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Barrage de Mossoul: Catastrophe annoncée ou fausse alerte politicienne?

Si des problèmes techniques du barrage de Mossoul sont reconnus pars tous, le risque de son effondrement est considéré par certains comme le résultat de rapports scientifiques crédibles alors que pour d’autres il s'agit de manœuvre politicienne pour terroriser Mossoul déjà soumise à Daech.

Saida Charafeddine   | 12.02.2016
Barrage de Mossoul: Catastrophe annoncée ou fausse alerte politicienne?

Ankara

AA/Istanbul/Ehsen al-Faqih

Plusieurs pays, dont les Etats-Unis, multiplient les mises en garde quant au danger d’un éventuel effondrement du barrage de Mossoul en Irak et de d'une véritable catastrophe qui se traduirait par environ un million de noyés.

Ces mises en garde concernant le quatrième plus grand barrage de la région du Moyen-Orient sont motivées par les préparatifs à une vaste opération militaire visant à reprendre la ville de Mossoul à Daech, ce qui a créé une dissension dans les positions des forces sécuritaires irakiennes, devant intervenir.

Certaines parties considèrent que ces mises en gardes sont appuyées par des rapports scientifiques crédibles alors que d’autres y voient une manœuvre politicienne pour terroriser les habitants de la ville soumis à l’autorité de l’organisation terroriste.

Le barrage, situé sur le fleuve Tigre dans le nord de l’Irak, a été érigé en 1983 à environ 30 km au nord de Mossoul. En 1987, un problème technique, lié à la friabilité du sol, est apparu et a été traité depuis par des injections de ciment dans les fissures du terrain.

Les techniciens locaux démentent formellement toute éventualité d’un effondrement de l’édifice alors que des rapports internationaux et des déclarations d’officiels américains et européens ne cessent d’avertir du «danger sérieux» qui pèserait sur la vie de près d’un million de personnes, comme ce rapport américain datant de 2007, qui qualifie le barrage de Mossoul du «plus dangereux au monde».

Contacté par Anadolu, Atheel al-Nujeïfi, ancien gouverneur de la province de Ninive (2009-2015) où se trouve l’édifice, cite également une étude datant de 2005 qui recommande d’éviter que «le niveau de l’eau dans le bassin du barrage ne dépasse 319 mètres au dessus de celui de la mer». Le gouverneur laisse entendre que cette recommandation est sérieuse et qu’elle risque d’être transgressée tant qu’une nouvelle politique de gestion des eaux du barrage n’a pas été mise en œuvre.

Al-Nujeïfi souligne également que la main mise de Daech sur la ville de Mossoul a entravé la production de l’électricité par le barrage d’où une hausse du niveau de l’eau, qui n’est plus conforme à la capacité du barrage, selon ses dires.

L’ancien gouverneur blâme aussi les autorités irakiennes dans leur gestion de ce dossier, déclarant qu’elles renâclent depuis 2006 et pour des raisons politiques à investir dans la maintenance du barrage d’autant qu’actuellement la région est sous le contrôle de Daech.

Al-Nujeïfi va jusqu’à accuser les autorités du pays de corrompre techniciens et ingénieurs pour qu’ils produisent des rapports rassurant sur l’état et la capacité du barrage de Mossoul. Et il appelle vivement à se référer aux rapports internationaux qui, selon lui, sont «fondés sur des observations par satellites et des données émises par des systèmes électroniques incorporés dans l’édifice par des ingénieurs militaires américains».

De son côté, le député au parlement irakien Ahmed Attya, qui a visité récemment le barrage, estime que «le vrai danger est la proximité du barrage des positions de Daech [30km]» et appelle la coalition internationale anti-Daech conduite par les Etats Unis à assurer la protection de l’édifice.

Il affirme par ailleurs que ses contacts avec le directeur du barrage et les cadres techniques qui le gèrent lui ont confirmé qu’il n’y a aucun danger d’effondrement tant que l’opération d’injection de ciment dans les fissures du terrain sera poursuivie, rappelant que «ce type d’opérations est effectué pour 80% des barrages du monde.»

Cette déclaration a été confirmée à Anadolu par le directeur du barrage de Mossoul, Riyadh Ezzeddine, qui ajoute que «des mesures pour parer aux dysfonctionnements sont actuellement prises en collaboration avec les ingénieurs américains qui ont visité le barrage à plusieurs reprises depuis sa libération des mains de Daech».

Il a également fait état de la panne d’un des portiques du barrage qui dure depuis plusieurs années et qu’une entreprise irakienne a essayé de réparer sans résultat. Ce qui, selon lui, «a augmenté la pression sur l’autre portique qui est sollicité au-delà de sa capacité, ce qui provoque des secousses dans l’édifice». «Mais cela ne veut pas dire qu’il y a un réel danger» a-t-il tranché.

Le directeur du barrage a, en outre soutenu que «la quantité de l’eau stockée dans le bassin du barrage est de 60% inférieure à la capacité totale de stockage selon les plans du barrage».

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