Mohammed Maher Ben Romdhane
30 Juin 2019•Mise à jour: 01 Juillet 2019
AA/ Idleb / Selen Temizer - Burak Karacaoğlu
Accusée de « mariage djihadiste », Nur Nedim Mulhim, mariée et mère de 3 enfants est revenue sur son calvaire et a raconté comment elle a été persécutée par les bourreaux du régime durant les interrogatoires.
Nur Nedim Mulhim, originaire du district de Qusayr à Homs, a été arrêtée en octobre 2014 et accusée d'avoir contracté un mariage temporaire avec un opposant militaire combattant les forces du régime. Mariée et mère de trois enfants, cette Syrienne qui a dû faire face aux atrocités et à l’ignominie, a raconté son histoire aux journalistes de l’agence Anadolu (AA):
‘’Après avoir été isolée dans une cellule, j'ai été transférée au centre d’interrogatoires de Homs. Il y avait 23 femmes dans une petite pièce. Elles venaient de chaque province du pays. Nous avons été torturées. La prière était interdite. Des affrontements ont eu lieu entre des opposants et le régime pendant le transfert. Le véhicule dans lequel je me trouvais s’est retourné et j’ai été blessée. Ils nous ont emmenées au centre d'interrogatoires Al-Hatib à Damas. J’ai été détenue dans cet endroit durant un mois.’’
Mulhim, interrogée deux fois par jour, a déclaré: "Mes mains et mes bras étaient attachés. Mes yeux étaient bandés. Ils m’insultaient car je refusais d’avouer quoi que ce soit. Ils me disaient : « Vous recevez le soutien des Saoudiens et vous faites des mariages temporaires ». J’avais travaillé à l'hôpital, ils m'ont accusée d'avoir aidé des terroristes pendant cette période.’’
Mulhim a déclaré qu'elle avait été fouettée sur le visage et les pieds par des individus masqués qui l'avaient emmenée afin de l’interroger.
"J'ai été accusée de mariage djihadiste, j’entendais ce mot pour la première fois de ma vie. Oui, nous avons soutenu l'opposition. Nous les avons aidés mais nous n'avons rien vu de mal de leur part." Mulhim a ajouté que lorsqu'elle avait été envoyée dans un autre centre d'interrogatoire militaire à Damas, elle avait été relâchée après dix jours de captivité, bénéficiant d’un processus d’échange de prisonniers.
Deux jours après cette libération, « un avis d’exécution » avait été prononcé à son encontre. Mulhim, qui a de nouveau été arrêtée, a brandi le document qui indiqué son acquittement. "Je leur ai dit que j'étais acquittée. Ils m’ont insultée. Deux jours après, ils m’ont relâchée et jetée dans la rue. J'avais un bracelet en or, grâce auquel j'ai survécu en le vendant », confie-t-elle.
Mulhim, a également évoqué les tortures dont elle a été témoin: "J'ai vu des hommes se faire fouetter, électrocuter, des femmes torturées. Aucun respect pour les femmes. Universitaires, enseignantes, personnes âgées... J'ai vu trop de femmes emprisonnées », a-t-elle partagé.
"Les tortionnaires changeaient constamment. Ils changeaient de mode de torture, de plus en plus violent. Ils y prenaient plaisir. Ils nous ont torturés en buvant du thé et du café."
Mulhim, a poursuivi : "Je les ai vus torturer une femme de 45 ans en la suspendant au plafond. Sa robe était couverte de sang. Une autre chose que je n'oublierai jamais, c’est d’avoir vu des hommes qu’ils emmenaient aux toilettes afin de les torturer, leurs pieds étaient enflés, violets».
Mulhim a déclaré qu'elle n'avait pas vu son mari et ses deux fils depuis des années: "Ils ont disparu alors que mon mari les emmenait s’inscrire à l'école. Je n'ai plus jamais eu de nouvelles d’eux. Je garde espoir de les revoir et pouvoir passer au moins un jour avec eux avant de mourir ».