L’évacuation des musulmans de la RCA doit être une mesure de dernier recours, prise avec le consentement des déplacés et en conformité avec les normes internationales, ont averti deux experts onusiens des droits de l’Homme, dans un communiqué publié vendredi par le Haut-commissariat aux droits de l'Homme.
« Les évacuations doivent être décidées au cas par cas, avec le plein consentement des personnes concernées. Il est important que chacun ait le droit de décider de rester ou d'être évacué avec la garantie d’un retour dans la sécurité et la dignité, une fois que les conditions le permettent », a déclaré le rapporteur spécial sur les droits de l’homme des personnes déplacées internes, Chaloka Beyani.
« Le dilemme entre rester et risquer sa vie ou être évacué est très lourd pour les membres des minorités religieuses en République centrafricaine », a-t-il ajouté, d’une même voix que son homologue Rita Izsak, rapporteur spécial sur les questions des minorités.
Izsák a fait part de son côté, de sa profonde inquiétude face à la situation des personnes déplacées, en majorité de confession musulmane « la situation dans le pays est extrêmement grave et la nécessité de sauver des vies doit être une préoccupation majeure, au regard du niveau actuel de violence et de l’échelle des déplacements. », a-t-elle souligné.
Chaloka Beyani s’est félicité de la récente résolution du Conseil de sécurité visant à déployer une mission de maintien de la paix dans le pays, mais s’est dans le même temps dit préoccupé par le fait que les composantes policière et militaire de la mission ne commenceront à être opérationnelles qu’à partir de la mi-septembre.
« Le temps presse et les personnes ayant besoin de protection ne peuvent pas attendre plus longtemps », a-t-il indiqué avant de poursuivre : « elles ont besoin d’être assurées qu’elles bénéficieront d'une protection immédiate et efficace contre les représailles. »
Actuellement, le sort de milliers de musulmans est au cœur d’un dilemme politico-humanitaire en RCA et ce, depuis l'évacuation d'une centaine de musulmans de PK 12, un quartier situé à la sortie de la capitale, escortés dimanche soir par les forces sangaris vers la ville de Bambari, à 300 km au nord-ouest de Bangui.
La ministre de la Réconciliation, Antoinette Montaigne, n'avait d'ailleurs pas hésité à montrer son mécontentement suite à ce déplacement, lors d'une déclaration à la presse lundi.
La ministre avait en effet profité d'une réunion de travail avec le Haut-commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) et l'Organisation internationale des migrations (OIM) pour attirer l'attention sur le risque de partition du pays si les évacuations venaient à se poursuivre.
Montaigne s'était ainsi farouchement opposée aux futurs déplacements de musulmans qui provoqueront "des déséquilibres culturels et sociologiques", selon ses propos et avait insisté sur l'importance de sécuriser Bangui à travers un effort de désarmement et un appui plus prononcé de la communauté internationale.
Le HCR avait estimé au début de l'année, le nombre de personnes déplacées à l'intérieur du pays à plus de 400 000, majoritairement musulmans, contre quelque 94 000 au début de l'année 2012. Près de 65 000 individus se sont enfuis en République démocratique du Congo (RDC), en République du Congo (Congo), au Tchad et au Cameroun.