Sous un soleil d’été brûlant dans la plaine orientale de Sinjil, au nord de Ramallah, des dizaines de Palestiniens se déplacent avec urgence à travers des champs de blé doré, non pas pour célébrer la récolte, mais pour la sauver avant que les occupants israéliens ne l’atteignent et ne la brûlent.
Ce qui était autrefois une saison agricole routinière en Cisjordanie occupée est devenu une course contre la montre, alors que les attaques des occupants contre les agriculteurs et leurs terres dans toute la région deviennent plus fréquentes et plus violentes.
Les habitants affirment avoir été contraints cette année de récolter le blé et de le déplacer rapidement des champs vers la ville après des attaques répétées d'occupants qui tentaient de brûler les cultures et d’empêcher les propriétaires d’y accéder.
Sinjil et ses terres sont régulièrement attaqués par les occupants dans une tentative de s’emparer d’autant de terres que possible. La ville a perdu environ 8 000 dunums (une unité de mesure de superficie traditionnelle utilisée principalement au Moyen-Orient, 10 dunum forment 1 hectare), soit 800 hectares, sur ses 16 000 dunums de terres, selon les données de la municipalité de Sinjil.
La ville est entourée de postes de colonisation illégaux et d’une clôture métallique qui l’isole de ses environs, toutes ses entrées étant fermées sauf une seule permettant aux habitants d’entrer et de sortir.
L’activiste anti-colonisation Ayed Ghafri a déclaré que les agriculteurs travaillent dans des conditions exceptionnelles dans la plaine orientale de Sinjil, une zone vitale dont les habitants dépendent pour cultiver le blé et des cultures saisonnières.
« Nous sommes ici aujourd’hui dans la plaine orientale de Sinjil, qui est une zone vitale et stratégique pour les agriculteurs. Nous dépendons de ces terres pour cultiver le blé et des cultures saisonnières », a déclaré Ghafri à Anadolu.
« Mais le paysan palestinien est désormais constamment menacé. Certaines cultures ont été vandalisées et détruites, et il y a eu plusieurs tentatives de brûler le blé », a-t-il dit.
« Au cours de la période passée, les agriculteurs ont essayé de travailler dans leurs exploitations, mais les occupants les ont attaqués et les ont empêchés de le faire », a-t-il ajouté.
« C’est pourquoi nous sommes ici aujourd’hui pour soutenir les agriculteurs et sauver la récolte de blé, car nous pensons que la laisser dans les champs signifie l’exposer à de nouvelles attaques et à la destruction d’une grande partie », a-t-il dit.
« La présence sur la terre est le seul moyen de la protéger, c’est pourquoi nous veillons à y rester en permanence pour affirmer son identité palestinienne et la protéger », a déclaré Ghafri.
Les agriculteurs de la région plantent des centaines de dunums de blé, mais cette récolte se déroule dans un climat de peur croissante face aux attaques des occupants.
L’agriculteur Ashraf Alwan a déclaré qu’environ 300 dunums de la zone sont plantés de blé.
« Nous sommes venus la semaine dernière pour récolter le blé, mais les occupants nous ont attaqués sous la protection des forces de l’armée et nous ont forcés à quitter l’endroit. Sans le soutien et la solidarité des habitants de la ville, nous n’aurions pas pu continuer le travail », a-t-il dit.
« Aujourd’hui, nous sommes revenus pour terminer la récolte, mais nous avons été contraints de changer complètement notre manière de travailler. Dans des conditions normales, nous regrouperions le blé et nous le battraions sur place », a-t-il ajouté.
« Maintenant, nous sommes obligés d’amener des tracteurs et des camions pour transporter [le blé] vers le centre de la ville, de peur que les occupants ne le brûlent ou ne le volent », a-t-il dit.
Alwan a indiqué que ces mesures augmentent fortement les coûts pour les agriculteurs.
« La récolte couvre à peine une petite partie des coûts du travail, de la plantation, de la récolte et du battage, mais nous sommes ici parce qu’il ne s’agit plus de profit et de perte. Il s’agit de persévérance et d’attachement à la terre », a-t-il dit.
« Les agriculteurs ne quitteront pas leur terre malgré les attaques. Ils continueront à la travailler et à y rester », a-t-il ajouté.
L’agriculteur Mustafa Shabaneh a déclaré être venu avec plusieurs habitants de la ville pour déplacer le blé des champs, de peur qu’il ne soit volé ou brûlé.
« Je possède sept dunums plantés de blé, et les occupants ont tenté plus d’une fois de brûler la récolte. Une fois, ils ont incendié la zone, mais les jeunes de la ville sont intervenus et ont réussi à les repousser », a-t-il dit.
« Nous avons surveillé la zone par peur que les occupants n’atteignent la récolte, mais ils sont revenus la nuit et ont amené un bulldozer pour ouvrir une route vers les terres agricoles. Nous avons donc décidé de déplacer le blé le plus rapidement possible pour qu’il ne soit ni volé ni détruit », a-t-il ajouté.
Dans un champ voisin, l’agriculteur Ali Bashir observait la récolte dans un climat d’anxiété.
« Les agriculteurs ne peuvent plus travailler normalement dans cette zone. Même les bergers ont peur d’atteindre les zones de pâturage à cause des attaques des occupants », a-t-il dit.
« S’ils viennent, ils peuvent vous attaquer, voler vos moutons ou vous empêcher d’accéder à votre terre. Les gens ici craignent pour leurs récoltes, car il y a eu des cas précédents de cultures brûlées et d’agriculteurs ciblés », a-t-il ajouté.
« Nous sommes censés battre le blé ici sur la terre, mais nous le déplaçons rapidement par peur. Ce processus nous coûte de l’argent supplémentaire pour le transport, la récolte et le battage, mais nous sommes obligés de le faire pour préserver la récolte », a déclaré Bashir.
« Ce qui se passe ne vise pas seulement la récolte de blé, mais constitue une tentative de pousser les Palestiniens à quitter leur terre et à s’en emparer. C’est pourquoi les agriculteurs insistent pour rester et travailler malgré toutes les difficultés », a-t-il ajouté.
Le 10 juin, Amnesty International a accusé Israël de mener et de soutenir une campagne de nettoyage ethnique contre les Palestiniens en Cisjordanie, affirmant que l’armement de milliers de colons a contribué à l’escalade de ces attaques.
« Il met en œuvre le programme nationaliste religieux du mouvement des colons. Il a accéléré l’expansion des colonies et les accaparements de terres, augmenté le soutien financier et logistique aux colonies, et armé les colons, permettant ainsi une campagne brutale de violence coloniale sanctionnée par l’État et de déplacement forcé des Palestiniens », a déclaré l’organisation.
Différentes zones de Cisjordanie ont connu une forte escalade des attaques des occupants, coïncidant avec les opérations militaires israéliennes en cours depuis le 7 octobre 2023.
Depuis lors, l’escalade israélienne en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est, a tué plus de 1 170 Palestiniens, blessé environ 12 666 autres, entraîné l’arrestation d’environ 23 000 personnes et déplacé environ 33 000 personnes.
*Traduit de l’anglais par Ayse Bashoruz
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