Wejden Jlassi
01 Février 2021•Mise à jour: 01 Février 2021
AA/Tunis
Dans une interview à l'Agence Reuters, le ministre tunisien de l’Economie et des finances, Ali Kooli, a déclaré que son pays va émettre des obligations de 3 milliards de dollars au cours de cette année et vise à reconduire certains accords de crédit existants tout en engageant des réformes économiques plus larges.
Le ministre tunisien a indiqué qu'avec un déficit estimé à 11,5% du produit intérieur brut (PIB) en 2020 et une dette publique à 90% du PIB, la Tunisie se doit d'engager des réformes aussi bien de son système de subvention, que pour réduire sa masse salariale et restructurer les entreprises publiques déficitaires.
La crise économique en Tunisie a été accentuée par la pandémie du coronavirus et les tiraillements politiques. Les manifestations en cours contre les inégalités sociales ont accru la pression sur le gouvernement, au moment où les bailleurs de fonds étrangers et la plus puissante centrale syndicale réclament souvent des réformes contradictoires.
«Notre situation est difficile, mais cela ne signifie aucunement que nous ne sommes pas en mesure de payer les salaires ou de rembourser notre dette. La Tunisie pourrait aisément honorer les remboursements de ses dettes au premier semestre 2021", a indiqué le responsable tunisien.
Tunis a besoin de 19,5 milliards de dinars tunisiens (7,2 milliards de dollars), dont environ 5 milliards de dollars de prêts extérieurs pour boucler son budget pour l'exercice 2021, ce qui porte les remboursements de dettes cette année à 16 milliards de dinars, contre 11 milliards de dinars en 2020.
Kooli a déclaré que la Tunisie souhaite un nouvel accord de garantie de prêt d'un milliard de dollars de la part des Etats-Unis, ce qui, a-t-il précisé, pourrait l'aider à assurer les 3 milliards de dollars d'émissions d'obligations. C'est la première fois que l'actuel ministre de l'Économie révèle ce chiffre.
Le gouvernement espère également parvenir à un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) sur un nouveau programme de financement. Il a déclaré que les récentes consultations au titre de l'article IV étaient un pas dans cette direction. Cependant, Kooli a déclaré que la Tunisie n'avait pas encore décidé du montant du nouveau prêt international convoité et qu'elle prenait des mesures pour améliorer sa cote de crédit et obtenir l'aval du FMI à cet effet.
«Je pense qu'il y a une réelle possibilité d'aller sur les marchés pour au moins 1 milliard de dollars en 2021», a-t-il déclaré, ajoutant que la somme de 3 milliards de dollars serait également possible.
La Tunisie envisage divers instruments dans ce sens, dont un sukuk pour la première fois, un club deal, une action spécifique pour le marché asiatique ou une émission d’obligations libellées en dollars, a indiqué Kooli sans donner de détails. Il a souligné que le gouvernement peut également émettre, séparément, un sukuk pour le marché intérieur avant juillet, signalant qu’il pourrait être de l’ordre de 300 millions de dinars.
La Tunisie optera pour des subventions ciblées dans les mois à venir et annoncera des plans de restructuration pour les entreprises publiques après le mois du Ramadan, qui se termine cette année à la mi-mai, a déclaré Ali Kooli. Cependant, la pandémie du coronavirus qui a compliqué encore plus la situation économique des Tunisiens, pourrait retarder ces réformes, d'autant plus que ce n’est pas le bon moment pour attirer des investissements potentiels dans les entreprises publiques.
Les subventions ciblées comprendront la distribution de cartes numériques pour les Tunisiens à faibles revenus ainsi que d’autres mesures, a-t-il ajouté. Néanmoins, le gouvernement est encore en train d’évaluer le nombre de personnes qui ont besoin d’aide, quels prix devraient avoir les différents produits et comment éviter une forte hausse du taux d’inflation, a-t-il précisé.
Bien que le Premier ministre tunisien, Hichem Mechichi, ait déjà annoncé une nouvelle unité pour reprendre les entreprises publiques sous contrôle direct des ministères, les détails des réformes ne seront pas annoncés tant qu'ils ne seront pas finalisés, a déclaré Kooli. Il a affirmé que le gouvernement procédera à la vente de ses parts dans certaines entreprises sans les nommer. "Tout revenu généré par la privatisation serait réinjecté dans d'autres entreprises publiques que le gouvernement souhaite restructurer", a-t-il déclaré.
La principale centrale syndicale tunisienne "l'UGTT", avait auparavant résisté à toute intention de privatisation, mais Kooli a déclaré qu'il ne s'attendait à aucun problème là-dessus, ajoutant que le gouvernement «ne cherche pas les conflits».
Au sujet de la masse salariale du secteur public, Kooli a indiqué que le gouvernement envisage différentes façons de la réduire, notamment en offrant un salaire légèrement inférieur pour des heures de travail considérablement réduites.
*Traduit de l'anglais par Wejden Jlassi