AA/Sanaa/ Zakaria El Kamali
Les accès yéménites ont permis la survie de millions de personnes pendant deux ans et demi de guerre mais les lignes de ravitaillement qui transportaient des tonnes de nourriture et de médicaments évitant ainsi la famine dans ce pays pauvre sont devenues le théâtre d’un conflit régional qui ne fait qu'empirer.
Le missile que les Houthis ont lancé vers la capitale saoudienne le 4 novembre dernier a suffi pour pousser la coalition défendant le pouvoir légal à prendre la décision de fermer tous les accès terrestre, aérien et marin menant au Yémen.
La Coalition militaire,dirigée par l’Arabie Saoudite, a fait valoir que cette décision est destinée à colmater les brèches constatées lors des opérations de contrôle et qui étaient la raison de la poursuite de la contrebande des missiles de l’Iran vers ses alliés Houthi.
Si cette décision n’a pas créé la panique chez le groupe Ansarallah (Houthi), qui a poursuivi l'exposition des nouveaux missiles, il n’en demeure pas moins qu’elle a engendré, en quelques heures, une série de problèmes d'existence dans un pays qui vit, depuis que le conflit a éclaté, une des plus graves crises humanitaires dans le monde, comme l’ont confirmé les Nations Unies.
Certains commerçants ont profité de ce blocus pour multiplier les prix des denrées de première nécessité, tandis que la majorité des villes yéménites souffrent du manque grave du carburant et de ses dérivés, au moment même où les Nations Unies ont annoncé la suspension de l’aide humanitaire suite à l'instruction qu’elles ont reçue de la Coalition qui a exigé le départ des bâtiments amarrés côté du port d’El Houdeidah, dans l'ouest du pays.
Bien qu’elle ait promis que ce blocus serait provisoire et qu’elle tiendra compte de l'entrée et de la sortie des groupes de secours et des aides humanitaires selon des procédures appropriées, la Coalition a refusé, ces derniers jours, de permettre à deux avions des Nations Unies d'atterrir au Yémen.
Il est très probable que les côtes de la Mer Rouge deviennent le théâtre le plus remarquable du conflit avec l’Arabie Saoudite appuyée par les Etats-Unis dans le cadre de la "nouvelle stratégie du Président Donald Trump "qui appelle à changer la crise du Yémen, affaire marginale, en une affaire centrale afin d’une part de faire face au flux iranien et d’autre part à empêcher le mouvement des Houthis de devenir un autre Hezbollah au flanc du Royaume".
Anadolu présente, ci-dessous, les issues yéménites qui ont été fermées, les forces qui les contrôlent ainsi que le volume des ravitaillements qui parvenaient aux Yéménites à travers cet accès.
-El Hodeidah et Saleef
Le port d’El Hodeidah compte parmi les plus grands et les plus importants accès maritimes sur la Mer Rouge, à l’ouest du Yémen, et qui, selon les Nations Unies recueille 75% des importations yéménites en marchandises et en secours.
Les Houthis dominent ce port qui relève de la préfecture d’El Hodeida depuis 2014 et qui a contribué, après le commencement de "la tempête de la fermeté " en mars 2015, à l'évacuation par voie maritime des ressortissants étrangers et à leur tête la représentation diplomatique chinoise, d’autant que l'aéroport de Sanaa a été à cette période fermé à la navigation aérienne.
La Coalition accuse les Houthis d'exploiter ce port stratégique pour attaquer les navires qui relèvent de son autorité et surtout pour prendre possession des armes envoyées par l’Iran.
Selon le Gouvernement légal, le port était une des sources les plus importantes de la puissance économique des Houthis puisque sa gestion leur permettait quotidiennement de récolter des milliards de Ryals.
Mais des observateurs indiquent que le port recevait les marchandises destinées à la majorité des villes yéménites durant trois ans de guerre, et que les actions de contrebande se faisaient par le biais de petites embarcations tout au long de la côte et non nécessairement sur le littoral et par le passage à travers le port.
Il semble que la Coalition tente, par une opération militaire, et avec un appui américain, de libérer le port des mains des Houthis. Cette opération était prévisible à la suite d'activités ayant précédé le blocus et au départ des navires vers Djibouti qui abrite le siège du contrôle onusien chargé d’inspecter tous les bâtiments pour être sûrs qu’ils ne transportent pas d’armes avant leur arrivée au port..
Par contre, les Houthis, qui ont rejeté les propositions onusiennes leur demandant de céder le port en contrepartie d'éviter une escalade militaire, ne semblent pas abandonner facilement la partie et ces derniers jours précisément, leur marine miltaire a menacé de s’en prendre aux bâtiments de la Coalition au cas où le port serait fermé.
