Hatem Kattou
11 Décembre 2019•Mise à jour: 12 Décembre 2019
AA / Montréal / Hatem Kattou
Un Libanais, âgé de 54 ans, du nom de Boutros Massroua, a vu sa demande d’asile au Canada rejetée par un tribunal de Vancouver (ouest) pour services rendus à Daech ont rapporté des médias locaux.
Installé en Colombie Britannique (province anglophone de l’ouest du Canada) depuis 2015, Boutros, mécanicien de son état, doit retourner dans son pays, après que la Cour fédérale d’appel, par l’entremise de la juge Shirzad Ahmed, a rejeté sa demande de bénéficier du statut de réfugié.
Le tribunal a motivé sa décision par le fait qu’il est « complètement invraisemblable » que le requérant ignorait qu’il était au service de Daech.
En effet, Boutros, natif de Zahlé, ville de la vallée du Bekaa (frontalière avec la Syrie) a été approché, dans un premier temps, par des éléments du groupe terroriste, afin de mettre ses talents de mécanicien à leur service et de réparer des engins, moyennant une rémunération gracieuse, en dehors de ses heures de travail, généralement la nuit.
Boutros arguait devant le tribunal qu’il agissait « avec insouciance dans le seul but de faire de l’argent ».
Cependant, la juridiction canadienne était d’un autre avis, estimant, qu’en « raison de son ignorance volontaire et de sa cupidité, les objectifs barbares de Daech ont été poursuivis et des vies innocentes ont probablement été perdues », motivant ainsi le refus de lui accorder le statut de réfugié, dont a bénéficié cependant, son épouse.
Il est invraisemblable qu’il ait ignoré qu’il travaillait au service de Daech, compte tenu, notamment, de la présence du groupe extrémiste dans la région, de ses observations et des réparations pour lesquelles il était payé, poursuit la juge.
Le mécanicien a reconnu qu’il réparait des véhicules et des engins de Daech « troués de balles et trempés de sang » dans un hangar où officiaient des « hommes portant de longues barbes et qui s’exprimaient en langue arabe autre que le dialectal libanais».
Ce n’est qu’après un certain temps (plusieurs mois), poursuit-il, qu’en voyant de loin des bombardements (en Syrie), qu’il s’est aperçu qu’il s’agit de combattants du groupe extrémiste.
Entre temps, Boutros a été contacté par des éléments du Hezbollah qui l’ont contraint de mettre un terme immédiat à sa collaboration avec Daech, au risque de représailles (selon les dires du concerné) avant de lui demander de s’engager en tant qu’espion pour le compte du groupe chiite en installant un micro à chacun de ses déplacements chez Daech.
La contrepartie proposée par Hezbollah était de 1000 dollars la nuit, mais Boutros a résisté pour stopper l’engrenage dans lequel il était déjà engagé .
Concomitamment, il avait déposé une demande de visa pour le Canada où sa belle sœur y résidait. Quelques semaines plus tard, le visa est accordé et Boutros s’envole pour ce pays en compagnie de son épouse.
Ayant déposé, en septembre 2015, une demande pour l’obtention du statut de réfugié immédiatement après son arrivée au Canada, de peur de retourner au Liban et des représailles de Daech et du Hezbollah, la section de la protection des réfugiés a estimé qu’il était « complice de crimes contre l'humanité parce qu'il avait volontairement apporté une contribution importante et consciente à l'organisation terroriste en réparant des véhicules favorisant l'objectif de l'organisation ».
Au terme de la décision de justice, rendue, mardi, Boutros Massroua risque d'être expulsé vers le Liban, ne disposant d’aucune voie de recours et ne possédant pas le statut d’immigrant au Canada, indique Amanda Aziz, son avocate.
Notons que le gouvernement canadien classe aussi bien Daech que Hezbollah comme organisations terroristes.