Lassaad Ben Ahmed
30 Septembre 2021•Mise à jour: 30 Septembre 2021
AA / Kinshasa / Pascal Mulegwa
Les audiences dans le procès sur le meurtre, en mars 2017, de deux experts des Nations Unies au Kasaï, dans le centre de la République démocratique du Congo (RDC), ont repris, jeudi, avec l’audition de deux journalistes en détention comme "Renseignant".
La cour militaire du Kasaï-central a confronté les journalistes Sosthene Kambidi et Israël Ntumba interpellés pour avoir été les premiers à disposer de la vidéo de l’exécution sommaire de deux experts, l’américain Michael Sharp et la suedo-chilienne Zaida Catalan.
La cour a noté qu’il y avait contradiction entre les deux journalistes sur les conditions d’obtention de ladite vidéo et a décidé de renvoyer l’audience au mardi pour confronter le duo à Prosper Kamalu qui avait fourni la vidéo à Sosthene.
Kamalu, un avocat, l’avait pour sa part eue du journaliste Ntumba accusé de disposer d’un membre de famille dans les rangs de la milice Kamwina Nsapu, dont l’insurrection suivie de la répression brutale des forces de sécurité avait fait plus de 6 000 morts, selon l’influente Église catholique.
La cour cherche à comprendre si les deux journalistes sont liés au meurtre ou s’ils étaient informés de l’incident avant sa commission.
Si Israël Ntumba est en détention depuis deux mois, le journaliste Sosthene Kambidi a été interpellé lors d’un séjour à Kinshasa, le 20 septembre. Il a ensuite été inculpé de « terrorisme et d’association des malfaiteurs ».
Le journaliste était le mieux informé de la dynamique de ces violences au Kasaï et en faisait part à la presse nationale et internationale.
L’ONG congolaise « journaliste en danger » et son organisation partenaire, Reporters sans frontières(RSF) avaient fait part de leur vive inquiétude sur l’interpellation du journaliste sommé de révéler ses sources au parquet militaire. RSF a appelé à la libération de M. Kambidi, rappelant qu'il "n'avait jamais diffusé" la vidéo et l'avait "transmise aux autorités".
Deux personnes supplémentaires ont été arrêtées lundi à Kananga, chef-lieu du Kasaï Central, en lien avec une vidéo du meurtre en 2017 de deux experts de l'ONU.
Il s’agit d’un avocat et un habitant de Bunkonde, le village où avait eu lieu le meurtre.
L'Américain Michael Sharp et la Suédoise d'origine chilienne Zaida Catalan ainsi que leurs quatre accompagnateurs congolais ont été tués le 12 mars 2017.
Une trentaine de personnes sont jugées pour ces meurtres, mais leur procès, ouvert le 5 juin 2017, piétine.
Les autorités accusent les miliciens Kamwina Nsapu d’avoir exécuté les experts, mais des organisations internationales appellent à enquêter sur le rôle de l’Etat.