AA/İstanbul/ Fatma Zehra Solmaz
L'administration Trump intensifie la répression contre l'activisme pro-palestinien.
Alors que l'administration Trump durcit sa répression contre l'activisme pro-palestinien, en diabolisant, arrêtant ou expulsant des militants à travers le pays, les inquiétudes grandissent quant à un possible recul des libertés fondamentales aux États-Unis.
Ces dernières semaines, de nombreuses personnes ont été arrêtées en raison de leurs opinions et de leur engagement pro-palestinien.
Des hauts responsables, y compris le président Donald Trump et le secrétaire d'État Marco Rubio, ont déclaré que cette répression se poursuivrait jusqu'à ce que « nous nous soyons débarrassés de tous ».
La rapporteuse spéciale de l'ONU, Gina Romero, a qualifié cette politique de « restriction massive de la liberté d'expression, de réunion et d'association pour le mouvement pro-palestinien ».
- Des étudiants étrangers ciblés
Le dernier cas en date concerne une doctorante internationale de l'université de Tufts dans le Massachusetts, Rumeysa Ozturk, une ressortissante turque dont le visa a été révoqué en raison d’« activités en soutien au Hamas » – une accusation avancée sans preuve par le département américain de la Sécurité intérieure.
D’autres étudiants ont subi le même sort, notamment Momodou Taal de l’université de Cornell et Yunseo Chung de Columbia.
Mahmoud Khalil, un ancien étudiant de Columbia et titulaire d’une carte verte, a également été arrêté par les agents de l'immigration et des douanes (ICE).
Romero a dénoncé ces pratiques : « Dans le cas de Khalil, il est impossible de justifier une expulsion, car il est expulsé uniquement pour avoir exprimé son opinion… et non pour une quelconque raison légale valable. »
- Menace sur la démocratie et la participation des jeunes
Selon Romero, cette répression ne se limite pas à des considérations politiques à court terme : elle constitue une menace pour la démocratie et l’engagement civique des jeunes.
« Les jeunes apprennent à exercer leurs droits », explique-t-elle.
Mais lorsque ces droits sont restreints, cela envoie un message délétère.
Cette situation décourage la participation démocratique, notamment le vote et l'implication dans les mouvements sociaux.
« Si les droits n’existent pas, quel est l’intérêt de participer ? » interroge-t-elle.
L’impact est encore plus grave pour les communautés migrantes vulnérables, où la peur peut conduire à l’autocensure et à l’inaction civique.
Romero met également en garde contre le risque que la répression pousse certains individus vers la radicalisation.
-Responsabilité des universités et protection des étudiants
Romero appelle les institutions d’élite, telles que Harvard et Columbia, à défendre les droits des étudiants au lieu de restreindre leurs libertés.
« Elles ont une voix qui porte », affirme-t-elle, estimant que ces établissements devraient « dire la vérité aux puissants » et protéger la liberté académique.
Elle alerte également sur le climat de peur qui s’installe dans les campus : « Les étudiants sont réduits au silence au lieu de pouvoir s’exprimer », ce qui nuit directement à l’avenir de la démocratie.
Elle plaide pour la mise en place d’espaces de débat où les idées difficiles peuvent être discutées sans crainte. Elle souligne aussi la nécessité pour les universités de protéger la confidentialité des données de leurs étudiants.
- Violation de la vie privée
Romero condamne la transmission de données étudiantes aux autorités, dénonçant une violation des droits fondamentaux.
« Les universités collectent des informations et les transmettent aux forces de l’ordre pour monter des dossiers contre les étudiants. C’est inacceptable et cela doit cesser », insiste-t-elle.
Elle exhorte les universités à réviser leurs politiques afin de respecter « les normes internationales de protection des droits humains ».
- Une tendance mondiale à la répression
Romero avertit que la répression de l'activisme ne se limite pas aux États-Unis mais s'inscrit dans une tendance mondiale où des gouvernements adoptent des tactiques autoritaires pour museler la contestation.
« Ce n’est pas un cas isolé, et cela ne se produit pas uniquement aux États-Unis », souligne-t-elle.
Elle observe que certains régimes autoritaires profitent de la situation pour critiquer Washington, mais elle estime que ces critiques sont souvent motivées par des intérêts politiques plutôt que par une réelle volonté de défendre les droits de l’homme.
- Un recul du leadership américain en matière de droits humains
Romero considère le déclin du rôle des États-Unis en tant que défenseur des droits humains comme « très problématique », mais elle y voit aussi une opportunité pour d’autres nations de prendre le relais.
« Perdre un champion des droits et libertés, comme l’étaient les États-Unis, est préoccupant. Mais cela pourrait aussi être une occasion pour d’autres pays de s’affirmer en tant que défenseurs de ces principes. »
Elle insiste sur l'importance pour chaque pays d’examiner ses propres failles et de corriger ses erreurs avant de prétendre défendre les droits et libertés sur la scène internationale.
Traduit de l'anglais par Sanaa Amir