience islamique et de gauche, ainsi que des Palestiniens ont organisé une marche à Beyrouth. Certains ont porté des photos de Trump et du drapeau américain barrés d'un grand X rouge. Des manifestations ont également été organisées dans des camps de réfugiés palestiniens du Liban.
À Bagdad, des centaines d'Irakiens ont manifesté dans le quartier de Sadr, en brandissant des pancartes sur lesquelles était écrit «Jérusalem est à nous et Jérusalem appartient aux Arabes». Là aussi, ils ont brûlé les drapeaux israélien et américain.
D'autres manifestations ont été signalées en Inde ou au Pakistan.
Outre les réactions hostiles du monde musulman, la décision unilatérale de Trump a suscité la réprobation des chancelleries occidentales.
La cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a appréhendé le risque qu’il y ait un «retour à des temps encore plus sombres que ceux que nous vivons aujourd'hui».
La Russie s'est dite «très inquiète». Vladimir Poutine a prévu de se rendre en Turquie lundi pour évoquer, entre autre, ce sujet.
Le même écho négatif a été propagé par nombre de capitales européennes: une décision «regrettable», selon Emmanuel Macron, tandis qu'Angela Merkel faisait savoir, avec un tweet de son porte-parole, que l'Allemagne «ne soutient pas la position» du président américain.
En attendant, le Conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni en urgence vendredi pour débattre de la décision du président américain. L'ONU est «particulièrement inquiète des risques d'une escalade violente» a affirmé lors de la réunion Nickolay Mladenov, coordonnateur spécial des Nations unies pour le processus de paix au Proche-Orient.
Alors que les journées du 6 au 8 décembre sont décrétées « jours de rage », les observateurs craignent qu'une hausse du «radicalisme religieux» ne soit une autre conséquence de la décision de Trump. Le responsable de l'ONU a appelé les dirigeants du monde entier «à montrer de la sagesse» pour ramener le calme dans la région.