AA / Doha / Ahmed Youssef
Une nette volonté de normaliser les relations et de tourner le chapitre des différends a été reflétée par la récente visite du ministre qatari des Affaires étrangères, Mohamed ben Abderrahmane au Caire, qui a fait émerger une série de détails de taille, s’agissant essentiellement de la remise au Président égyptien, Abdelfattah al-Sissi, d'une invitation officielle à se rendre à Doha par l’émir du Qatar, cheikh Tamim Bin Hamad al-Thani.
Les relations égypto-qataries ont connu des pas positifs sur la voie de leur rétablissement, et ce, après la signature de la Déclaration d’al-Ula, en Arabie Saoudite, en janvier dernier. Le rideau est ainsi tombé sur une crise qui a opposé, plus de trois ans et demi, le Qatar d’une part, à l’Egypte, l’Arabie Saoudite, les Emirats et le Bahreïn, d’autre part.
Au début de l’année en cours donc, un accord de réconciliation a été annoncé entre les différents protagonistes de la crise du Golfe qui avait été enclenchée à travers le boycott de Doha par Riyad, al-Manama, Abu Dhabi et le Caire, en juin 2017.
- Rétablissement des relations
Tourner la page des différends entre l’Egypte et le Qatar a été amplement médiatisé par les organes de presse qataris au terme de la visite du Chef de la diplomatie de ce pays, lundi 24 mai, au Caire.
Dans son numéro du 26 mai écoulé, le journal « Al-Chark » a mis en exergue la « volonté commune de renforcer les relations bilatérales entre le Qatar et l’Egypte, qui aura le meilleur impact sur la dynamisation des mécanismes de l’action arabe mixte, au sujet du traitement des affaires de la région ».
« Le message manuscrit adressé par l’émir du pays au Président al-Sissi reflète le souci de l’émir de consolider et d’appuyer les relations bilatérales entre le Qatar et l’Egypte, sur fond des développements positifs connus par les relations bilatérales après la signature de la Déclaration d’al-Ula », a écrit le journal.
Le média qatari a ajouté que « ce progrès constaté dans les relations bilatérales a eu des impacts positifs sur la coordination entre les deux pays et sur l’impulsion des efforts de l’action arabe commune, d’autant plus que le Qatar assure la présidence périodique du Conseil de la Ligue des Etats arabes, ce qui a permis de contribuer à couronner de succès les efforts arabes déployés pour parvenir à un cessez-le-feu dans la Bande de Gaza (le 21 mai) ».
- Tirer profit des opportunités d’investissement
Abondant dans le même sens, le journal qatari « el-Watan », a indiqué dans un article d’opinion publié à l’issue de la visite au Caire du chef de la diplomatie qatarie, qu’il était « prévu que cette visite ouvre une nouvelle phase non seulement concernant les relations égypto-qataries ou entre l’Egypte et les pays du Golfe mais aussi en matière de relations inter-arabes ».
Le journal a ajouté que « cette visite s’inscrit dans le cadre du renforcement de la coopération arabe et accroît la dynamique de l’action arabe sur la scène internationale d’une part, et la capacité des pays arabes à traiter les crises, les problèmes et les conflits qui embrasent la région depuis deux décennies, d’autre part ».
« Le renforcement des atmosphères positives entre nos deux pays constitue une opportunité de choix pour tirer profit des grandes opportunités économiques et d’investissement offertes dans les deux pays frères, et qui seront mutuellement profitables », poursuit l’auteur de l’article.
De son côté, le ministre qatari des Affaires étrangères a, dans des déclarations télévisées faites après la visite, souligné que "les relations avec l’Egypte ont connu de nombreuses tensions mais nous avons gardé un seuil minimum, y compris lorsque la crise a atteint son point d’orgue, en termes d’investissement et d’étudiants qataris en Egypte ».
« Lorsque le chapitre des différends a été tourné, nous avons accéléré les travaux des comités mixtes et chacune des deux parties a salué chaleureusement ce progrès », a ajouté le ministre.
- Soutien à la sécurité nationale et arabe
A son tour, l’auteur qatari, Saleh Gharib el-Abidli, a déclaré : « Si nous examinons les relations entre le Qatar et l’Egypte depuis longtemps, elles sont restées fondées sur des bases ancrées pour renforcer la sécurité, indépendamment de ce qui se passe, et nonobstant les différends et conflits, la relation restera forte ».
