Économie, Analyse

Sur quel pied le tourisme tunisien dansera-t-il? (Analyse)

Slah GRICHI   | 31.05.2020
Sur quel pied le tourisme tunisien dansera-t-il? (Analyse)

Tunisia

Sur quel pied le tourisme tunisien dansera-t-il? (Analyse)

Sur beaucoup de terres, il est important, voir déterminant... Paradoxalement, il est tellement fragile et si peu résistant aux facteurs exogènes, qu'à chaque tourbillon ou crise, il est parmi les premiers à être atteint et il est souvent le dernier à se remettre. Nous avons nommé le tourisme que le Covid-19 a pire que fragilisé partout dans le monde, dont la Tunisie qui essaie de sauver sa saison ou...ce qui peut l'être.

AA / Tunis / Slah GRICHI

Dans la géographiquement petite Tunisie, aux près de 12 millions d'habitants, le tourisme représente au gré des années, entre 9 et 10% du PIB (produit national brut) et les saisons fastes, il peut même grimper jusqu'à flirter avec les 14%. Il est également synonyme d'environ 800 mille emplois qui montent à pratiquement le double, si l'on prend en compte les activités annexes. C'est dire à quel point l'âme meurtrie, le pays s'est-il résolu à s'imposer isolement et confinement...et combien la pandémie de Covid-19 lui a coûté, lui coûte et lui coûtera encore.

Mais à l'image de plusieurs pays où le tourisme représente un secteur important de l'économie, la Tunisie a adopté un train de mesures et s'apprête à en prendre d'autres, pour venir en aide à cette activité sinistrée depuis plusieurs mois et, surtout, pour la relancer en envoyant des signaux, à l'extérieur autant qu'à l'intérieur, que le pays, ses hôtels et ses attractions sont une destination "saine et sûre", en attendant d'ouvrir ses frontières.

- Prendre le taureau par les cornes ?

C'est ainsi qu'entre autres mesures de soutien et d'accompagnement, le gouvernement tunisien a assuré aux professionnels du secteur des lignes de crédit sans intérêts et des contributions aux salaires des personnels, à la condition que leurs charges sociales et fiscales soient en règle, alors que les concernés exigent un report de ces charges, afin d'utiliser la manne de liquidités, non pas pour éponger leurs dettes et autres arriérés de redevances (salaires, électricité, eau courante...), mais pour remettre leurs établissements à flot et se préparer à (ré) accueillir la clientèle.
Afif Kchok, hôtelier et président de l'Union nationale de l'Industrie hôtelière (UNIH) affirme que "l'État veut prendre et se faire payer de la main gauche, ce qu'il nous accorde comme prêts avantageux de la main droite".

Il est suivi par la FTH (Fédération tunisienne de l'hôtellerie) qui va plus loin en considérant qu'un maintien des conditions établies par la tutelle pour l'octroi de ces prêts, empêchera une vraie relance du secteur et que plusieurs établissements mettront la clef sous la porte.

Le pessimisme de la FTH, tout comme celui de la FTAV (Fédération tunisienne des agences de voyage) atteignent l'extrême, quand leurs présidents respectifs, Khaled Fakhfakh et Jabeur Ben Attouch, assurent que l'activité baissera probablement de 80 à 90% et que la reprise réelle ne se fera qu'à partir d'avril 2021, d'autant que l'Union Européenne a conseillé la limitation des déplacements et des voyages.

Afif Kchok, lui, ne partage pas cet avis, dans la mesure où le marché européen n'a représenté que le tiers des neuf millions de touristes (dont 700 000 Russes) enregistrés l'année dernière : "Ce sont les Algériens, un peu moins les Libyens, les autochtones et les Tunisiens vivant à l'étranger qui constituent le gros de la clientèle.

Avec l'ouverture des frontières, j'estime que la reprise pourra atteindre les 35 à 40%, malgré l'imposition de ne dépasser 50% de la capacité d'accueil des hôtels", avance-t-il, tout en précisant que pour être rentable, le tourisme tunisien, essentiellement balnéaire et donc saisonnier, doit tourner autour de 90% en taux de remplissage, pendant l'été.

Malgré ces différences d'appréciation, le ministère a, pour sa part, essayé de prendre le taureau par les cornes en mobilisant des experts de différentes spécialités pour mettre au point un protocole sanitaire anti Covid-19, destiné à protéger le touriste, de son arrivée jusqu'à son départ, ainsi que le personnel et l'ensemble des espaces à occuper.

C'est ainsi qu'un manuel en 250 points a vu le jour et que les professionnels devront s'engager -par écrit- à respecter. En version simplifiée et appuyé par un spot promotionnel explicatif, "il sera notre cheval de bataille dans l'intense et accélérée campagne que nous mènerons auprès de nos partenaires à l'étranger pour promouvoir la destination Tunisie, comme étant saine et sûre", avançait récemment Mohamed Ali Toumi, ministre du Tourisme et de l'Artisanat.

Et, désireux de prendre de vitesse des pays concurrents dans la région, il espère que la maîtrise de la crise du Cocid-19 sera confortée, afin que soient ouverts l'espace aérien et les frontières maritimes et terrestres avant les autres, ce qui ne peut être décidé que par la Commission de lutte contre le Coronavirus.

"La réussite de notre approche anti Covid-19 et le nombre, relativement très limité, en contaminations et en décès sont un autre atout que le pays doit faire prévaloir", dit encore le ministre.

- Des signes prometteurs...mais

Nabil Bziouech, directeur général de l'ONT (Office national du Tourisme tunisien) se montre lui aussi optimiste, puisque ses représentants en Italie, en Allemagne, en Pologne...font valoir une demande sur la destination Tunisie pour, justement, cette campagne anti Covid-19, sa proximité et son rapport qualité-prix, à la condition de communiquer bien et vite sur les conditions de sécurité et sur la célérité en cas de contamination.

C'est, par exemple, le cas de la Fédération allemande des agences de voyage et des Tour operateurs (DRV) qui, par l'intermédiaire de Volker Adams, son représentant à un tout récent webinaire avec des parties tunisiennes, a rappelé l'urgence de communiquer sur les garanties offertes par les établissements tunisiens et de signer des accords bilatéraux, d'autant que la majorité des Allemands n'ont pas encore décidé de leur destination pour les prochaines vacances.

Mais si la Tunisie semble avoir des atouts réels pour sauver les meubles en cette saison pas comme les autres, grâce notamment à ce Protocole sanitaire que 122 contrôleurs, spécialement formés, veilleront à faire respecter, les professionnels et encore plus particulièrement les hôteliers, ne seraient-ils pas avisés de se tourner vers leur personnel, chargé d'accueillir, de conseiller et de servir les clients, pour un peu plus d'amabilité, d'affabilité et même de correction?

Car franchement, ce n'est pas partout ni toujours, le fort du tourisme tunisien. A rétablir... 


*Les opinions exprimées dans cette analyse ne reflètent pas forcément la ligne éditoriale de l'Agence Anadolu.

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