Serap Doğansoy
13 Avril 2026•Mise à jour: 13 Avril 2026
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Près de sept étudiants précaires sur dix disposent de moins de 100 euros par mois pour vivre, une fois leurs dépenses contraintes déduites, selon une étude publiée lundi par l’association Linkee, en partenariat avec Ipsos BVA.
Menée auprès de 25.487 étudiants ayant recours à l’aide alimentaire, l’enquête met en évidence une situation de précarité durable, marquée par des difficultés financières importantes et des renoncements dans plusieurs domaines essentiels.
Selon les données, 69% des étudiants concernés disposent d’un reste à vivre inférieur ou égal à 100 euros mensuels, soit environ 3,33 euros par jour pour couvrir leurs besoins courants, incluant l’alimentation, la santé ou l’habillement.
Dans le même temps, 60% déclarent payer un loyer supérieur à 400 euros, alors que 47% disposent de moins de 400 euros de ressources mensuelles avant paiement des charges incompressibles, telles que le logement, les transports ou les frais de scolarité.
Face à ces contraintes, les étudiants interrogés déclarent adapter leurs dépenses, notamment en matière d’alimentation. Ainsi, 90% affirment réduire la qualité des produits consommés et 76% leur quantité, tandis que 65% indiquent sauter au moins un repas par semaine pour des raisons financières.
Les renoncements concernent également l’accès aux soins. Près d’un étudiant sur deux (47%) déclare avoir renoncé à des soins médicaux au cours des douze derniers mois pour des raisons financières, notamment les soins dentaires, les consultations médicales ou le suivi psychologique.
Au-delà des aspects matériels, l’étude souligne des difficultés affectant la santé mentale et les conditions d’étude. Plus de 60% des étudiants déclarent avoir été principalement marqués par des émotions négatives au cours des derniers mois, telles que l’épuisement ou l’anxiété.
Par ailleurs, 22% des étudiants précaires indiquent avoir envisagé d’abandonner leurs études en raison de leur situation financière, tandis que 47% craignent que celle-ci compromette leur avenir professionnel.
L’étude met également en évidence des difficultés d’accès aux dispositifs d’aide. Seuls 27% des étudiants interrogés bénéficient d’une bourse sur critères sociaux, attribuée par les Centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (CROUS), chargés notamment de la gestion des aides étudiantes.
Selon les auteurs, cette situation s’inscrit dans un contexte de hausse durable du coût de la vie, notamment des loyers et des produits alimentaires, et d’un recours croissant à l’aide alimentaire depuis la crise sanitaire de 2020.
Réalisée pour la cinquième année consécutive, l’étude « Avoir 20 ans en 2026 » dresse un état des lieux des conditions de vie des étudiants en situation de précarité en France, définis comme ceux ayant eu recours au moins une fois à une aide alimentaire.
Elle souligne que cette précarité, initialement conjoncturelle, tend désormais à s’installer durablement, affectant les conditions de vie, la réussite académique et les perspectives d’avenir d’une partie de la population étudiante.