Il a ajouté dans une déclaration faite à AA que « sans doute, les relations entre les deux pays ont connu une dégradation par moments mais malgré cela, elles sont restées établies quand bien même par le truchement d’un médiateur qui dirigeait les relations entre les deux peuples et les deux Etats ».
« En dépit de ce qui s’est passé (boycott imposé au peuple qatari par les quatre pays), la relation a été maintenue et les investissements qataris en Egypte n’ont pas été impactés », a-t-il tenu à rappeler.
Gharib a ajouté que « l’invitation lancée par l’émir qatari au Président égyptien pour se rendre à Doha a conféré à cette relation un autre tournant, et les peuples qatari et égyptien attendent cette visite pour rouvrir une nouvelle page ».
Il a conclu son intervention en indiquant que « la page du différend enclenché en 2017 a été définitivement tournée et fait désormais partie du passé. Cela sera indéniablement une bonne chose pour les deux peuples, qatari et égyptien ».
- Des étapes sur la voie du retour
Le 5 janvier dernier, la Déclaration d’al-Ula a sanctionné la tenue d'un Sommet des pays du Golfe en Arabie saoudite, annonçant ainsi la fin d'une crise aiguë, qui s'est enclenchée au milieu de l'année 2017. L'Arabie Saoudite, les Emirats, le Bahreïn et l'Egypte ont rompu leurs relations avec le Qatar parallèlement à l’imposition d’un blocus économique et frontalier.
Immédiatement après la signature de la Déclaration d’al-Ula, le Caire et Doha ont œuvré « de manière intensive à tourner la page des différends » qui les avait opposés pendant des années.
D'un boycott gouvernemental ponctué d'attaques médiatiques, la situation s'est métamorphosée en donnant lieu à des rencontres et des contacts officiels marqués par une accalmie et un équilibre dans le discours utilisé, ce qui reflète une volonté commune d'accélérer la reprise des relations et de résoudre les problèmes antérieurs en suspens.
En effet, le 23 février dernier, deux délégations officielles, qatarie et égyptienne ont tenu des discussions, au Koweït, pour examiner les mécanismes de mise en œuvre de la Déclaration de réconciliation.
Dix jours plus tard, le ministre qatari des Affaires étrangères, Mohamed ben Abderrahmane al-Thani, a effectué sa première visite en Egypte depuis la réconciliation conclue en terre saoudienne.
A l'issue d'une entrevue avec Sameh Choukri, le chef de la diplomatie qatarie a affirmé que Doha et le Caire s'emploient à « réchauffer leurs relations bilatérales ».
Le 8 mars, soit moins d'une semaine après cette visite, une délégation qatarie s'est rendue, pour la première fois au Caire, depuis la réconciliation, à l’effet d'accélérer la reprise des relations.
La semaine d'après, le ministre égyptien des Affaires étrangères a déclaré, lors d'une réunion d'une commission parlementaire, que « les frères au Qatar ont adressé un message positif pour la reprise des relations ».
Un mois plus tard, soit le 12 avril, le Président égyptien Abdelfattah al-Sissi, a reçu un appel téléphonique de la part de l'émir du Qatar, Cheikh Tamim Ben Hamad al-Thani, qui l'a félicité à l'occasion de l'avènement du mois sacré du Ramadan. Il s'agit du premier contact entre les deux chefs d'Etat depuis la réconciliation d’al-Ula.
Durant l'agression israélienne contre la Bande de Gaza, Choukri s'est entretenu au téléphone avec son homologue qatari, le 16 mai, pour convenir de l'importance de travailler ensemble afin de parvenir à un cessez-le-feu et pour souligner la continuité de la coordination dans un cadre bilatéral et régional.
Lundi 24 mai, le ministre qatari des Affaires étrangères a atterri au Caire, dans ce qui est considéré comme sa deuxième visite en Egypte, depuis la réconciliation en janvier dernier.
Al-Thani s'est entretenu avec Choukri et a fait part de ses remerciements à l'adresse de l’Egypte pour son rôle dans la conclusion de l'accord de cessez-le-feu, à Gaza, tandis que la partie égyptienne a évoqué « un développement positif dans les relations » avec Doha.
Al-Thani a remis, le lendemain, à al-Sissi un message écrit de l'émir du Qatar qui l’invite à se rendre à Doha, dans ce qui est considéré comme le développement majeur au niveau des relations bilatérales depuis la réconciliation.
*Traduit de l'arabe par Hatem Kattou
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