Esma Ben Said
05 Octobre 2017•Mise à jour: 05 Octobre 2017
AA/Tunis/Lassaad Ben Ahmed
Au Sénégal, un écolier de neuf ans fait quatre kilomètres pour aller à l’école. Mais,sur son sac à dos, on a installé des capteurs photovoltaïques afin de lui permettre de brancher une tablette contenant ses manuels scolaires et une lampe, afin qu'il puisse faire ses devoirs pendant la nuit.
Image marquante, véhiculée par Nour El Houda Bouakline, experte et formatrice dans le digital marketing, lors du panel sur la transformation numérique, tenu à l’occasion des Rencontres Africa qui se déroule à Tunis mercredi et jeudi (5 et 6 octobre).
L’experte, n’ira pas par quatre chemins pour dire qu’en matière de transition numérique, il y a en fait deux vitesses. La vitesse turbo, celle d’une jeune génération qui s’accroche à la technologie et se moque du manque de moyens et de tout autre obstacle les empêchant de rêver. Et la vitesse «4RL», celle relative aux lois, à la réglementation, aux protocoles, aux programmes et toute autre sorte de paperasserie.
« La transition numérique, c’est ici et maintenant ! » s’exclame-t-elle en réaction au secrétaire d’Etat tunisien chargé de l’économie numérique, Habib Dabbabi.
D’habitude, lorsqu’on évoque l’économie numérique, on pense aux entreprises, à l’investissement, aux ingénieurs informatiques et à moult installations et infrastructures digitales. Certes, cela est nécessaire pour installer les antennes et les émetteurs.
Mais le numérique ce n’est pas uniquement cela. Les panélistes des Rencontres Africa étaient unanimes là-dessus. La transition numérique est une transformation qui renferme une dimension sociale touchant les modes de fonctionnement et l’instauration d’une nouvelle logique aussi bien au niveau de la production, que de la consommation et du comportement.
Aujourd’hui, 80% des Africains sont équipés de téléphones portables et 27% ont accès à Internet. Beaucoup de transactions sont effectuées via mobile, sans pour autant maîtriser les fondamentaux du commerce électronique…
D’après Kaïs Sellami, président de la Fédaration Tic, relevant du patronat tunisien, « Il faut changer de business model vers le numérique, de sorte à inclure l’intelligence digitale dans tous les processus de production », que ce soit dans le numérique lui-même, l’industrie, l’agriculture, l’éducation, la santé, etc.
Dans ce domaine, la Tunisie veut se positionner comme hub de cette transition, entre le Nord et le Sud, théorie qui n’a pas manqué d’être critiquée. D’abord parce que le numérique n’obéit pas au règles physiques et géographiques.
Ensuite, parce que la Tunisie, même si elle a franchi des pas importants dans ce domaine, elle fait encore face à des défis de cloisonnement. La remarque du modérateur du panel Alexandre Zapolski, a laissé le secrétaire d’Etat perplexe : En Tunisie, on ne peut toujours pas utiliser sa carte bancaire pour faire des achats sur internet...
Mais, paradoxalement, la Tunisie exporte remarquablement ses compétences dans le domaine numérique : 2000 Tunisiens du domaine, partent à l’étranger, de quoi s’interroger sur le fonctionnement du système. Les entreprises privées, également, se défendent bien à l’international et constituent une fierté, mais aussi donnent l’exemple de « success stories ».
L'Afrique en a besoin.