AA / Jérusalem / Abderraouf Arnaout
Sauf surprise de dernière minute, le Chef du gouvernement israélien, Benyamin Netanyahu, se trouvera, ainsi que son parti de droite, le Likoud, sur les bancs de l’opposition à la Knesset d’ici quelques jours.
Netanyahu, qui s’est accaparé le poste de Chef de gouvernement depuis l’année 2009, a attaqué le parti de droite « Yamina » conduit par Naftali Bennett, dans une tentative de le contraindre à se rétracter et à renoncer à son intention de former un gouvernement de « changement » avec le chef du parti centriste « Yesh Atid » (Il y a un avenir) dirigé par Yair Lapid.
Netanyahu est qualifié généralement en Israël de « Roi », dès lors qu’il détient un record de longévité à la tête de la présidence du gouvernement depuis la création de l’Etat hébreu en 1948. Toutefois, la question pressante qui se pose le plus en ce moment est : « l’ère Netanyahu est-elle révolue? ».
Wadi’a Abou Nssar, spécialiste en affaires partisanes israéliennes, a, dans un entretien accordé à l'Agence Anadolu, indiqué que « Netanyahu se battra jusqu’au bout, dès lors qu’il s’agit pour lui d’une affaire de vie ou de mort, d’autant plus que sa chute politique pourrait baliser la voie pour son incarcération ».
Netanyahu fait face à des accusations de corruption, de fraude et d’abus de confiance, selon un acte d’accusation examiné par la Cour centrale israélienne qui siège dans la ville occupée de Jérusalem-est, depuis l’année dernière.
Netanyahu s’est employé à organiser les élections en mars dernier, dans une tentative de faire approuver par la Knesset une loi qui l’immuniserait contre tout procès tant qu’il est à la tête du gouvernement.
Cependant, il a échoué à former une coalition de droite comprenant plus de 61 députés (quorum requis pour voter au sein de la Knesset afin de former un gouvernement), et a ainsi essuyé un échec.
Abou Nassar estime que « tout conflit avec Netanyahu est à la base un conflit d’ordre personnel. Il a poussé vers l’organisation d’élections en mars dernier pour amender la loi en vue d’être immunisé tant qu’Il se maintiendrait à la présidence du gouvernement ».
« L’échec de Netanyahu à former un gouvernement et la formation d’un gouvernement alternatif pourraient accélérer son procès et c’est ce dont il a le plus peur », a ajouté le spécialiste.
Si un gouvernement de Bennett et de Lapid parvenait à être formé, il est confirmé que le parlement ne voterait pas la loi au profit de Netanyahu, mais le cabinet pousserait plutôt à empêcher ce dernier de former un nouveau gouvernement à l'avenir, d'autant plus qu'il fait face à des accusations de corruption, a expliqué Abou Nassar.
Le nouveau gouvernement vise à avoir l'appui d'au moins 61 membres de la Knesset sur les 120 qui y siègent pour obtenir la confiance.
Le gouvernement comprendra parmi les partis centristes la formation de « Yesh Atid » (17 sièges), le parti « Action » (7 sièges) et « Bleu et blanc » (8 sièges).
S’agissant des partis de droite, le cabinet pourrait comprendre le parti « Yamina » (7 sièges), la formation « Le nouvel espoir » (6 sièges) et Israël Beytenou (7 sièges).
Le parti Meretz (6 sièges) est la seule formation de gauche qui adhérera au gouvernement.
Les partis composant le gouvernement espèrent obtenir l'appui de la « Liste arabe unifiée », conduite par Abbas Mansour, et qui dispose de quatre sièges à la Knesset israélienne.
Cependant, Abou Nassar a estimé qu'il « est encore tôt d'évoquer la formation d'un gouvernement de Changement.
Il a précisé, à ce sujet, que « comme on dit en Israël, rien n’est définitif jusqu’à que tout s'achève effectivement. Ainsi, nous devons attendre pour voir si le gouvernement sera effectivement formé ou pas ».
Il a, cependant, nuancé que « cela ne réduit en rien les chances qui se sont accrues au cours des dernières heures pour former un gouvernement de Changement, comme il est déjà baptisé en Israël ».
