Esma Ben Said
13 Mars 2018•Mise à jour: 14 Mars 2018
AA/Malabo/Fabien Essiane
Le musée ethnographique, situé au cœur de la capitale de la Guinée Equatoriale, a récemment été inauguré par les autorités culturelles Equato-guinéennes. Fruit d’un protocole d’entente sur le plan culturel entre la Guinée Equatoriale et la France, « Cette initiative entre en droite ligne de ce mémorandum d’entente », a indiqué à Anadolu, Fred Constant, l’Ambassadeur de France en Guinée Equatoriale.
Construit à l’époque de la colonisation espagnole, le bâtiment d’un niveau a été entièrement rénové et restauré. Le musée expose l’art local dans tous ses aspects. C’est un lieu de promotion du patrimoine culturel d’Afrique centrale, surtout des peuples Fang.
Le musée ethnographique renferme des pièces venues de l’Afrique de l’ouest et centrale, comme le Nigeria et le Gabon. En particulier, les masques Fang du Sud-Cameroun, de la Guinée équatoriale et une partie du Gabon. Par ailleurs, est exposée une collection d’objets anciens en fer forgé tels que des lances, des sabres, des flèches, des arcs, mais aussi des chaînes d’esclaves. Parmi les ustensiles de cuisine, des marmites sculptées en bois ou en terre cuite, des cuillères et des calebasses sont exposées.
Désir de préserver l’histoire
Des masques et statuettes, aussi bien des savanes des pays Soudanais, des pays Bantou, que dans les forêts du Golfe de Guinée et de la cuvette Congolaise (Nigéria, Cameroun, Gabon, Guinée Equatoriale), y sont exposés. Incarnation du dépositaire naturel et surnaturel de l’autorité, ces objets représentent à la fois une divinité et une force de la société humaine. Ils expriment ainsi la situation d’une société qui n’a pas cherché à rompre avec la continuité primordiale entre le monde des hommes et celui des dieux, entre la nature et la surnature.
Au musée ethnographique les visiteurs ont la possibilité de découvrir l'un des masques les plus célèbres des Fangs, le Ngil, porté autrefois par les hommes.
Selon la tradition, les individus qui portaient un masque Ngil, taillé dans du bois et réalisé à l’aide de kaolin blanc, faisaient leur apparition la nuit dans les villages.
« Il avait une fonction judiciaire et désignait les coupables des mauvaises actions au sein du village », explique à Anadolu, Tangwan Isari muséologue Camerounais de passage à Malabo et ayant visité le musée. « Cela donnait ensuite lieu à des meurtres rituels. La voix du porteur du masque ne devait pas être identifiée. Le fait qu’il n’y ait pas d’orifice pour la bouche contribuait à déformer la voix de celui qui portait le masque », conclu-t-il.
Le Ngil était la forme locale de l’inquisition, avec ses menaces et ses atrocités, il utilisait la torture pour arracher des aveux à tous les suspects accusés de sorcellerie. Lorsque le responsable du Ngil opérait, il s'enduisait le corps de kaolin. Au Cameroun, les autorités de la tutelle françaises avaient interdit ce masque en 1910. A côté de ces célèbres masques sont aussi exposés les lances, les caches sexes en métal, des pipes et des bracelets traditionnels en ivoire, témoignages des traditions locales.
Le musée raconte l’histoire des peuples du Sud Cameroun, du Nord du Gabon et du Nord de la Guinée Équatoriale qui appartiendraient à un même ancêtre. Nanga Kon qui aurait eu 7 enfants parmi lesquels l’unique fille, qui s’appelait Ntumu, serait la génitrice de tous les Fangs de ces trois pays d’Afrique centrale. Elle serait même décédée dans la région de Malabo du Roi de l’époque Malabo Löpèlo Meläka, dont la capitale de la Guinée Équatoriale porte le nom. Une histoire qui se situerait, selon les conteurs, autour de 500 avant Jésus Christ.