Yosra Ouanes
21 Avril 2023•Mise à jour: 21 Avril 2023
AA / Tunisie / Yosra Ouanes
Le président tunisien Kaïs Saïed a dénoncé, jeudi soir, "l'ingérence dans les affaires intérieures" de la Tunisie, sur fond des réactions internationales à la mise sous mandat de dépôt du chef du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi.
Les forces de l’ordre tunisiennes ont arrêté Ghannouchi dans la journée du lundi, après avoir perquisitionné son domicile. Le tribunal de première instance de la capitale Tunis a ensuite ordonné de le placer sous mandat de dépôt dans l'affaire des "déclarations qui lui sont attribuées complotant contre la sécurité de l'Etat".
Ghannouchi est l'une des figures éminentes du Front de salut national, une coalition de l’opposition en Tunisie qui rejette les mesures d’exception décrétées par le chef de l’Etat Kaïs Saïed depuis le 25 juillet 2021, dont entre autres, la destitution du gouvernement, la nomination d'un nouvel Exécutif, la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature et du Parlement, la promulgation de lois par décrets présidentiels, l’adoption d'une nouvelle Constitution par référendum le 25 juillet 2022, ainsi que la tenue d'élections législatives anticipées boycottées par l'opposition.
Saïed a déclaré que "L'ingérence flagrante dans nos affaires est inacceptable. Nous sommes un pays indépendant et souverain. Nous n'acceptons pas l'ingérence dans nos affaires intérieures. Nous ne sommes pas un État colonisé ou sous mandat", selon une vidéo publiée par la présidence tunisienne sur son compte Facebook.
"Certaines capitales ont exprimé leur inquiétude. Pourquoi le font-ils alors qu’il s’agit d’un appel à la guerre civile et la loi a été appliquée par des juges honnêtes", a interrogé le président tunisien.
Et d'ajouter : "Qu'ils arrêtent d'essayer de s'immiscer dans nos affaires (...). Nous n'avons pas exprimé notre inquiétude quant au nombre d'arrestations qui ont eu lieu dans un certain nombre de pays, y compris des pays européens".
L'Union européenne a exprimé, dans la journée du jeudi, son "inquiétude profonde" concernant les développements en Tunisie, suite à la mise sous mandat de dépôt de Ghannouchi. Washington y a même vu une "escalade inquiétante du gouvernement contre ce qu'il perçoit comme ses opposants".
Depuis le 11 février 2023, les autorités tunisiennes procèdent à une campagne d'arrestations de dirigeants et de militants de l'opposition, qui considèrent les mesures exceptionnelles comme étant un "coup d'État contre la Constitution de la révolution (Constitution de 2014) et une consécration du pouvoir autocratique", tandis que d'autres formations politiques estiment qu'il s'agit d'une « restauration » du processus révolutionnaire de 2011, qui avait fait chuter le pouvoir de l'ancien président Zine El Abidine Ben Ali (1987-2011).
Le mouvement Ennahdha et comme les autres forces de l'opposition démentent généralement les accusations portées contre leurs dirigeants qu’ils qualifient de persécution politique. Le président Saïed accuse, pour sa part, les personnalités arrêtées de "complot contre la sécurité de l'État et d’être les instigateurs de la pénurie des produits de base et de la flambée des prix".
Le président Kaïs Saïed, qui a entamé son quinquennat en 2019, a ignoré les appels de l'opposition à des élections présidentielles anticipées et a déclaré que ses mesures sont "nécessaires et légales" pour "sauver l'État" d'un effondrement total.
* Traduit de l’arabe par Mounir Bennour.