AA/BEIRA, Mozambique/ Andrew Wasike
Un an après que le cyclone tropical Idai -l'une des tempêtes les plus dévastatrices à avoir frappé l'Afrique- a fait plus de 1300 morts, des survivants de la tragédie, au Mozambique, au Zimbabwe et au Malawi, ont commencé à reconstruire leurs vies et leurs maisons; mais ils ont désespérément besoin d'aide.
Pour les habitants du Mozambique, pays de l'Afrique du Sud-est, l'acquisition de la nourriture est devenue leur principale préoccupation, le cyclone ayant nui à la sécurité alimentaire de centaines de milliers de personnes, et affecté les moyens de subsistance des exploitations agricoles. Les vents du cyclone ont endommagé et détruit les arbres et nombreux autres végétaux, privant la population, les agriculteurs notamment, d'importants moyens de subsistance.
Faife Mufundisse avait perdu ses deux jambes suite à un accident. Quand la catastrophe a frappé le Mozambique, sa vie est devenue un réel cauchemar :
"Les gens couraient pour sauver leur vie... J'étais là, sans mes jambes, sans fauteuil roulant. Les gens essayaient de sauver leur vie, mais personne ne remarquait que j'avais besoin d'aide pour être évacué", se souvent-il.
«J'avais très peur que les murs de la maison s'écroulent sur moi, l'autre peur était que si je sortais de la maison, l'eau me balayerait, alors j'avais peur d'être à l'intérieur aussi bien qu'à l'extérieur de la maison", ajoute Faife.
Faife a perdu toutes ses récoltes qui poussaient dans sa ferme, ainsi que la volaille et le bétail qui ont été emportés par le cyclone.
Il dit avoir reçu une assistance immédiate d'organisations humanitaires telles que Voluntary Service Overseas et EU Aid Volunteers, qui ont fourni aux personnes touchées par le cyclone, de la nourriture, un abri, et des vêtements, entre autres services de secours d'urgence.
«Nous avons été emmenés dans un refuge scolaire par des bénévoles, pour le secours alimentaire. L'aide est arrivée après avoir très longtemps souffert de la faim. Ils nous ont donné de la farine de maïs, de la soupe de riz, du sel et de l'huile de cuisson, dont tout le monde manquait désespérément», a-t-il poursuivi.
Un an plus tard, Faife avait reconstruit une maison de fortune, de pierre, de boue et de paille.
"C'est une maison, mais ce que nous voulons le plus, c'est de l'eau et de la nourriture", note le jeune Mozambicain.
La pénurie de nourriture pour les survivants du cyclone Idai, comme Faife qui a tout perdu, est leur plus gros problème.
La concurrence pour la nourriture, l'eau propre et l'eau potable est élevée, du fait du manque de ressources disponibles, et que celle-ci soient vendues à des prix exorbitants, en raison de la forte demande et des ressources limitées.
Susana Kapitao Oliva, mère de cinq enfants, de Macate dans la région de Chimoio, au Mozambique, a passé plus de quatre jours avec l'eau au niveau de sa taille, sans nourriture, étant séparée de sa famille, et ayant perdu tous ses biens.
"Nous n'avions rien à manger et nos maisons ont été détruites, nous n'avions nulle part où dormir, c'était une situation terrible", se souvient-elle.
«À l'heure actuelle, notre principale préoccupation est de subsister. Notre principale source de revenus a été détruite. La plupart d'entre nous n'étaient que des agriculteurs, il n'y a [maintenant] plus de nourriture et d'eau potable, la plupart des sources d'eau sont encore polluées, nous voulons juste une quelconque forme d'aide », confie Susana.
- Impact environnemental
Les systèmes d'égouts ont été soit bloqués, inondés ou endommagés, mélangeant l'eau évacuée avec l'eau potable. Avec des systèmes d'évacuation endommagés, la majorité de l'eau polluée s'écoule dans l'océan Indien, menaçant ainsi la faune et la flore.
Les pêcheurs se plaignent qu'un an après son déclenchement, le cyclone a non seulement affecté leur principale source de revenu, mais aussi leur principale source d'alimentation, qui provient de la pêche le long de la bande océanique de 2300 kilomètres qui borde le Mozambique.
"Le poisson près de la terre est mort à cause des eaux usées brutes non traitées, maintenant les gens doivent chercher du poisson en profondeur, il y a une pénurie de nourriture alors que nous vivons à côté de l'océan", déplore Aderito Adia, un pêcheur local.
Certains des survivants du cyclone se sont mis à détruire des mangroves pour en faire du combustible, menaçant la flore et la faune marines. Ce revenu à court terme a servi à reconstruire leurs maisons au prix de la destruction de l'environnement, en particulier des îles de corail.
D'autres se sont tournés vers la vente de viande de gibier et la chasse d'animaux sauvages pour gagner leur vie, ce qui a gravement réduit les populations d'animaux sauvages déjà largement touchées par la guerre civile au Mozambique, ayant pris place entre 1977 et 1992.
Augusta de Fatima Charifo Maita, de l'Institut de gestion des catastrophes au Mozambique a rapporté au Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe que la plus grande leçon que le pays puisse avoir tirée du cyclone Idai, était l'amélioration de son système d'alerte précoce.
"La manière dont les informations peuvent être transférées du niveau central et au niveau local [est essentielle]. Parfois, nous pensons que les gens savent ce qui va se passer, mais ils n'y croient pas, tout simplement, parfois ils ne réagissent même pas", note-t-elle.
«En tant que pays, nous devons vraiment investir davantage dans des infrastructures plus résistantes. Il ne s'agit pas seulement de reconstruire mieux, mais aussi de construire pour durer », a expliqué Fatima.