Nadia Chahed
03 Octobre 2017•Mise à jour: 04 Octobre 2017
AA/Tunis/Bouazza Ben Bouazza
La 5ème chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis a décidé mardi de reporter de nouveau le procès des personnes impliquées dans l’attentat perpétré en 2015 dans un hôtel de Sousse, qui avait fait 38 morts parmi les touristes étrangers dont 30 Britanniques.
Deux représentants de l’ambassade de Grande-Bretagne ont suivi le déroulement du procès assistés par des traducteurs.
Selon plusieurs avocats, la date de la prochaine audience sera fixée en fin d’aprés-midi ou mercredi à l’issue des délibérations de la Cour.
La demande du report a été faite par les 24 avocats de la partie civile commis d’office par la section de Tunis de l’Ordre des avocats tunisiens, afin de prendre contact avec les familles des victimes et de constituer le dossier civil de l’affaire, a déclaré à l’agence Anadolu, Me Raja Khemiri.
« C’est la première affaire d’une telle ampleur en Tunisie vu la gravité des actes commis et le nombre des victimes », a noté l’avocate qui a justifié le retard mis par la partie civile pour prendre en main le dossier.
Selon elle, étant donné que les avocats étrangers n’ont pas le droit de plaider devant les tribunaux tunisiens, le ministère de la justice a demandé à l’Ordre des avocats tunisiens de désigner des avocats pour défendre les victimes et leurs familles.
« Nous venons à peine d’être commis d’office », a-t-elle justifié en relevant que la tâche de ces avocats sera « difficile », sachant que la plupart des victimes sont des étrangers de diverses nationalités.
« Pour constituer leurs dossiers et garantir leurs droits, il nous faudra nous déployer en usant de toutes les voies requises, même diplomatiques, pour rechercher les contacts des victimes, aussi bien les blessés que les familles des morts, rassembler les documents nécessaires (certificats médicaux, extraits de naissance et actes de décès qui déterminent les ayant-droit) afin d’évaluer les préjudices occasionnés et demander en conséquence les dommages et intérêts », a-t-elle expliqué.
Selon cette avocate, plus de trente prévenus sont poursuivis dans ce procès. Treize ont comparu en état d’arrestation. Sur les 14 inculpés en état de liberté, seuls trois dont une femme étaient présents dans la salle.
L’avocat Abdennasser Mehiri a dénoncé les actes de torture subis par l’un des accusés dont l’état de santé ne lui avait pas permis de se présenter à la barre.
Parmi les prévenus, figurent six agents de sécurité qui doivent être jugés pour « non assistance à personnes en danger et non-intervention délibérée ce qui a engendré mort d’hommes », selon le grief mentionné dans l’acte d’accusation.
Le chef du gouvernement à l’époque Habib Essid avait déploré le retard mis par les forces de l’ordre pour intervenir et plusieurs cadres sécuritaires avaient été immédiatement limogés.
D’autres accusés doivent répondre de griefs autrement plus graves allant pour certains notamment de « l’homicide volontaire avec préméditation » ou de participation à cet acte, « commission d’agressions contre la sécurité intérieure de l’Etat », « incitation de la population à s’entretuer avec des armes » et pour d’autres , « appel à la commission de crimes terroristes et à l’adhésion à l’intérieur et à l’extérieur (du pays) à une organisation ou une alliance liées aux crimes terroristes ».
Selon les dispositions de la loi anti-terroriste ainsi que du Code pénal tunisien, ils sont passibles de sanctions pouvant aller jusqu’à la peine capitale.
Les avocats de certains accusés ont demandé la liberté provisoire de leurs clients, en estimant que les griefs retenus contre eux sont « dénués de fondement ».
Environ une dizaine de prévenus sont également poursuivis dans l’affaire relative à l’attentat du Bardo perpétré six mois plus tôt et qui avait fait 21 morts, tous des touristes étrangers à l’exception d’un agent de sécurité tunisien. L’audience ayant trait à cette affaire est prévue le 31 octobre courant.
Leurs avocats ont requis un « examen parallèle » des affaires relatives à ces deux attentats de Sousse et du Bardo suggéré de juger leurs clients.