AA/ Antananarivo/ Alain Ilionaiana
Madagascar est doté d'un véritable potentiel minier à exploiter. Le gouvernement malgache en est convaincu mais s'avance avec prudence dans la gestion des ressources minières du pays.
« La Grande Ile regorge d’importantes ressources minières. Nous disposons de fer, de cuivre, de terres rares, de graphites, de bauxite, de chrome, de nickel, d'ilménite et d'or évidemment pour n’en citer que quelques produits », note Joéli Valérien Lalaharisaina, ministre auprès de la Présidence de la République, chargé des Ressources stratégiques, dans un entretien avec Anadolu.
Récemment, de grands investissements miniers se sont implantés à Madagascar. La compagnie minière Ambatovy extrait, raffine sur place et exporte du nickel et du cobalt, purs à 99,8%, de l'Est du pays depuis 2012. Elle projette une production annuelle de 60 000 tonnes pendant 29 ans, avec un investissement de près de 7 milliards de dollars.
Le Qit Madagascar Minerals (QMM), dans le Sud-Est du pays, exploite un gisement d'ilménite qui compte une réserve de 75 millions de tonnes pour une production de 40 ans depuis 2009. La compagnie a investi 940 millions de dollars à Madagascar.
La Direction des mines et de la géologie estime la réserve de fer de Soalala, dans le Nord-Ouest de l'île, à 800 millions de tonnes, à Bekisopa, au Sud du pays, à 10 millions de tonnes. Les réserves de charbon à Sakoa, toujours dans le Sud, sont évaluées à 60 millions de tonnes, alors que celles de bauxite à Manantenina (Sud-est), à 120 millions de tonnes.
Si les autorités se montrent optimistes quant à l'avenir des ressources minières, elles avancent avec prudence dans leur gestion. « Pour l'instant, nous ne pouvons pas donner avec précisions les réserves dont nous disposons, une estimation est en cours et devrait être disponible prochainement », lance Joéli Valérien Lalaharisaina. « L'objectif est de savoir combien valent nos ressources naturelles du sous-sol. Il faut aussi tenir compte du contexte international pour pouvoir valoriser nos ressources sur le marché international », expose-t-il.
Le pays possède aussi des gisements d’hydrocarbures « qui pourraient être importants », selon l'Initiative de transparence dans les industries extractives Madagascar (EITI).
Les nouvelles technologies et la montée des cours mondiaux pourraient rendre le pétrole de Madagascar plus intéressant. « À l’heure actuelle, au moins 17 compagnies pétrolières sont actives sur certains des 20 blocs d’exploration à terre et des 200 blocs offshore qui ont été délimités par les autorités », décrit l'EITI.
Pour l'instant, le gouvernement maintient le gel de la délivrance des nouveaux permis miniers et repousse l'appel d'offres concernant près de 200 blocs pétroliers d'exploration off shore. Depuis la transition politique de 2009, il a suspendu tout mouvement concernant les 4 000 permis de recherche et d'exploitation déjà octroyés. « Il faut assainir le marché. Nous sommes en train d'étudier ces permis et nous validerons prochainement une partie de ceux-ci bientôt », certifie Joéli Valérien Lalaharisaina. Il confirme l'engagement d'un processus en vue de la refonte du code minier.
Le gouvernement est en train d'explorer des pistes pour l'utilisation des ressources du sous-sol du pays. « On va voir si on va vendre ou opter pour un cash réserves », avoue le ministre auprès de la Présidence chargé des Ressources stratégiques.
La Banque Mondiale (BM) est, quant à elle, convaincue du rôle que pourraient jouer les ressources minières dans le développement de la Grande île. « Madagascar dispose de ressources considérables en minerais et en pétrole (...) qui n'ont pas encore été pleinement exploitées », juge-t-elle dans son document intitulé « Opportunités et défis pour une croissance inclusive et résiliente », en mai 2014.
Pour la BM, les ressources minières, « associées à une amélioration de l’imposition effective sur les ressources naturelles et des lois y afférentes, pourraient contribuer à augmenter de manière substantielle les recettes publiques ».
Le gouvernement espère passer la contribution du secteur des mines au PIB, « de 0,5 et 1,5% ces dernières années, à 8% d’ici 2018», selon le président malgache Hery Rajaonarimampianina, dans un récent discours.
S’exprimant à propos de la politique de l’Etat L'ingénieur minier, Frédéric Randrianarivelo, déplore le fait que « jusqu'ici, l'Etat se contente d'appliquer une politique de répression ».
Plaidant pour un changement de la politique de gestion, il recommande une toute autre approche : « Il faut qu'on s'oriente vers l'accompagnement et le soutien des exploitants et qu’on tienne compte non seulement des grandes mines, mais également des petits et moyens exploitants. Les mineurs sont aussi nombreux que les agriculteurs ».
Dr Hery Ramiarison, enseignant-chercheur à l'Université d'Antananarivo, lui, comprend le processus de réflexion mené par le gouvernement autour des ressources minières. « L'Etat doit se rendre compte que l'exploitation minière risque de ne pas apporter des valeurs ajoutées pour le pays et de ne pas créer suffisamment d'emplois pour nous ».
Ce faisant, il reconnaît les limites du pays en matière des moyens techniques et logistiques : « Nous n'avons pas l'expertise, les moyens techniques et financiers pour exploiter ses ressources naturelles ». D’où la nécessité, selon lui, de se servir de ses richesses comme gage d'investissement dans d’autres secteurs.