Lassaad Ben Ahmed
08 Novembre 2018•Mise à jour: 09 Novembre 2018
AA / Tunis / Bouazza Ben Bouazza
Le président tunisien Béji Caïd Essebsi s'en est pris, jeudi, au chef du gouvernement Youssef Chahed pour la démarche qu'il a empruntée dans l'annonce du remaniement ministériel qu'il a opéré lundi dernier.
Lors d'une conférence de presse impromptue tenue au palais présidentiel de Carthage, le chef de l'Etat a stigmatisé "la précipitation" dont a fait preuve Youssef Chahed qui, selon lui, a passé outre sa recommandation de tempérer.
La liste des ministres qu'il lui avait adressée comprenait des noms qu'il ne connaissait pas, d'autant plus, a-t-il dit, qu'"il n'y avait pas péril en la demeure".
"Les choses ne vont pas dans le bon sens et je ne suis pas, comme le disent certains médias, un coursier entre le gouvernement et le parlement", a-t-il déploré pour justifier son désaccord sur le remaniement qu'il dit avoir appris à la télévision comme tout un chacun.
Selon lui, la Constitution stipule que le chef du gouvernement se devait de consulter le président de la République pour former son gouvernement et l'en informer, "ce qui n'a pas été le cas", a-t-il déploré, "déçu".
Le président Caïd Essebsi a avancé à plusieurs reprises qu'il n'avait pas de différend ou de problème personnel avec le chef du gouvernement qu'il a lui-même recommandé sa désignation.
"On n'est pas du même gabarit", a-t-il ironisé, en laissant entendre que ce dernier a fait preuve d'ingratitude à son égard.
"Je veux tout simplement l’aider, lui ou quiconque à sa place, pour le bon fonctionnement des structures de l’Etat, mais personne n'est valable indéfiniment", a-t-il nuancé.
Il a, cependant, noté que "le sort du gouvernement est désormais aux mains de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP/parlement)" et qu'il s'en remettra à ce qu'elle a décidé au cas où la majorité des députés lui accordent leur confiance.
"Je suis soucieux de respecter les dispositions de la Constitution et de veiller à sa bonne application, parce que j'ai le sens de l'Etat et des responsabilités qui m'incombent", a-t-il martelé.
Le président a, par ailleurs, nié avoir l'intention que lui prêtent certains médias, de s'opposer à la prestation de serment des nouveaux ministres, auquel cas il enfreindrait la Constitution.
"Ces gens-là sont en train de chauffer les tambours pour ouvrir la porte à ma destitution", a-t-il opiné.
"C’est illogique. Je ne suis pas le genre de personnes qui s’accrochent aux sièges, je pourrais quitter à tout moment… Si je considère que je ne suis plus efficace", a-t-il dit.
Et le président nonagénaire d'ajouter : "J’ai eu la chance de côtoyer de grands hommes d’Etat.
J’ai fait partie de ceux qui ont construit cet Etat, c’est pour cela que je ne me permets en aucun cas, de commettre ce genre d’erreurs".
D'autre part, le chef de l'Etat a rejeté les thèses de ceux qui avancent qu'il comptait faire de son fils, Hafedh (dirigeant du mouvement de Nida Tounes, au pouvoir, qu'il a lui-même fondé), son "héritier".
Il a laissé entendre qu'il ne pouvait rien faire "si jamais il se porte candidat et qu'il est élu" lors du scrutin législatif ou présidentiel de 2019.