Tunisie : la grève générale de jeudi maintenue
Outre les administrations publiques, les transports terrestres, maritimes et aériens seront “totalement paralysés”, selon la centrale syndicale.Lassaad Ben Ahmed
16 Janvier 2019•Mise à jour: 16 Janvier 2019
TunisiaAA / Tunis / Bouazza Ben Bouazza
Attendue comme étant la rencontre de la dernière chance pour dénouer la crise qui oppose le gouvernement et l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), l’entrevue qui a eu lieu mercredi matin entre le chef du gouvernement Youssef Chahed et le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Tabboubi, a tourné court, les deux parties campant sur leurs positions divergentes.
Dans une conférence de presse, le porte-parole du syndicat, Sami Tahri, a déclaré que l’entretien n’a duré que trois minutes, allant jusqu’à le qualifier de “rencontre de courtoisie” qui n’a pas abordé les négociations sociales ni le report de la grève, sans plus de précisions.
“C’est le dernier entretien entre les deux parties et la grève générale dans la fonction publique et le secteur public sera observée jeudi”, a-t-il tranché en appelant tous les grévistes à se mobiliser pour assurer le succès du mouvement qui, a-t-il dit, sera “encadré en toute responsabilité”.
Le dirigeant a, dans ce contexte, mis en garde “quiconque tentera d’exploiter la grève pour semer l’anarchie à l’instar de ce qui s’est passé en 1978”, assurant que la centrale syndicale s’y opposera.
Lundi, le président tunisien Béji Caïd Essebsi avait appréhendé une répétition de la grève du 26 janvier 1978 qui avait fait de nombreux morts et porté atteinte à l’unité nationale.
Outre les administrations publiques, les transports terrestres, maritimes et aériens seront “totalement paralysés”, a indiqué le secrétaire général-adjoint de l’UGTT, Monem Amira.
Un rassemblement est prévu à cette occasion devant le siège de la centrale syndicale à Tunis, ainsi que dans les autres régions du pays.
Mardi, une séance marathonienne regroupant les représentants du gouvernement et du syndicat n’avait pas permis de parvenir à un accord.
Les deux parties se sont rejeté la responsabilité de cet échec, chacune qualifiant les propositions de l’autre d’inacceptable.
Dans une déclaration à l’agence officielle TAP, le dirigeant syndicaliste Hafayedh Hafayedh, a avancé que sa délégation a fait des concessions en acceptant une augmentation qui couvre deux ans au lieu de trois, ce qui équivaut aux deux tiers de celles accordées auparavant au secteur public, et en acceptant aussi qu’elle soit comptabilisée à partir d’octobre au lieu de mai 2018.
Aussi a-t-il imputé l’échec à la partie gouvernementale qui proposait de verser l’augmentation en deux tranches, à savoir en décembre 2018 et en janvier 2020, sans les intégrer dans la masse salariale, mais sur une base fiscale, sous forme d’exonération d’impôt.
Cette proposition a été “catégoriquement rejetée” par la partie syndicale car elle est de nature à nuire à des dizaines de milliers de retraités qui ne bénéficieraient pas de ces augmentations, selon lui.
Il a accusé le gouvernement de ne pas disposer de “l’indépendance dans ces décisions, mais de se soumettre plutôt aux directives du Fonds monétaire international (FMI)”.
En procédant de la sorte, “le gouvernement montre qu’il était plus docile que les gouvernements de (l’ancien président) Ben Ali”, a-t-il ironisé.
De son côté, le gouvernement a fait valoir qu’il avait présenté de nouvelles propositions qui ont été rejetées par l’UGTT.
Selon une source gouvernementale, ces propositions portaient sur une augmentation englobant aussi bien les fonctionnaires actifs que les retraités et devant être versée en deux tranches à partir de décembre 2018.
Les chiffres avancés par les deux parties divergent.
Le syndicaliste Sami Tahri a fait valoir que les doléances de l’UGTT coûteraient à l’Etat 1250 millions de dinars (416,6 millions de dollars), démentant le montant “erroné” annoncé par le porte-parole du gouvernement Iyed Dahmani qui fait état de 2500 millions de dinars (833,3 millions de dollars).
Le ministre des Finances Ridha Chalghoum a, quant à lui, déclaré mercredi lors d’une intervention sur la radio Mosaïque que l’Etat est disposé à allouer une enveloppe globale de 1400 millions de dinars (466 millions de dollars) pour les augmentations dans les deux années à venir en 2019 (600 en 2019 et 800 en 2020).
Il a noté que si cette enveloppe était dépassée, il s’en suivrait un endettement plus lourd du pays et des répercussions négatives sur l’inflation et le pouvoir d’achat des citoyens qui en seraient “les premières victimes”.