Lassaad Ben Ahmed
30 Avril 2019•Mise à jour: 01 Mai 2019
AA / Tunis / Bouazza Ben Bouazza
Le président du conseil italien, Giuseppe Conte est attendu mardi à Tunis à la tête d’une importante délégation comprenant au moins quatre ministres parmi les plus influents de son cabinet pour participer au premier “sommet” intergouvernemental tuniso-italien, a appris Anadolu de source officielle.
Une centaine d’hommes d’affaires italiens seront du voyage et prendront part à un forum économique au siège de l’organisation patronale tunisienne (Utica).
C’est la deuxième visite du chef de l’exécutif italien (55 ans) en Tunisie en moins de cinq mois après celle de novembre dernier.
C’était son premier déplacement hors de l’Europe depuis sa prise de fonction en mai 2018.
“L’armada” italienne comprend les deux vice-présidents du conseil, Luigi Di Maio, ministre du Développement économique, du Travail et des Politiques sociales, et Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur, tous-deux chefs des deux principaux partis majoritaires, ainsi que du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Enzo Moavero Milanesi et de la ministre de la Défense, Elisabetta Trenta.
Peu après son arrivée, Conte doit être reçu en audience au palais de Carthage, par le président tunisien Béji Caïd Essebsi, avant de se rendre au siège du gouvernement, à la Kasbah de Tunis, pour des entretiens avec son homologue Youssef Chahed qui seront élargis aux membres des délégations des deux pays.
Le programme prévoit ensuite la signature de plusieurs “importants” accords de coopération et une conférence de presse conjointe des deux chefs de gouvernement.
Les observateurs s’attendent à ce que les discussions politiques soient axées sur la crise libyenne, la migration et la lutte contre le terrorisme.
De fait, l’évolution de la situation en Libye où l’escalade militaire et les risques de débordements qu’elle peut engendrer nourrissent des inquiétudes aussi à Tunis qu’à Rome.
La Tunisie qui partage une longue frontière de plus de 400 km avec la Libye, est, en effet, préoccupée par les menaces que fait peser sur sa sécurité la recrudescence des affrontements armés entre les belligérants libyens et la crainte d’un nouveau flux massif de réfugiés à travers sa frontière qui pourrait donner lieu à l’infiltration de “terroristes”.
De son côté, l’Italie, de par sa proximité géographique avec la Libye, appréhende, en cas de persistance du conflit libyen, un déferlement de migrants sur ses côtes, en plus de ses intérêts énergétiques dans ce pays riche en pétrole.
C’est dans ce contexte, que la Tunisie et l’Italie, surtout depuis l’arrivée du leader de la Ligue du nord (extrême droite) Matteo Salvini, s’efforcent à endiguer la migration clandestine.
Le gouvernement italien a, à cet effet, livré plusieurs frégates de surveillance des côtes et affiche sa disposition à financer des projets de développement pour créer des emplois dans les régions de l’intérieur tunisien, marginalisées, d’où partent les plus gros contingents de migrants, dont certains deviennent des proies faciles à enrôler par les filières terroristes actives dans la péninsule.
Au plan économique, les accords de coopération porteront notamment, selon une source bien informée, sur le lancement du projet de transport d’électricité auquel l’Italie contribuera pour un montant de 150 millions d’euros, ainsi que sur le financement d’un grand projet agricole dans le sud tunisien à concurrence de 75 millions d’euros, dont 25 millions d’euros au titre de la conversion de la dette publique.
Un soutien sera aussi apporté par l’Italie à la décentralisation, l’éducation et aux PME.
Deuxième partenaire économique de la Tunisie, l’Italie ne cache pas, du reste, son ambition de détrôner la France de la première place qu’elle occupe dans son ancien “protectorat”.