A côté du port d’El Hodeida, les Houthis ont la mainmise dans cette même province côtière sur un port plus petit, le port de Saleef. Bien que de dimensions plus réduites, ce port peut accueillir de gros navires en raison de la profondeur de ses eaux. Dans une zone maritime adjacente, ces navires attendent leur tour pour arriver au quai du port et décharger leur cargaison.
-L'aéroport international de Sanaa
C'était un des plus importants accès aérien au Yémen mais sa domination par les Houthis a poussé la Coalition à imposer un blocus aérien depuis le 9 août 2016 à tous les vols à l'exception des avions relevant des Nations Unies et des Organisations Internationales.
Avec la décision de suspension depuis plus d’un an de tout le trafic aérien à travers cet aéroport, et la possibilité de voir cette décision appliquée également pour les avions de secours, les Nations Unies ont annoncé lundi dernier que la Coalition a refusé d’accorder l'autorisation à deux avions relevant de leur autorité à atterrir à l'aéroport de Sanaa.
Aussi, seuls les aéronefs du Comité International de la Croix Rouge et de Médecins Sans Frontières sont autorisés à y atterrir.
-L'aéroport international d’Aden
Après le blocus de l'aéroport de Sanaa, l'aéroport d’Aden (sud) est resté le seul accès au Yémen par la voie aérienne, en dépit des perturbations des vols dues à la situation sécuritaire durant l'année écoulée.
Les habitants de la préfecture nord et résidant à Sanaa par exemple, mettent plus de onze heures pour arriver dans le sud et quitter le pays vers l'étranger. Cet aéroport qui est soumis à l'autorité des forces alliées à la Coalition arabe est devenu ces derniers mois le théâtre de combats entre la garde personnelle du Président Mansour Hédi et les forces appuyées par les Emirats arabes unis.
Ces forces ont fini par occuper cet aéroport ce qui signifie l'impossibilité maintenant de l'utiliser pour toute contrebande d'armes.
-Le port d’Aden
C’est le deuxième port du Yémen et un des plus importants dans la région du Golfe d’Aden. Il a servi, après le commencement des hostilités et la fermeture des aéroports, à évacuer des centaines de ressortissants et de représentants des pays du Golfe dès que les Houthis ont investi Aden en mars 2015. Il est maintenant sous l'autorité des forces alliées au Gouvernement Hédi et à la Coalition.
Le Gouvernement légal a essayé de faire en sorte que ce port remplace celui de Hodeida mais les organisations onusiennes se sont opposées à cette idée, faisant valoir les difficultés de transporter les marchandises et les secours par la voie terrestre du sud vers le nord et ce, en raison de l'instabilité sécuritaire.
-L'aéroport de Seiyun
Il se situe dans la préfecture de Hadrumete (à l’est) et est sous le contrôle des forces gouvernementales. Il demeure le second et le dernier accès au pays après l'aéroport d’Aden. Près de 70 000 vols y ont été enregistrés au cours de cette année la majorité concernant les voyages des préfectures nord.
-L'accès terrestre de Al Wadia
Considéré comme l’un des plus importants accès terrestres joignant le Yémen à l'Arabie Saoudite, il relève de la préfecture de Hadrumete sous domination des forces gouvernementales. Pendant le conflit, cet accès a été l’une des lignes de ravitaillement pour la livraison, d’une manière permanente, des marchandises du Royaume vers le Yémen.
Il a également contribué au transport des pèlerins yéménites et des résidents qui font le voyage par les bus de transport collectif.
- L'accès terrestre de Sahan
Il s’agit ici aussi d’un important accès qui relie le Yémen au Sultanat d’Oman à travers la préfecture de Mohra (est). Il a également servi à évacuer un grand nombre de ressortissants et on dit même que le président Mansour Hédi aurait quitté le Yémen la première fois et dès le commencement du conflit par cette voix pour arriver à Oman puis à Ryad.
Durant ces derniers mois, des rapports internationaux établis sur la base d’indications fournies par des responsables américains, indiquent que cet accès était la voie utilisée pour la contrebande d’armes iraniennes destinées aux Houthis.
Les autorités omanaises ont cependant démenti cette information et affirmé qu’aucun armement n’a transité par leur territoire, ajoutant que l'accès terrestre n’est soumis à aucune autorité officielle et laissant entendre ainsi que le Gouvernement yéménite est responsable du manque de fermeté dans son contrôle sur cette voie.
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