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Les « refuges sûrs », quid de l'escalade de Daech en Irak ? (Analyse)

- Le chroniqueur Raed al-Hamed observe une escalade entre les forces irakiennes et Daech et tente d’explorer les objectifs de l'organisation terroriste, qui dépasse le stade d'assassiner des éléments des forces sécuritaires

1 23   | 20.02.2021
Les « refuges sûrs », quid de l'escalade de Daech en Irak ? (Analyse)

Istanbul

AA / Raed al-Hamed

Malgré les coups durs portés à l'organisation de Daech, pendant et après sa prise de contrôle de vastes régions de l'Irak et de la Syrie, entre 2014 et 2019, l'organisation terroriste continue à constituer une menace à la sécurité et à la stabilité des deux pays.

Le groupe terroriste dispose d'une certaine manière de la liberté de circulation entre les frontières irakienne et syrienne, dans des zones désertiques des provinces d'al-Anbar (ouest) et de Ninive (nord), depuis la zone du Nord de l'Euphrate, dans le district d’al-Qaim, jusqu’à la chaîne montagneuse de Badush dans l'ouest de Ninive.

Daech a marqué son territoire en assurant une présence dans des zones du district d’al-Ratba, près du triangle frontalier entre l'Irak, la Jordanie et la Syrie, et dans les sud, dans des zones proches des frontières saoudiennes, au niveau des provinces d'al-Anbar et de Karbala (sud).

Dans la ceinture de Bagdad, l'organisation a lancé des attaques au nord de la capitale, jusqu'au district de Samarra dans la province de Salaheddine (nord).

Cela prouve la présence de petits groupes de Daech dans cette zone, où il y a de nombreux sentiers agricoles et champs, ce qui facilite la circulation des éléments armés, loin de l'observation des forces sécuritaires et des factions de la Mobilisation populaire, présentes en force dans la région, en particulier, dans les périmètres des villes de Samarra et de Balad.

Au nord de la province de Salaheddine, l'organisation exploite un environnement géographique approprié pour fournir des refuges « quasi sûrs » destinés à ses éléments armés, point de départ pour lancer les attaques, en particulier dans le désert du district de Baiji, jusqu'au désert d'al-Anbar.

De même, la chaîne de montagnes de Hamrine, située au sud-ouest de Kirkouk (nord) offre des refuges entièrement sécurisés, depuis lesquels le groupe lance ses attaques dans les environs de Kirkouk, qui représente une des principales zones où est implantée l'organisation.

Cette zone est marquée par un affaiblissement sécuritaire généré par l'absence de coordination entre les gouvernements central de Bagdad et d'Erbil (Nord) et qui a un relief géographique accidenté.

Daech évolue également dans les zones dont les revenus sont disputés entre les gouvernements de Bagdad et d'Erbil. Ces zones sont marquées, comme mentionné, par une fragilité sécuritaire à cause de l'absence de coordination entre les deux gouvernements.

L'organisation terroriste tente pour garantir sa pérennité sur la poursuite de l'embrigadement dans ses rangs et la garantie des flux financiers.

Des médias occidentaux évoquent des difficultés sérieuses auxquelles fait face l'organisation pour l'embrigadement d'éléments en Irak et à un degré moindre en Syrie, alors qu'il dispose encore de la capacité à s'autofinancer à travers les opérations de rackets et de chantage à l'endroit des réseaux de contrebande de pétrole dans l'est de la Syrie.

De plus, le groupe terroriste procède à des kidnappings pour l'obtention de rançons et à des investissements dans des sociétés financières et dans d'autres compagnies qui exercent des activités commerciales ordinaires et légales.

Selon un rapport récent des Nations unies, les capacités financières dont dispose Daech s'élèvent à 100 millions de dollars.

Dans le cadre des efforts entrepris par Daech pour se restructurer, après la perte de son dernier bastion dans l'est de la Syrie en mars 2019, il ressort du rapport de l’ONU publié au début de ce mois, que le groupe a pas moins de 10 mille hommes armés, dont la majorité se trouvent en Irak et qui ont la capacité de lancer des attaques dans les régions qui sont théâtres de conflits plus que dans les zones stables.

Avec l'arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche, le 20 janvier dernier, les scènes de conflit dans la région du Moyen-Orient en connu une escalade inédite, consistant en l'augmentation du nombre d'attaques lancées par Daech, aussi bien en Syrie qu'en Irak, et d'autres opérations conduites par des groupes chiites armés, alliés de l'Iran, qui ont ciblé des intérêts et des bases américaines en Irak.

L'administration Biden s'emploie à réduire l'ampleur des tensions dans la région en général, à neutraliser l'Iran et les groupes qui lui sont alliés, pour éviter qu'ils ne ciblent les intérêts américains, et ce à travers une politique plus souple avec Téhéran, via l'arrêt du soutien militaire apporté à l'Arabie saoudite dans sa guerre au Yémen.

