Ümit Dönmez
24 Avril 2026•Mise à jour: 24 Avril 2026
AA / Paris / Umit Donmez
La question du financement des lieux de culte en France suscite régulièrement des interrogations parmi les fidèles, notamment sur la lisibilité et la gestion des dons qui assurent leur fonctionnement. Les mosquées n’échappent pas à cette réalité.
Interviewé par Anadolu, Abdelouahed Moummad, participant au Forum de l’islam de France (FORIF), fondateur de la société Transpar’ensemble et de l’application my e-mam, explique avoir été confronté à ces préoccupations au fil de ses déplacements dans de nombreux lieux de culte. « Beaucoup de personnes se posent la question ou ont une crainte quant au financement », affirme-t-il, évoquant un constat récurrent auprès des fidèles comme des responsables associatifs.
Le modèle économique des mosquées, comme de nombreux autres lieux de culte, repose en grande partie sur les contributions volontaires. Cette dépendance aux dons, souvent collectés de manière traditionnelle, alimente un besoin croissant de clarté et de structuration, dans un paysage marqué par une grande diversité d’acteurs et de pratiques.
Des initiatives numériques se développent dans ce contexte, avec l’ambition d’accompagner ces évolutions. Transpar’ensemble, l’entreprise fondée par Abdelouahed Moummad, propose notamment l’application my e-mam, qui vise à centraliser certains usages au sein des mosquées. Elle permet, selon son concepteur, « de diffuser des actualités, rediffuser des prêches et également collecter des sadaqa », ces aumônes destinées à financer les activités cultuelles.
L’outil s’inscrit dans un cadre réglementé, l’entreprise opérant en tant qu’intermédiaire en financement participatif. Son fondateur met en avant des mécanismes de suivi des flux financiers, estimant que « la traçabilité et la transparence des fonds […] rendent ce financement plus transparent ».
Le recours à ces dispositifs s’accompagne d’une évolution progressive des pratiques. Certaines mosquées expérimentent des collectes en ligne ou des contributions régulières, en complément des dons traditionnels. Des campagnes peuvent ainsi atteindre « 10 000, 20 000, 100 000 euros », selon Abdelouahed Moummad, tandis que des formes d’abonnement mensuel tendent à se développer.
La question de l’autonomie financière demeure centrale dans ces transformations. « La communauté musulmane a la capacité et la possibilité de se financer elle-même », avance Moummad, qui défend un modèle reposant sur la mobilisation interne des fidèles dans le respect du cadre légal.
Les débats sur d’éventuelles influences extérieures restent présents en toile de fond, même s’ils ne résument pas à eux seuls la complexité des modes de financement observés sur le terrain.
Les travaux menés au sein du FORIF, auxquels participe l’entrepreneur, témoignent d’une volonté plus large de structurer ces questions à l’échelle nationale, en lien avec les pouvoirs publics. Dans cette optique, la montée en puissance de ces outils numériques illustre une transformation plus globale du fonctionnement des mosquées. Entre modernisation des pratiques, attentes de transparence et diversification des sources de financement, le modèle économique du culte musulman en France continue d’évoluer.