Serap Doğansoy
14 Avril 2026•Mise à jour: 14 Avril 2026
La cour d’assises spéciale des Bouches-du-Rhône a condamné mardi plusieurs accusés à de lourdes peines dans le procès d’un double assassinat commis en 2019 près de Marseille, dans un dossier lié au narcotrafic, tout en prononçant un acquittement.
Gabriel Ory, présenté comme une figure de la DZ Mafia, a été condamné à vingt-cinq ans de réclusion criminelle pour avoir participé à la préparation des meurtres. La cour a en revanche acquitté Amine Oualane, également désigné comme un cadre présumé de ce réseau criminel.
Les commanditaires des faits, Karim Harrat et Walid Bara, ce dernier jugé en son absence, ont eux aussi été condamnés à vingt-cinq ans de réclusion. Le tireur, Zaineddine Ahamada, a écopé de la même peine, tandis que son complice, Adrien Faure, a été condamné à quinze ans de prison.
Au total, six accusés comparaissaient depuis le 23 mars devant cette juridiction spécialisée, compétente pour juger notamment les affaires de criminalité organisée et de terrorisme. Le verdict intervient à l’issue de trois semaines d’audience marquées par plusieurs incidents.
Les faits remontent au 30 août 2019, lorsqu’une femme de ménage découvre dans une chambre d’hôtel proche de Marseille les corps de deux hommes tués par balles. L’une des victimes, Farid Tir, 29 ans, venait de sortir de prison, ce qui avait orienté les enquêteurs vers la piste d’un règlement de comptes lié au trafic de stupéfiants. La seconde victime, Mohamed Benjaghlouli, est considérée comme une victime collatérale.
Dans son réquisitoire, l’avocate générale avait requis la réclusion criminelle à perpétuité contre Gabriel Ory et dix-huit ans de prison contre Amine Oualane, estimant que les accusés devaient être jugés « comme des justiciables comme les autres » et rappelant « la valeur de la vie humaine ».
La cour n’a pas suivi ces réquisitions, optant pour des peines inférieures et un acquittement.
Ce dossier s’inscrit dans un contexte plus large de lutte contre la criminalité organisée à Marseille, où la DZ Mafia est considérée par les autorités comme un acteur central du trafic de stupéfiants. Ce réseau, décrit comme structuré de manière souple, est soupçonné d’étendre ses activités au-delà de la région, notamment le long de la vallée du Rhône.
Au cours des dernières semaines, plusieurs opérations judiciaires ont visé cette organisation. Début mars, 42 personnes ont été interpellées dans le sud de la France dans le cadre d’une enquête pilotée par la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS), avec 26 mises en examen, dont 15 placements en détention provisoire.
Selon le parquet de Marseille, certaines de ces investigations portent sur des projets d’actions violentes en lien avec des membres présumés du réseau. Les autorités évoquent également des tentatives de coordination depuis la détention, malgré les dispositifs mis en place pour limiter ces communications, notamment les Quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO), unités pénitentiaires dédiées à l’isolement des détenus les plus influents.
L’affaire jugée mardi, antérieure à la structuration présumée de la DZ Mafia, illustre néanmoins les mécanismes de violences liés au narcotrafic et les enjeux judiciaires entourant la responsabilité des différents acteurs impliqués, des commanditaires aux exécutants.