Lassaad Ben Ahmed
10 Avril 2018•Mise à jour: 10 Avril 2018
AA / Bamako / Moussa Bolly
L’ancien Premier ministre malien Moussa Mara, a confirmé sa candidature à la prochaine Présidentielle qui aura lieu le 29 juillet au Mali.
L’information faisait déjà le buzz sur les réseaux sociaux depuis le 8 avril. «L’heure de nous rassembler a sonné», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse animée lundi soir.
Tirant les enseignements de «toutes sortes de divisions» (politiques, ethniques, religieuses et sociales) qui ont, selon lui «sérieusement éprouvé les Maliens et conduit le au bord du chaos de la dislocation», ce candidat prône le rassemblement et l’unité pour recoudre le tissu social et aboutir au changement politique et à l’émergence économique.
A l’annonce de sa candidature, certains n’ont pas manqué de lui rappeler les défis de l’heure.
L’accès permanent à l’eau et à l’électricité (les énergies renouvelables) à moindre coût est cité par de nombreux citoyens comme une urgence. Ils attendent aussi ses propositions par rapport à «la nécessaire refondation du système éducatif public».
Ces défis, l’homme semble les connaître, à travers son discours, pour avoir largement partagé les préoccupations de ses compatriotes ces dernières années.
«J'ai parcouru 40 cercles, plus de 200 communes que compte notre pays et 50 pays en dehors du Mali pour aller à la rencontre des Maliens là où ils vivent. Cela m’a permis de mesurer pleinement les défis, les réalités et les difficultés auxquelles sont confrontées nos populations, mais aussi les énormes potentialités de notre pays», a assuré l’ancien Premier ministre.
Expert-comptable de son état, le candidat à la Présidentielle s’est fixé comme défi de lutter contre la corruption. «La lutte contre la corruption des élites est un impératif», a-t-il expliqué.
Après un «diagnostic exhaustif» de la situation du pays, Moussa Mara est arrivé à la conclusion que les problèmes du Mali ne sont pas «une fatalité» et peuvent être résolus, compte tenu des nombreux talents disponibles et «qui croient en l’avenir de notre pays».
Et il a promis de vite prendre langue avec d'autres partis politiques mouvements et individus pour constituer «une grande coalition».
Il considère, en effet, que «le temps du président miracle est révolu» et il a la «ferme intention de gouverner de manière inclusive et transparente».
Son projet de société est attendu dans les semaines à venir pour étayer davantage les détails des différents axes autour desquels il compte «transformer le Mali d’aujourd’hui».
Moussa Mara est né le 2 mars 1975 à Bamako. Il a été maire de la Commune IV du district de Bamako de 2009 à 2013.
Il s’est vu confier le portefeuille de l’Urbanisme et de la Politique de la Ville de septembre 2013 à avril 2014 avant de se voir confier la Primature.
En effet, le 5 avril 2014 (jusqu’au 9 janvier 2015), il a été nommé Premier ministre par l’actuel Président Ibrahim Boubacar Kéita.
A 39 ans, il devenait ainsi l’un des plus jeunes Premiers ministres de l’histoire du Mali.
Le parcours politique de Moussa Mara a été entaché quelque peu par sa visite à Kidal le 17 mai 2014 qui a provoqué une reprise des combats entre les forces armées maliennes et les groupes armés.
Le 21 mai, les autorités maliennes ont lancé une offensive avec près de 2 000 soldats pour tenter de reprendre Kidal.
Mais, ils sont mis en déroute par les rebelles qui reprennent le contrôle total de la ville et s'emparent de plusieurs autres villes du nord du Mali dans la foulée.
Sans doute que ses adversaires vont essayer de se servir de cet épisode sanglant de Kidal pour le battre comme ils l’ont toujours fait ces dernières années. Mais, disent de nombreux observateurs, Mara est autant coupable que le président Keita et l’actuel Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga qui était le ministre de la Défense et des Anciens combattants de l’époque.
On se rappelle aussi que, dans sa déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale, Mara avait défendu l’achat d’un avion par le régime d’Ibrahim Boubacar Kéita alors que le pays en disposait déjà.
Une opération jugée «scandaleuse» par l’opinion nationale tant par le coût (entre 18,5 et 20 milliards de francs Cfa (38 millions de dollars) que par son opportunité.
«J'ai fait une erreur de communication sur l'achat de cet avion», a-t-il reconnu lundi lors de sa conférence de presse.
«C’est un mea-culpa qui l’honore. Mais, c’est aussi une erreur politique que ces adversaires vont exploiter à fond pour le discréditer pendant la campagne électorale», a analysé Hachis Cissé, chroniqueur politique indépendant. Un avis partagé par de nombreux observateurs politiques dans le pays.