Washington a réduit également les sanctions infligées au groupe « Ansar Allah » (Les Houthis), allié de l'Iran au Yémen, en le retirant de la liste des « organisations terroristes étrangères », en plus de lancer des invitations au dialogue au sujet du dossier nucléaire et des missiles balistiques.

L'Administration américaine n'affiche pas cependant d’intérêts particuliers jusqu’à présent pour les menaces proférées par Daech d’intensifier le rythme de ses attaques.

Trois ans après la perte de ses derniers bastions et repaires en Irak, à la fin de 2017, l'organisation a lancé de multiples attaques sur des sites militaires des forces sécuritaires et sur les composants de la Mobilisation populaire ainsi que contre les infrastructures d'acheminement de l'énergie électrique et des supplétifs des forces sécuritaires.

Le point culminant de ces attaques a été atteint le 21 janvier dernier, lorsque deux kamikazes se sont fait exploser dans un rassemblement d'employés et de vendeurs de vêtements dans une place du centre de Bagdad, faisant 32 morts et près de 80 blessés.

Avant cette attaque sanglante, la capitale irakienne n'a pas connu d'activités notoires de l'organisation depuis le mois de janvier 2018, lorsqu'une attaque-suicide avait été perpétrée dans la même zone, causant également des dizaines de morts.

Daech a ciblé les centrales électriques dans plusieurs régions de l'Irak, notamment à al-Anbar et à Diyala (est), près des frontières avec l'Iran, afin de priver l'Irak des ressources électriques en provenance de ce pays voisin.

Une attaque similaire a eu lieu dans la zone de Jorf al-Sakhr jaffa, placée sous le contrôle quasi complet des factions de la Mobilisation populaire, alliée de l'Iran.

En réaction à la double explosion de Bagdad, le gouvernement a exécuté des centaines d’individus inculpés de terrorisme, en réaction aux appels à la vengeance lancés après la revendication par Daech des explosions.

Le 27 janvier dernier, une opération aérienne et terrestre irakienne a été menée avec l'appui de la Coalition internationale conduite par les Etats-Unis et permis d’éliminer « le gouverneur d'Irak » dans l'organisation de Daech, Jabbar Ali Farhan Al-Issaoui, plus connu sous le nom de Abou Yacer al-Issaoui, ainsi que plusieurs éléments armés de l'organisation.

L'opération a abouti également à la destruction de casemates et de caches de l'organisation à Wadi al-Chai près de Kirkouk.

Les forces de la Coalition internationale ont mené 34 frappes aériennes, qui ont ciblé l'organisation en Syrie en Irak, au cours du mois de novembre dernier, soit une légère augmentation du nombre des raids lancés par la Coalition durant le mois précédent.

Les forces de la Coalition ont annoncé avoir mené 82 opérations en Syrie en Irak en janvier dernier, en coordination avec des forces d’appui au sol.

Dans le cadre des opérations lancées par des unités de l'armée irakienne, en coordination avec les forces sécuritaires et les factions de la Mobilisation populaire, et avec un appui aérien de la Coalition internationale, ces opérations ont réussi à détruire des dizaines de tunnels et de caches utilisés par Daech à al-Anbar, à Ninive, à Kirkouk et à Salaheddine.

Les forces irakiennes ont réussi à tuer des dizaines d’éléments et de dirigeants de l'organisation de Daech, depuis la fin des grandes opérations de combat, en décembre 2017.

Les forces de la Coalition ont réduit le nombre de la présence de leurs soldats en raison de la pandémie de la COVID-19 et visent à maintenir Daech à un niveau de combat, qui permet aux forces sécuritaires irakiennes d'endiguer les menaces, avec le minimum d'aide possible apportée par la Coalition.

Depuis son expulsion de l'une des dernières zones qu’il contrôlait à al-Baghour, dans l'est de la Syrie, près des frontières irakiennes, en 2019, Daech a adopté une stratégie de « restructuration » de son réseau sous forme de groupes itinérants et mobiles dans des zones géographiques variées.

L'organisation tente, à court terme, de tisser des liens entre ces groupes afin de permettre aux dirigeants du groupe de planifier davantage d'attaques violentes, dont les objectifs dépassant le simple stade de tuer des éléments des forces sécuritaires ou des Mobilisations populaire et tribale.

L'objectif de Daech consiste à mener une sorte de « guerre d'usure » afin de harceler et de réduire le potentiel de combat et les capacités financières des forces adverses et de les affaiblir, à telle enseigne que l'organisation puisse reprendre le contrôle de zones géographiques vitales pour sa pérennité et pour fournir des refuges sécurisés à ses éléments armés.


*Traduit de l’Arabe par Hatem Kattou

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