Hafawa Rebhi
02 Octobre 2018•Mise à jour: 04 Octobre 2018
AA / Tunis
Cinq jours après le tremblement de terre de magnitude 7,4 et le tsunami qui ont frappé l'île indonésienne de Sulawesi, Dandy Koswaraputra, le chef du service indonésien de l’agence Anadolu rapporte une situation de crise et un chaos sans précédent depuis 2004. "Le séisme et le tsunami actuels sont les pires après ceux de 2004 qui ont secoué Aceh, coûtant la vie à 170 mille personnes", estime-t-il, tout en rappelant la position peu avantageuse de l’Indonésie et la lithosphère fragile de cet archipel situé sur la ceinture de feu du Pacifique.
"Nous avons 139 volcans actifs entourant l'archipel. Ce qui se passe actuellement à Palu et à Donggala, dans le Sulawesi central, diffère des précédentes calamités, notamment en ce qui concerne le nombre de victimes, les dégâts causés aux infrastructures (y compris les télécommunications et l'électricité), ou encore la difficulté d'accès aux sites touchés", explique-t-il.
Le bilan a en effet été estimé mardi à 1347 morts et les autorités craignent encore le pire. Des centaines de personnes sont toujours portées disparues et environ 62 mille autres ont été déplacées, sans accès à l’eau, ni à la nourriture, ni même au carburant. Or, le pays pâtit encore des séquelles du séisme qui a frappé, il y a deux mois, l'île de Lombok qui avait fait plus de 550 morts. "Nous n'avons même pas fini de gérer le désastre précédent et nous voilà en train de faire face à une autre catastrophe plus grave", confie le journaliste.
Selon lui, la gestion de la crise actuelle est en effet un défi difficile à relever pour le gouvernement indonésien. "Le gouvernement n'a pas déclaré l'état de catastrophe nationale lors du désastre précédent, pour des raisons liées au tourisme. Mais cette fois, il semble qu’il doit mettre en place un plan d’urgence nationale pour que l'aide étrangère puisse fonctionner", explique-t-il.
D’ailleurs, l’aide extérieure peine à parvenir au pays. Selon Koswaraputra "jusqu'ici, les aides étrangères venaient de Turquie, mais certains pays sont également prêts à aider".
A son avis, ce qui entrave le flux des aides, c’est la faible coordination entre les institutions qui ne disposent déjà pas de procédures opérationnelles standards suffisamment solides pour faire face à une telle catastrophe.
Face à cet état de crise, la couverture journalistique n’est pas évidente à assurer. "L'infrastructure a été gravement endommagée. Nous devons donc trouver d'autres moyens d'atteindre les zones touchées par des voies qui prennent plus de temps" confie le journaliste d’Anadolu.
Les infrastructures de télécommunication sont également paralysées. Beaucoup de tours de téléphonie cellulaire ont chuté, ce qui a compliqué davantage le travail des journalistes et des secouristes également.
Côté logistique et transport, c’est la même paralysie. "L'aéroport de Palu est temporairement fermé en raison de la destruction de la piste. Parfois, il est ouvert uniquement aux fins d'opérations humanitaires et militaires utilisant des avions de type Hercule et des hélicoptères. Aujourd'hui, cet aéroport est disponible pour les vols commerciaux mais pas de vol direct depuis Jakarta", explique-t-il.
La route vers Palu est désormais un long parcours semé d’embûches et de la mort. "Si nous voulons aller à Palu, le meilleur moyen est de voler à Makassar, dans le sud de Sulawesi, puis d'utiliser un hydravion jusqu'à Poso, puis de Poso à Palu en voiture pour une durée de 6 heures ou en utilisant un véhicule de Makassar. Le chemin vers les zones touchées en voiture prend 24 heures de temps", décrit-il.
"L'armée fournit des avions Hercule aux journalistes mais uniquement aux médias locaux et nous devons faire la file tôt le matin pour le départ de l'après-midi. Anadolu est considéré comme un média étranger, même en ce qui concerne le service indonésien", conclut-il.