AA/ Tunis/ Bujumbura/ Safwene Grira/ Rénovat Ndabashinze
Au Zimbabwé, au Cameroun, au Ghana, au Burundi, en Afrique du Sud ou au Nigéria, les délestages électriques sont un problème "courant" comme dans nombre d'autres pays africains qui offrent l'occasion aux entreprises chinoises d'intervenir par le moyen de projets aux sommes faramineuses.
Alors que la grogne des Sudafricains monte contre Eskom, la compagnie sud-africaine d’électricité, en raison des délestages importants dans cette deuxième semaine de décembre, la solution se profilerait à des milliers de kilomètres. Une visite concomitante en Chine du président Jacob Zuma semble fructueuse, à en juger par une lettre d'intention signée sur la coopération dans l'énergie nucléaire entre la China National Nuclear Corporation et la South African Nuclear Energy Corporation. Un projet qui donne déjà de l'espoir, en ce qu'il augmentera la capacité en électricité de l'Afrique du Sud, en rangeant ce pays en tant que tout nouveau "trophée électrique" chinois dans le continent noir.
Pour Gilles Salsarulo, Chief operating officer d'Amperafrik, société de référence dans la conception de produits énergétiques innovants sur le continent Africain, cette intervention chinoise très active répond à une situation où "les infrastructures africaines sont défaillantes, en même temps que la demande d'électricité croît de 10 à 12% par an sur le continent"
D'un autre côté, "la Chine qui fait 7% de croissance par an a besoin de sécuriser ses apports énergétiques notamment en pétrole. Ces partenariats gagnant-gagnant lui permettent d'investir massivement en Afrique tout en bénéficiant de conditions avantageuses en matières énergétiques." poursuit Salsarulo, dans une déclaration à Anadolu.
A Harare, capitale du Zimbabwe, la solution miracle aux coupures fréquentes d'électricité a désormais un nom: Sinohydro. Ce groupe chinois, fort d'un prêt de la banque Eximbank, elle-même chinoise, avait signé, à la mi-octobre, un contrat de de 1,5 milliard de dollars pour construire une centrale électrique au charbon qui permettra d'améliorer considérablement la fourniture d'électricité dans ce pays d'Afrique australe.
Une solution qui permettra au Zimbabwe dont les capacités électriques sont déficitaires, notamment en raison d'installations vétustes, d'augmenter sa production en électricité pour correspondre à ces besoins (estimés à 2200 MW alors qu'il en produit 1200) sans recourir à l'importation et en évitant des coupures pouvant aller jusqu'à 18 heures.
Pour Salsarulo, la Chine ne fait, à travers ces investissments récurrents sur le continent, que remplir "un vide laissé par l'Europe".
"Les fonds d'investissements européens destinées à l'Afrique sont relayés au énième plan, notamment en matière d'électricité. La stratégie de prédateur adoptée par la Chine lui a permis de sauter sur l'occasion en réalisant, dans le domaine électrique, 30% de son budget alloué à l'Afrique" selon le patron d'Amperafrik.
En outre, cette stratégie offre "l'avantage de solutions clef-en-main. En même temps qu'elle crée ces pôles électriques, elle déploie sa main d'oeuvre rapidement, et il y aujourd'hui 1 million de travailleurs chinois en Afrique." poursuit Salsrulo.
Mais cet engouement chinois pour le secteur de l'électricité en Afrique ne date pas d'aujourd'hui. En 1982 déjà, la Chine a financé la construction de la centrale hydroélectrique de Mugere, dans la province de Bujumbura dit rural qui a une production de 8 mégawatts. Pékin a fourni aussi la main d’œuvre pour ce projet au Burundi. Pour Gilles Salsarulo, "ce manque à gagner pour l'emploi en Afrique est un corrolaire de ces interventions clef-en-main."
La centrale de Mugere vient d’être réhabilitée par le financement chinois à hauteur de deux millions de dollars américains, selon Nolasque Ndayihaye, directeur général de l’Energie au ministère de l’énergie et des mines, joint par Anadolu.
Il y a quelques années, la Chine a financé et réhabilité deux microcentrales Ruvyironza et Gikonge respectivement dans les provinces de Gitega et Muramvya, au centre du pays. Des experts chinois ont piloté les travaux.
Au cours de l’année 2012, a ajouté Ndayihaye, un financement chinois de 2,040 milliards de Fbu (environs 1.300.000 dollars américains) a été octroyé au Burundi pour l’installation d’éclairage public en utilisant les plaques solaires. Actuellement, les chinois se focalisent sur de nouveaux sites sur les rivières Ruzibazi et Cirasa & Karonge, toutes de la province de Bujumbura dit rural.
Au Nigéria, un projet majeur concernant l'amélioration de la fourniture défaillante de l'électricité est en cours depuis un peu plus d'un an. En octobre 2013, un contrat de 1,3 milliard de dollars a été signé avec le Sinohydro (le même groupe intervenant au Zimbabwe) pour la construction d'une usine hydro-électrique qui devrait produire 700 MG supplémentaires qui viendront s'ajouter au potentiel du pays.
Un prêt de la banque chinoise China's Export-Import Bank financera à hauteur de 75% du projet, alors que les 25% restants seront financés par le gouvernement du Nigeria selon un communiqué a indiqué du ministère des Finances.
Un autre groupe chinois, le China International Water Electric Corporation (CIWEC) avait finit de raccorder, vers la même période, près de 400 collectivités de la région du Haut Ghana occidental au réseau national de distribution d’électricité avec le soutien des autorités ghanéennes qui souhaitent augmenter la capacité électrique du pays de 10 % par an pour répondre aux besoins croissants des populations et du secteur industriel.
L'intervention chinoise trouve également pour forme les dons. Ainsi, au Cameroun, en raison des déficits d’énergie hydroélectrique, l’énergie solaire se présente comme une nouvelle option. Si elle reste inaccessible jusqu'ici, en raison de sa forte taxation, à la majorité des ménages, c'est la Chine qui vient au secours.
Depuis quelques mois, en effet, la petite ville universitaire de Soa est éclairée par des lampadaires fonctionnant à l’énergie solaire. 75 lampadaires ont été installés dans le campus université et 334 autres dans la ville ainsi que sur l’axe reliant Soa à Yaoundé, la capitale politique et la ville la plus proche du campus universitaire. En tout, c’est 409 lampadaires d’un coût total de 1,5 milliards FCfa (316.500 usd) qui ont été installés grâce à un don de la République populaire de Chine.
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