Self Eddine Trabelsi
29 Mars 2017•Mise à jour: 29 Mars 2017
AA/Paris/Safa Bannani
Hélène Agesilas et Malika Maza, créatrices de "Fringadine" une marque de "modest fashion" apparue en France parlent de leur passion dans une interview accordée à Anadolu.
Hélène et Malika, autodidactes, ont lancé la marque "Fringadine" en 2014 pour «répondre à un besoin des femmes actives souhaitant respecter un code vestimentaire musulman qui soit à la fois pratique et stylé», expliquent-elles.
Leur marque, elles la logent plutôt sous l'enseigne de la "modest fashion" et de “mode plurielle” plutôt que de celle d'une mode communautaire.
Les deux créatrices refusent, d'ailleurs, d’employer l’expression « mode islamique » souvent utilisée en France. Malika préfère parler de « Modest Fashion », qui présente pour elle l’avantage d’être “une appellation plurielle respectueuse de la diversité”. Le "Modest fashion" étant un concept anglophone désignant la tendance du long et du ample.
Même son de cloche pour Hélène qui interroge, “je pourrai mettre une robe longue de la marque Valentino ou Kenzo et mettre mon foulard. Est ce qu’on va accuser ces deux marques de mode islamique ?”. Selon elle, parler de mode islamique “renferme la mode et restreint sa pluralité alors que cette mode s’adresse à toutes les femmes au delà de leur origine et de leur conviction religieuse”.
Si elle est conçue à l’origine pour les femmes musulmanes, pour autant “la marque Fringadine s’ouvre à toutes les femmes, notre clientèle est diverse”, insistent les deux créatrices.
“Il n’y a pas que les femmes musulmanes qui désirent s’habiller en long. Il y a des femmes de confession juive, chrétienne mais aussi des femmes athées qui ne souhaitent pas mettre en avant leur corps” expliquent-elles. Pour les deux créatrices, chaque femme a “son propre cheminement de vie et ses propres choix”.
Entreprendre “socio-éco-responsable” dans la mode
Autre signe de cette ouverture, Hélène et Malika ont à coeur de définir leur marque "Fringadine" comme “socio-éco-responsable”. Les deux entrepreneuses qui créent elles-mêmes leurs produits, ne font pas seulement «du made in France», elles souhaitent "valoriser le talent des artisans-artistes" qui travaillent avec elles, expliquent-elles.
Combinant principes religieux sur le plan social et des moeurs, les deux créatrices veulent que leur marque serve à "défendre une éthique au sein de la mode”.
Concrètement, elles affirment ainsi entreprendre “en paix avec [leur] éthique en refusant d’exploiter des ouvriers qui travaillent souvent dans des conditions déplorables pour les grandes marques”.
La marque Fringadine s’engage également à “utiliser dans l’avenir des tissus issus de l’agriculture biologique qui respectent l’environnement”. A l’instar du combat pour le bien-manger contre le ‘fast food’, les deux entrepreneuses revendiquent d’appliquer “une philosophie du travail qui refuse la surconsommation, ce qu’on appelle la ‘fast fashion’ ”.
« En France, l’islam est devenu un argument politique »
C’est à l’occasion d’une polémique contre le “burkini” (maillot de bain couvrant portée par des musulmanes) en France durant l’été 2016, que « la mode islamique » a surgi comme objet du débat public. Les deux créatrices de Fringadine déplorent “une polémique stérile.” “Notre objectif est de répondre à la demande d’une certaine catégorie de femmes tout en respectant les choix des autres. On appelle au respect de la diversité”, répètent Hélène et Malika.
“En France, l’islam est devenu un argument politique alors qu’on est submergé par de vrais problèmes comme les inégalités salariales entre les hommes et les femmes et la violence faite aux femmes.”, protestent-elles. “Certains politiciens et intellectuels français se revendiquent du féminisme, mais ils sont totalement absents quand il s’agit de voter des lois pour protéger les femmes ou pour défendre leur cause” rétorquent les deux créatrices.
« Laissez nous piquer la démocratie »
Hélène et Malika estiment “que toutes les difficultés, subies par les femmes qui sont victimes du racisme ou du sexisme, les ont boostées à se lancer dans l’entreprenariat et à s’émanciper.” Pour elles, l’entrepreneuriat est une bouffée de liberté qui permet à “cette nouvelle génération qui a vécu et vit encore les discriminations de se sentir pousser des ailes”.
“Laissez nous piquer la démocratie”, revendiquent les deux créatrices en réponse au débat houleux sur le voile en France.
Elles estiment, en outre, “qu’aujourd’hui, la démocratie a été complètement détournée et remplacée par une fausse laïcité qui contredit les principes de la République en excluant une certaine catégorie des citoyens français”
En prônant une mode “qui rassemble les différentes cultures, les créatrices de la marque Fringadine espèrent appeler à “un débat libre et citoyen qui respecte la diversité et la pluralité de la France”. Créatrices dans l’âmes, elles ont même inventé une allégorie couturière pour exprimer leur philosophie, “Chacun de nous porte le costume de sa vie à travers les vêtements et on doit le respect à toutes les vies”.