Nassar a ajouté qu’il « existe deux points essentiels qui doivent être soulignés ». « Le premier est que l'ensemble des composantes du gouvernement du Changement pourrait parvenir à un accord, tandis que le deuxième est que Bennett et Lapid agissent comme si le soutien des députés arabes est obtenu d'office, alors que cela n’est pas acquis, dans la mesure où les députés arabes n'ont pas encore dit leur dernier mot de rejoindre ou pas le cabinet et que sans eux il n'y a pas de gouvernement », a-t-il expliqué.
La radio publique israélienne avait rapporté que « le parti Yesh Atid effectue actuellement des négociations avec la Liste Arabe Unifiée, présidée par Mansour Abbas pour appuyer le nouveau gouvernement et que Abbas n'a pas encore commenté officiellement jusqu’à l'heure ses orientations en la matière ».
Mansour Abbas avait déclaré, à maintes reprises, que l'apport de son soutien à un quelconque gouvernement est conditionné par la réalisation des revendications (se rapportant à l'amélioration des conditions de vie) des citoyens arabes en Israël.
Nassar estime que Netanyahu tentera au cours des prochaines heures de faire des manœuvres en polarisant des éléments du parti Amina et du parti de droite "Nouvel espoir" présidé par Gideon Saar, dans une tentative manifeste d'entraver la formation d'un gouvernement de changement
L'analyste politique a ajouté que Netanyahu s'emploie à convaincre des députés des partis de droite de faire scission de leurs formations, afin d'entraver les efforts de formation du gouvernement, considérant que s'il réussit dans cette entreprise, cela sera synonyme de retour à l'option des élections législatives à nouveau.
Le journal israélien Yediot Aharonot a rapporté, lundi qu’en « dépit de l'optimisme ambiant et des communiqués mutuels, les célébrations sont encore prématurées ».
Le journal a défini trois raisons qui pourraient faire capoter la formation du gouvernement du Changement.
Il s'agit selon le média du refus de Mansour Abbas d'appuyer le gouvernement, d’une scission au sein du parti Yamina et de l’implosion des négociations autour de la formation du gouvernement entre les différentes composantes.
Pour l'obtention de la majorité des 61 sièges, le gouvernement du Changement Bennett/Lapid doit obtenir un soutien extérieur de celui des quatre membres de la Liste Arabe Unifiée. Ainsi, et en l’absence du soutien du parti de Abbas Mansour, le gouvernement du Changement ne sera pas en mesure d’obtenir la majorité ».
Abou Nassar a indiqué que la « diversité, voire la divergence des positions politiques des partis composant le gouvernement du Changement, aboutiront inéluctablement à sa chute prochaine ».
Il a mis en garde que « ce qui réunit les partis de droite, du centre et de gauche, voire les députés arabes, n'est autre que la volonté de mettre fin à l'époque de Netanyahu, et que à défaut de cela, les différends politiques entre ces partis sont profonds ».
Ainsi, a-t-il poursuivi, « ce gouvernement, à l'instar du nom qu’il porte, est un gouvernement de changement de Netanyahu, et après la réalisation de cet objectif, ce cabinet ne pourra résister que quelques mois sans plus ».
Le gouvernement du Changement, a-t-il dit, sera « une sorte de gouvernement de contradictions », relevant que Bennett a indiqué, dimanche, que le gouvernement sera plus ancré à droite que l'actuel cabinet, ce que risquent de rejeter les partis centristes et de gauche, et à leur tête Meretz et l'Action, ainsi que les partis arabes qui seront contraints à rejeter des positions entièrement catégorisées à droite ».
L'obtention par Lapid du soutien de Bennett a constitué une impulsion majeure sur la voie de l'aboutissement vers un gouvernement de Changement, ce qui a poussé Benyamin Netanyahu à attaquer frontalement Bennett, dimanche soir, après l'affirmation de ce dernier qu'il s’emploierait à former un gouvernement de changement.
En cas de formation du gouvernement de Changement, Bennett sera le premier Chef de gouvernement jusqu'au mois de septembre 2023, dans l’attente que Lapid lui succédera jusqu'au mois de novembre 2025, selon la Radio publique israélienne.
Netanyahu, qui a échoué à former un gouvernement jusqu'au début du mois courant, a présidé tous les cabinets israéliens depuis l'année 2009.
Abou Nassar a conclu son propos en indiquant que « la formation d'un gouvernement de Changement signifie que Netanyahou sera sur les bancs de l'opposition à la Knesset, s'il ne décide pas de se retirer ou si le tribunal ne l'enverra pas à la case prison ».
*Traduit de l'arabe par Hatem Kattou
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