Mounir Bennour
07 Avril 2021•Mise à jour: 07 Avril 2021
AA / Tunis / Mounir Bennour
L’organisation de défense des droits et des libertés, Amnesty International, a publié son rapport annuel dédié aux droits et aux libertés, lors d’une conférence de presse tenue ce mercredi, au siège du Syndicat national des journalistes tunisiens dans la capitale, Tunis.
S’articulant en deux volets dont le premier est intitulé « Région du Moyen-Orient et d’Afrique du nord : la pandémie de COVID-19 a exacerbé les situations d’injustice et a été instrumentalisée pour une escalade de la répression ». Le second volet, dédié à la Tunisie, est revenu sur les abus et les atteintes ayant affecté les libertés fondamentales, les femmes, les déplacés, les réfugiés et les immigrés ainsi que les communautés LGBT.
D’après le rapport, qui a couvert la situation des droits humains dans 149 pays dans un contexte de crise engendrée par la pandémie de COVID-19, en analysant les tendances en matière de droits de l’Homme dans le monde durant l’année 2020.
Le rapport met en exergue trois paradoxes :
- À un moment où le contexte sanitaire nécessitait plus de libertés et de libre information, plusieurs gouvernements se sont arrogés des pouvoirs exceptionnels pour museler les libertés d’expression et de rassemblement. Les gouvernements du Golfe Persique ont usé du prétexte pandémique pour pratiquer une escalade dans les répressions des libres expressions et pour passer en jugement tous ceux qui ont ouvertement critiqué sur les réseaux sociaux les politiques de lutte contre le virus, qui ont écopé de peines de prison pour la « diffusion de fausses informations ».
- La pandémie de coronavirus a mis en évidence les limites du capitalisme mondialiste et transnational dans la mesure où les gouvernements ont réagi à l’épidémie à des échelles nationales restreintes, avec une efficacité très limitée pour endiguer la propagation du virus. D’un autre côté, l’inégalité dans la distribution des vaccins et le manque de coopération entre les Etats, notamment en partageant leurs connaissances et leurs technologies, ce qui aiderait à une distribution plus équitable des vaccins.
- Ce contexte pandémique, caractérisé par une crise économique grave, a accéléré la précarisation et la dégradation des conditions de vie des classes moyennes, à un moment où le nombre de milliardaires a littéralement explosé dans le monde.
Le rapport fait état aussi de la dégradation du secteur de la santé dans plusieurs pays du monde des suites des politiques d’austérité et des sous-financements délibérés des établissements de santé publique.
Si les discours politiques chantent les louanges du personnel de santé, la réalité sur le terrain montre un tout autre aspect d’un secteur de santé manquant parfois des protections les plus élémentaires, pour éviter aux soignants d’être contaminés par la COVID-19.
Dans des pays comme l’Egypte, le pouvoir est allé jusqu’à criminaliser les professionnels de la santé quand ils critiquaient et mettaient en évidence les lacunes et les manquements dans les politiques gouvernementales et la réalité de la situation sanitaire.
Du côté des droits des femmes, le rapport a mis en évidence les chiffres alarmants des appels passés sur la hotline dédiée aux femmes victimes de violences. Dans les faits, le nombre de demandes d’assistance, entre le 23 mars et le 31 mai 2020, ont atteint les 9 800 appels sur la hotline spéciale gratuite mise à disposition par le ministère tunisien de la Femme, de la Famille, de l’Enfance et des Personnes âgées. Ce chiffre a augmenté à plus de neuf fois, par rapport à la moyenne constatée les autres années.