AA / Tunis / Bouazza Ben Bouazza
La candidate du mouvement d’obédience islamique “Ennahdha” a été élue mardi maire de Tunis, un poste jusque-là occupé par des hommes.
A l’issue d’un vote serré à deux tours, Souad Abderrahim a remporté le scrutin interne au conseil municipal, par 26 voix contre 22 voix pour son principal rival Kamel Idir de “Nida Tounes”.

Le représentant du Courant démocratique Ahmed Bouazzi n’a gagné que 8 voix, tandis que deux autres candidats, dont celui du Front populaire n’ont obtenu que 4 voix.
Le premier tour n’a pas pu dégager un gagnant dans la mesure où aucun candidat n’a obtenu la majorité absolue des 60 membres du conseil municipal, soit 50% plus une voix.

Aussi a-t-il fallu recourir à un deuxième tour qui a tranché en faveur de cette pharmacienne (54 ans).
C’est la première fois dans l'histoire de la Tunisie qu’une femme accède à ce poste hautement symbolique. C'est aussi la première fois que le titulaire de cette fonction, qui était désigné par le président de la République, est élu au suffrage universel.
Lors d'un entretien précédemment accordé à l'agence Anadolu, cette femme non voilée avait déclaré qu’en briguant la présidence de la mairie de la Capitale, la plus ancienne du pays (elle a été fondée en 1858) et la plus peuplée (environ 650.000 habitants), elle se lançait "un défi".
Elle a, en effet, engagé la bataille électorale face à 10 têtes de listes, tous de sexe masculin.
Elle avait cependant fait observer que "nous ne sommes pas dans une confrontation, mais dans une concurrence, car nous sommes appelés à travailler ensemble à l'avenir, quels que soient les résultats et sans faire de distinction sur la base du genre".

Pour cette ancienne député à l'Assemblée nationale constituante (ANC), de 2011 à 2014, et militante de longue date dans les associations estudiantines et féministes, c'est aussi "une source de fierté pour la femme tunisienne".
Dans le seul gouvernorat de Tunis, Ennahdha a présenté en tout cinq femmes, dont trois non voilées, têtes de liste.
"C'est un message qui vise à rassurer les femmes de mon pays qui nourrissaient des appréhensions quant à la volonté attribuée au parti Ennahdha par ses détracteurs de vouloir changer le modèle sociétal et culturel de la Tunisie et à la crainte que les avancées de la femme soient remises en cause", a-t-elle indiqué.
Le parti Ennahdha a opéré en 2010 un revirement remarquable en décidant de séparer la fonction politique de celle de la prédication, pour devenir un "parti civil".
Signes de cette politique "d'ouverture et de tolérance", comme se plaît à le rappeler Mme Abderrahim, il a, par ailleurs, désigné le seul candidat de confession juive, Simon Slama, à Monastir, une ville du littoral du centre tunisien.
"Ma conviction est que la Tunisie est pour tous et la Constitution énonce que les Tunisiens sont égaux en droits et devoirs, indépendamment de leur sexe, de leur religion ou de leur couleur", martèle cette pharmacienne qui "évalue les gens sur leurs idées, pas sur leurs apparences".
Dès sa campagne électorale, elle avait déjà un programme et "des priorités" une fois élue "Cheikhet Al madina", maire de la ville.
"La première tâche réside dans l'esthétique" de la capitale et "le plus grand défi c'est la propreté" qui en a pâti ces dernières années.
"Lors des visites que nous avons effectuées pendant la campagne électorale, nous avons constaté que le problème se pose avec acuité aussi bien dans les zones pauvres et marginalisées que dans les quartiers huppés", avait-elle déploré.
Agir sur la verdure et implanter une pépinière dans chacune des 15 circonscriptions de Tunis est son deuxième objectif. "Il s'agit de faire en sorte que Tunis soit le miroir du slogan attribué de longue date au pays réputé : «Tunisie, la verte».
Revaloriser les monuments de l'ancienne ville (la Medina), classée patrimoine universel par l'Unesco, développer l'infrastructure et singulièrement l'éclairage partout par souci de sécurité, figurent aussi dans ses projets.
De par sa formation, elle dit attacher une "importance particulière" à la réhabilitation des centres de santé de base et de protection de la mère et de l'enfant délaissés depuis un certain temps, ainsi qu'à la multiplication des jardins d'enfants municipaux pour les familles démunies, pour assurer des services de proximité aux citoyens.
La nouvelle maire de la Capitale mise sur l'élément humain et sa santé en avançant que "mieux vaut prévenir que guérir". Elle projette de mettre dans toutes les écoles un savon pour chaque élève, car "le traitement d'un seul cas d'hépatite équivaut à la fourniture de savons dans toutes les écoles pendant toute l'année".
Autre souci: prévenir les atteintes de cancer du sein et de l'utérus qui affecte de plus en plus de femmes.
Vainqueur des récentes élections municipales du 6 mai dernier, le parti d’obédience islamique a raflé la plupart des mairies du pays dont celle de la deuxième plus grande ville du pays, Sfax, dite capitale du sud.
Selon les observateurs, Ennahdha considéré comme le parti le mieux structuré et le mieux organisé sur la scène politique, est le mieux positionné en prévision des élections législatives et présidentielle de 2019, face à des adversaires divisés et affectés par des «luttes intestines», notamment Nida Tounes vainqueur du scrutin de 2014.