Hend Abdessamad
28 Janvier 2025•Mise à jour: 29 Janvier 2025
AA/Tunis/Hend Abdessamad
Au cœur de Tunis, les souvenirs s’entrelacent avec les récits d’un passé qu’elle n’a jamais vécu, mais qui a toujours habité son quotidien.
Il y a des décennies, ses grands-parents ont transmis des fragments d’une culture qu’elle chérit profondément. Septuagénaire, Emel Agrebi, toujours élégante et déterminée, s’apprête à réaliser un rêve qu’elle porte depuis des années : fouler le sol turc en tant que citoyenne, pas seulement comme visiteuse.
Bien qu’elle n’ait jamais quitté la Tunisie pour vivre en Türkiye, le pays de ses ascendants occupe une place centrale dans son identité. Aujourd’hui, cette femme espère officialiser ce lien en obtenant la naturalisation turque.
"Mon souhait est d'avoir la nationalité turque", confie Emel Agrebi lors d'une interview accordée à Anadolu.
La native de Béja a grandi dans une maison où les ombres de la Türkiye d'antan se projetaient à chaque coin. Fille de descendants turcs, elle a été nourrie dès son enfance par les récits de son grand-père, ancien pacha, qui forgea en elle une connexion profonde avec l'héritage turc.
- Des ancêtres aux souvenirs vivants
Dans un récit empreint de nostalgie et de fierté, Emel Agrebi a partagé les racines profondes de sa famille, ancrées à la fois dans l’histoire de la Tunisie et de la Türkiye. Elle a évoqué avec émotion son arrière-grand-père maternel, un homme de haute stature qui fut général, une figure marquante de son époque, dont l'héritage militaire et les valeurs ont traversé les générations.
Dans une lignée entrelacée de racines tunisiennes et turques, elle n’a pas manqué de parler de sa grand-mère paternelle, Hadice Ben Mustapha Kayserli, originaire de Kayseri, une ville historique située au cœur de l'Anatolie, qui a su transmettre son amour pour la Türkiye et ses traditions. Dans ses souvenirs, la figure de son père se dessine également, porteur de cet héritage ottoman qu'il a veillé à préserver au fil des années.
Dans ce riche passé, la Tunisienne a également évoqué son oncle Kheireddine (ou Heyreddin en turc), né à Besiktas, quartier emblématique d'Istanbul, sur les rives du Bosphore. "Mon oncle a porté le nom de famille Acarol, un nom qu’il a reçu en signe de bravoure après avoir participé à la célèbre guerre de Çanakkale", raconte-t-elle.
En effet, Heyreddin a combattu courageusement durant cette guerre, mais aussi lors de la guerre balkanique. Après une victoire décisive en Bulgarie, "son commandant lui suggéra de nommer son fils Meriç, en hommage au fleuve Meriç (ou Maritsa), qui traverse la Türkiye et la Bulgarie"." Ainsi, son fils, né à Istanbul, devint le premier à porter ce nom en Türkiye," indique Emel Agrebi.
L’histoire de cette femme est celle d’une quête personnelle et symbolique, un voyage au cœur de ses racines familiales. De Tunis à Istanbul, de Kayseri à Besiktas, elle incarne une double identité, nourrie par l'héritage ottoman et tunisien.
Son souhait, obtenir la nationalité turque, n'est pas simplement une démarche administrative, mais un moyen de rendre hommage à son passé et à sa lignée. À travers cette initiative, elle témoigne de la puissance de la mémoire familiale et de l’importance des liens culturels dans la construction de soi. Son histoire est un bel exemple de la manière dont les ancêtres, malgré la distance et le temps, continuent de guider les générations futures.