AA / Tunis / Bouazza Ben Bouazza
Dans le cadre du “Forum national sur les réformes majeures” qui s’est ouvert mercredi à Gammarth, dans la banlieue nord de Tunis, quatre panels, se sont penchés sur la stratégie du gouvernement pour réformer des secteurs qui ploient sous des difficultés et des déficits chroniques, menaçant les finances publiques de déchéance.
Ont pris part à ces panels des membres du Gouvernement, des experts, des représentants des organisations nationales et des chefs d’entreprises,
Selon le chef du gouvernement, Youssef Chahed, il s’agit de “quatre domaines vitaux”, sans la restructuration desquels, “il n’y a aucune possibilité de faire réussir la politique économique du pays”.
Parmi les réformes “les plus urgentes”, il a cité la restructuration des caisses sociales dont “la situation financière est aujourd’hui plus que délicate”, jugeant qu’elle mettait en péril le système social dans son ensemble et singulièrement le régime des retraites.
Il a noté que ces caisses (la CNSS et la CNRPS) accusent des déficits chroniques, nécessitant d’y injecter 100 millions de dinars chaque mois et que si la situation persiste en l’état, elles ne pourront plus débourser les pensions de retraite.
Le coût de la non réforme dans ce domaine est estimé à quelque 1,5 milliard de dinars (625 millions de dollars) pour 2018.
Ces difficultés ont eu des incidences négatives sur les prestations fournies par ces caisses au citoyen et se sont répercutées sur le système de santé et la CNAM (caisse nationale d’assurance maladie) qui n’est plus en mesure de payer les hôpitaux, les médecins et les pharmaciens conventionnés et, au final, c’est le citoyen qui en subit les conséquences.
“C’est une situation qui ne peut plus durer si nous voulons préserver l’acquis du système social”, a averti Youssef Chahed, notant que parmi les mesures envisagées pour y faire face, figure l’augmentation de l’âge de la retraite, la hausse des contributions aux caisses sociales ou un mixage des deux, outre la révision progressive de certains autres critères.
La deuxième grande réforme “urgente” a trait au système de compensation. “Tout le monde reconnaît que le système des subventions est gangréné par la grande corruption”,
a-t-il alerté, en le jugeant “inéquitable car il ne profite pas à ceux qui en ont besoin”.
“Les subventions bénéficient aujourd’hui aux riches et aux pauvres sur le même pied d’égalité, tout comme au Tunisien et au touriste, ce qui est inacceptable”, a-t-il relevé.
Il a noté que le budget réservé à la caisse de compensation (des produits de base) qui était de 321 millions de dinars (133 millions de dollars) en 2006, est passé à 1570 millions de dinars (654 millions de dollars) en 2018, précisant que 30% des subventions ne profitent pas aux familles à faible revenus et aux classes moyennes.
Bien au contraire, les failles que renfermes le système des subventions a été mis à profit par les corrompus et les trafiquants pour s’enrichir au détriment du budget de l’Etat et, en fait, sur le dos des catégories sociales faibles et moyennes, a-t-il encore noté.
Le chef du gouvernement a réfuté toute intention de supprimer le système des subventions, mais plutôt de faire en sorte qu’il bénéficie à ceux qui en ont besoin, soit un ciblage plus efficaces.
S’agissant du troisième axe des réformes “urgentes”, le chef du gouvernement tunisien a évoqué les entreprises publiques, tenant «à mettre les points sur les i », selon ses termes.
Il a fait remarquer que le gouvernement n’avait “pas de projet idéologique fondé sur la cession des entreprises ni de volonté de le faire quel qu’en soit le prix”.
Il s’est inscrit en faux contre ceux qui avancent que le gouvernement compte privatiser les institutions publiques telles que la Société tunisienne d’électricité et de gaz (STEG), la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede), l’enseignement ou la santé.
“Nous sommes plus soucieux que quiconque de préserver les institutions publiques qui ont un rôle central dans la démocratie sociale que nous voulons bâtir”, a-t-il insisté.
Il a expliqué qu’il s’agit, en fait, d’opérer une évaluation profonde de la situation des entreprises publiques, notant qu’il y a une différence entre les entreprises opérant dans des secteurs concurrentiels et non stratégiques et celle des autres entreprises publiques qui assurent des prestations essentielles au citoyen.
“Aujourd’hui, les finances publiques ne peuvent plus supporter le fardeau d’entreprises publiques qui n’ont pas de programmes économiques rentables et qui accumulent les pertes, en se basant uniquement sur le soutien direct de l’Etat”, a-t-il précisé.
Il a fait valoir que l’argent pompé par des entreprises, continuellement déficitaires, pourrait servir à réduire le déficit du budget de l’Etat, profiter au budget de développement, construire
des logements sociaux, promouvoir les systèmes de santé, de l’enseignement et de la formation professionnelle et aux régions de l’intérieur.
La réforme de ces entreprises vise, ainsi, à les restructurer tout en préservant les droits des travailleurs et à faire en sorte qu’elles deviennent rentables au profit de la communauté nationale, a-t-il encore plaidé.
La quatrième grande réforme porte sur la fonction publique qui souffre d’un effectif pléthorique considéré comme l’un des plus élevés au monde, soit plus de 600.000 fonctionnaires, pour une population de quelque 11 millions d’habitants, un nombre plus grand que celui de la Grande-Bretagne qui compte plus de 60 millions d’âmes.
En plus des “insuffisances” des prestations, la masse salariale de la fonction publique grève lourdement le budget de l’Etat, en accaparant en 2018, 15,8% du PIB, soit plus de 15 milliards de dinars (6,5 milliards de dollars).
Le but de la réforme est de réduire progressivement ce taux pour le ramener à 12,5% en 2020. Plusieurs mesures sont envisagées, à cet effet, qui consistent à améliorer les prestations publiques, à favoriser les départs volontaires à la retraite et à mettre fin aux recrutements non ciblés.
Selon le ministre en charge des grandes réformes Taoufik Rajhi, le gouvernement aspire à mettre sur la table ses propositions pour une confrontation d’idées avec toutes les parties prenantes afin de parvenir “au plus large consensus possible” autour des projets de réforme à entreprendre.