Analyse

Chine et Russie, à nouveau principaux ennemis des Etats-Unis ? (Analyse)

- La Chine et la Russie, tant par leurs populations élevées, que par leurs puissances militaires, nucléaires et économiques, ne sont pas des proies faciles pour ce pays dont "l’âge d’or" est terminé.

Prof. Dr. Cengiz Tomar,Tuncay Çakmak   | 24.02.2021
Chine et Russie, à nouveau principaux ennemis des Etats-Unis ? (Analyse)

Istanbul

AA / Istanbul

Durant le 20ème siècle, les États-Unis et le "bloc occidental", vainqueurs de la Guerre Froide, poussés par certains "experts du Moyen-Orient" hostiles aux musulmans, ont défini l’Islam et les musulmans comme leurs ennemis, abandonnant l’ennemi traditionnel que représentaient l’Union soviétique et les membres du Pacte de Varsovie.

Les attentats du 11 septembre aux États-Unis, l’apparition des Talibans, et l’émergence de groupes terroristes tels que Al Qaïda et Daech, ont joué un rôle essentiel dans cette nouvelle doctrine occidentale.

Les "gourous" de la politique étrangère américaine, tels que S. Huntington, B. Lewis et D. Pipes, des néocon (néoconservateurs), et les scénarios hollywoodiens, ont joué un rôle central dans cette période, qui s’est finalisée par des interventions lourdes de conséquences au Moyen-Orient, permettant à la Russie de Vladimir Poutine de profiter de l’occasion pour intervenir en Géorgie puis en Crimée (Ukraine).

Sous les provocations de Washington, l’Europe s’est, sans succès, opposée à la Russie. L’Europe, un géant économique, mais un nain des points de vue militaire et politique, s’est engouffré dans son confort obtenu au lendemain de la 2ème guerre mondiale, et n’a pas su aller au-delà des discours classiques sans effets. Une stratégie qui s’est soldée par un échec pour Washington.

Dans le même temps, la Russie est descendue dans les "eaux chaudes", s’installant en Syrie et en Libye, alors que les États-Unis, au péril de provoquer la colère de son allié le plus puissant et le plus sûr dans la région, la Turquie, a préféré œuvrer pour la création d’un État terroriste en Syrie en soutenant le PKK/YPG. Poussant ainsi la Turquie à se tourner vers d’autres ports au Nord et à l’Est.

Par ailleurs, la Chine, puissance démographique, n’a cessé de se renforcer économiquement depuis les années 90 et la fin de la Guerre Froide. Avec sa "soft power", la Chine a su s’imposer sur l’échiquier mondial, rendre dépendants d’elle de nombreux pays, grâce à sa production industrielle à faibles coûts, et en louant les terres de nombreux pays, en particulier en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient.

La Chine est devenue ainsi une grande menace pour les États-Unis qui préféraient combattre l’Islam et les musulmans, tout en poussant l’Irak, la Syrie, la Libye et le Yémen dans le chaos et la division, sous prétexte de leur "apporter la démocratie".

Alors que le premier quart de siècle du 21ème siècle s’achèvera dans cinq ans, les États-Unis semblent vouloir revenir sur cette politique et se tourner à nouveau face à la Chine et à la Russie, abandonnant d’une certaine manière sa politique au Moyen-Orient, hostile à l’Iran, une politique fortement voulue par son allié israélien.

La très forte réaction de Washington à l’achat par la Turquie des systèmes de défense antiaérienne russes S-400 en est probablement une démonstration.

Pourtant, les États-Unis ont été pris "la main dans le sac" lors de la tentative de coup d’état du 15 juillet 2016 en Turquie, et n’ont pas hésité à soutenir le groupe terroriste PKK/YPG en Syrie, et ont refusé de vendre à Ankara les fusées « Patriot ». Comment mieux pousser Ankara dans les bras de la Russie ? L’approche des pays de l’UE et de l’OTAN, sur les sujets comme la Syrie, la Libye, le PKK, FETO et la Méditerranée orientale, n’ont fait qu’alimenter ce processus.

Selon les analyses récentes, la Chine et la Russie représentent deux menaces principales pour les États-Unis. Ainsi, dans les années à venir, Washington pourrait se retourner à nouveau contre ses anciens ennemis, la Russie et la Chine.

Mais tout n’est pas si simple pour les États-Unis. La Chine et la Russie, tant par leurs populations élevées, que par leurs puissances militaires, nucléaires et économiques, ne sont pas des proies faciles pour ce pays dont "l’âge d’or" est terminé.

Washington renforce sa présence militaire dans les pays Baltiques, mais aussi en Ukraine et en Géorgie, ainsi qu’en Grèce, pour entourer la Russie, ne pouvant s’appuyer sur la Turquie en raison des relations tendues. Alors que la Russie, qui a bien compris l’importance géostratégique de la Turquie, s’efforce de renforcer ses relations bilatérales.

Tout cela risque de pousser Washington à trouver un accord avec l’Iran, pour ne pas être obligé de continuer à « s’occuper » du Moyen-Orient, et ainsi se focaliser sur la Chine et la Russie.

Pour conclure : "Aucune stratégie ne peut changer le destin".

[Le Professuer Dr Cenig Tomar est vice-président de l’Université internationale turque-kazakh Ahmet Yesevi]


* Traduit du turc par Tuncay Çakmak

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