Hatem Kattou
21 Juillet 2017•Mise à jour: 21 Juillet 2017
AA/Kinshasa/Fiston Mahamba
Plus de 750 millions de dollars de recettes minières échappent au trésor public de la République démocratique du Congo (RDC), révèle un rapport de l'ONG britannique Global Witness, publié vendredi.
Dans ce rapport titré du « Distributeur Automatique de Billets du Régime », Global Witness analyse les plus récentes données de l'initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), qui révèlent qu’entre 2013 et 2015, plus de 750 millions de dollars versés par des entreprises minières aux administrations fiscales et entreprises minières publiques du Congo ont échappé au Trésor public.
"Ce chiffre atteint même 1,3 milliard de dollars si l’on prend en compte d’autres organismes de l’État ainsi qu’une administration fiscale provinciale qui a été dissoute depuis" note le rapport.
"Depuis des années, Global Witness et d’autres acteurs documentent les fuites de recettes du secteur minier congolais vers des sociétés-écrans offshore. Nous constatons désormais que même des recettes versées à des organismes d’État au Congo se volatilisent avant même d’atteindre les comptes du Trésor public", ajoute le document.
"Certaines des transactions que nous avons examinées semblent attribuer à ces administrations le rôle de distributeur automatique de billets du régime de Kabila (Joseph)", explique Pete Jones, chargé de campagne à Global Witness.
Pour l'ONG britannique, la sortie de cette pente reste l'instauration d'un système transparent dans la régulation de l'administration financière.
" Si le Congo veut éviter de retomber dans les conflits et le chaos, il faudra que le pays fasse preuve d’une réelle transparence et mette en place un système de responsabilisation dans l’ensemble du secteur minier et des administrations fiscales" suggère Global Witness.
La grande compagnie minière de l'État est mise en cause au cœur de ce scandale.
"L’un des coupables majeurs de ce détournement de fonds est la principale entreprise minière détenue par l’État, la Gécamines. Celle-ci perçoit plus de cent millions de dollars par an de la part d’entreprises privées du secteur minier congolais, mais semble n’en reverser qu’une infime partie aux caisses de l’État", indique le rapport.
"Les plus importantes et plus lucratives relations commerciales de la Gécamines sont celles qu’elle entretient avec de grandes multinationales du secteur minier, dont les bénéfices comme les risques reposent bien souvent sur des investisseurs occidentaux et des fonds de pension" relève encore le texte.
Ces révélations interviennent après celles du média Britannique Bloomberg, qui a pointé du doigt l'implication de la famille présidentielle dans l'acquisition d'entreprises soupçonnées de détenir de fonds dans des comptes offshore.
Global Witness souligne que cette argent devait initialement servir à la construction du pays. "Le pays est en proie à des violences et des troubles politiques permanents depuis que le président Kabila a refusé de quitter le pouvoir malgré une stipulation constitutionnelle. L’insuffisance chronique de financement des services publics de base, tels que l’éducation, les hôpitaux et les routes, représente l’une des principales causes de mécontentement vis-à-vis du régime".
En outre, ce rapport souligne que même si la RDC reste le premier producteur de cuivre d’Afrique ainsi que le premier fournisseur au monde de cobalt -un élément qui est utilisé pour la fabrication des batteries au lithium-ion des voitures électriques et qui connaît une véritable flambée des prix- cela n’empêche pas le pays de figurer plus pauvres au monde.
Aucune réaction des autorités congolaises à la suite de la publication de ce rapport n'a été enregistrée.