AA/ Yaoundé/ Anne Mireille Nzouankeu
Au domicile de Abiba Bako à Yaoundé, l’évènement est de taille et les préparatifs vont bon train.
De la viande séchée et enrobée de pâte d’arachide, couramment appelée « kilichi », sèche sur un plateau. A la cuisine, ses filles grillent du poulet. Abiba Bako se prépare pour le Hadj 2015. Après une attente vieille d’une décennie, elle va finalement pouvoir se rendre à la Mecque où elle devra s’acquitter du cinquième pilier de l’Islam
Elle fait partie de la dernière vague de pèlerins camerounais en direction de la Mecque. « Je vais voyager avec un peu de nourriture car je ne suis pas sûre d’apprécier la nourriture de là-bas », explique Abiba Bako, rencontrée à Yaoundé par Anadolu.
Le rêve de Abiba Bako est en train de se réaliser, un rêve qu’elle nourri depuis 10 ans. Elle fait partie des musulmans camerounais qui effectueront le pèlerinage 2015. Abiba est commerçante. Elle vend des légumes au détail dans un marché de la place. Son mari est cuisinier chez un particulier. Le mari a effectué le pèlerinage à la Mecque il y a 10 ans, grâce à la générosité de son employeur qui avait payé les frais pour lui. « Quand mon mari est revenu de la Mecque, il a dit qu’il faut que j’y aille aussi et nous avons commencé un plan d’épargne », explique Bako.
Le couple a ainsi économisé pendant 10 ans pour payer les frais de Hadj de Madame. Cette année, la commission nationale du Hadj a fixé le taux de participation à 2 154 000 FCfa (4300 usd) pour chaque pèlerin. Cette somme est directement versée dans un compte bancaire ouvert à cet effet. « Deux millions est une somme d’argent énorme pour nous. Avec deux millions je peux construire une petite maison ou même épargner pour les études de mes enfants. Mais, j’ai choisi d’aller à la Mecque. C’est un sacrifice qui en vaut la peine. C’est la manifestation de ma foi », se réjouit madame Bako, mère de cinq enfants.
Comme Abiba Bako, beaucoup de pèlerins font d’énormes sacrifices pour participer au Hadj. « Plus de la moitié des pèlerins sont des personnes qui ont épargné pendant de longues années pour collecter l’argent nécessaire », révèle, Aboubakar El Hadj Nabaniya, encadreur de pèlerins depuis 15 ans. Cette année, le ministère saoudien du Hadj a accordé 4500 places pour les pèlerins camerounais. Mais, il y avait 10 000 candidats. Alors, la loi du premier arrivé, premier servi a été appliquée. Ce sont les 4500 premières personnes qui se sont acquittées de la somme exigée pour effectuer le voyage qui ont été retenues. « Je n’avais pas encore épargné suffisamment d’argent. J’ai emprunté 180 000 FCfa (352 usd) pour atteindre la somme demandée. Dieu est grand j’ai pu m’inscrire à temps », dit Abiba Bako, soulagée.
Mamouda Mbouombouo fera également le pèlerinage vers la Mecque. Il dit avoir épargné la somme de 1 800 000 FCfa (3529 usd) en trois ans. Le reste de la somme nécessaire pour s’inscrire lui a été donné par un bienfaiteur, en guise d’aumône, soit la somme de 350 000 FCfa (686 usd). « L’année dernière j’ai goûté à l’eau Zem Zem (une source miraculeuse pour l'Islam, à La Mecque, en Arabie saoudite, ndlr) qui m’a fait beaucoup de bien. En plus du fait que le pèlerinage est l’un des piliers de ma religion, j’ai hâte de boire autant de Zam Zam que je le veux », justifie Mamouda Mbouombouo.
En fait, les pèlerins camerounais ont le droit de revenir avec 10 litres d’une eau recueillie en terre sainte et qu’ils appellent « Zam Zam ». Généralement, les pèlerins de retour, donnent un peu de cette eau, dont on dit qu’elle a beaucoup de vertus, à leurs proches. C’est ainsi que Mbouombouo a pu en boire l’année dernière. Avec près de 5000 camerounais qui vont à la Mecque, chacun développe sa méthode et sa motivation pour affermir sa foi.
Au Cameroun, les musulmans représentent 25% d’une population totale estimée à 20 millions de personnes, soit près de 5 millions musulmans. Ces derniers sont majoritairement concentrés dans le Nord, l’Extrême-Nord et l’Ouest du Pays, selon des estimations officielles.