Au Mali, la réponse aux déplacements forcés ne doit plus se limiter à l’aide humanitaire d’urgence : elle doit désormais ouvrir la voie à l’autonomie économique, à l’inclusion sociale et, à terme, à des solutions durables.
C’est le message qui ressort des échanges tenus lundi à Bamako entre le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés et plusieurs membres du Gouvernement malien.
En visite officielle au Mali du 13 au 16 septembre, le Haut-Commissaire a placé la question de l’« après-assistance » au cœur de ses discussions avec les autorités maliennes, en insistant particulièrement sur l’intégration des réfugiés et des autres personnes déplacées de force dans les dispositifs nationaux.
Présidée par le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, la rencontre a réuni les départements chargés notamment de la santé, du développement social, de la justice, de l’emploi, de la formation professionnelle, de l’entrepreneuriat, de la jeunesse et des sports.
Cette mobilisation interministérielle traduit, selon les échanges, une évolution de l’approche des déplacements forcés : l’enjeu n’est plus seulement de protéger les personnes ayant fui leur lieu d’origine, mais également de leur permettre de reconstruire une vie économique et sociale dans la dignité.
« Être réfugié ne doit pas définir toute une vie »
Le Haut-Commissaire a salué les efforts engagés par le Mali pour intégrer les réfugiés dans les systèmes nationaux, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la protection sociale, de l’état civil et de la documentation.
« Être réfugié doit être une situation temporaire. Cela ne doit pas définir toute une vie ni devenir une destinée permanente », a-t-il déclaré.
Cette vision place l’autonomisation au même niveau que la protection dans la recherche de solutions aux déplacements prolongés.
Pour le HCR, l’accès à la formation professionnelle, à l’emploi et à l’entrepreneuriat constitue ainsi un moyen de réduire la dépendance à l’aide humanitaire tout en renforçant la résilience des personnes déplacées et des communautés qui les accueillent.
Le Directeur régional du HCR pour l’Afrique de l’Ouest, Abdouraouf Gnon-Kondé, a particulièrement insisté sur le poids démographique des jeunes et des femmes parmi les populations réfugiées.
Il a appelé à leur ouvrir davantage l’accès aux dispositifs nationaux de formation, d’insertion professionnelle et d’entrepreneuriat, estimant que ces populations représentent également un potentiel pour les économies locales.
La jeunesse et le sport comme outils d’intégration
L’un des aspects les plus originaux des discussions a porté sur la jeunesse et le sport, considérés comme des instruments pouvant dépasser le cadre strictement humanitaire.
Le ministre de la Jeunesse et des Sports a notamment évoqué l’expérience de l’École de la citoyenneté, qui a permis à de jeunes Maliens et à de jeunes réfugiés de partager un même espace d’apprentissage et d’échanges.
De telles initiatives peuvent contribuer au renforcement du vivre-ensemble et de la cohésion sociale dans un contexte régional marqué par des déplacements massifs de populations.
« Le sport crée des opportunités », a souligné le ministre, évoquant la possibilité de faciliter l’accès des jeunes réfugiés aux mécanismes nationaux de formation sportive, de détection des talents et d’accompagnement des parcours scolaires et sportifs.
Une approche qui entend faire des jeunes déplacés non plus seulement des bénéficiaires de programmes humanitaires, mais aussi des acteurs à part entière de la société.
Le Mali veut consolider ses dispositifs nationaux
De son côté, le Gouvernement malien a réaffirmé son engagement en faveur de la protection des réfugiés et rappelé qu’il doit simultanément gérer les déplacements internes, accompagner le retour de ses ressortissants réfugiés dans les pays voisins et accueillir des personnes ayant fui les crises de la région.
Le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation a mis en avant la Stratégie nationale de solutions durables et son plan d’action 2025-2029, destinés notamment aux personnes déplacées internes, aux retournés, aux rapatriés, aux réfugiés et aux communautés hôtes vulnérables.
« L’enjeu aujourd’hui est de renforcer ces cadres existants afin d’assurer leur mise en œuvre effective », a-t-il déclaré.
Les échanges ont également porté sur le renforcement du système national d’asile, la documentation des réfugiés, l’accès des enfants réfugiés et rapatriés à l’état civil et la prévention de l’apatridie.
Vers une approche régionale
Au-delà des dispositifs nationaux, Bamako et le HCR ont souligné la nécessité d’une réponse régionale aux déplacements transfrontaliers.
Le Haut-Commissaire a réaffirmé la disponibilité de son institution à accompagner davantage le Mali et à explorer, avec les pays de l’Alliance des États du Sahel, des approches communes susceptibles de favoriser des solutions durables.
Pour les autorités maliennes, cette dynamique doit reposer sur trois piliers : une responsabilité nationale forte, une solidarité régionale effective et un partenariat international renforcé.
La rencontre de Bamako dessine ainsi une ambition qui dépasse la seule gestion de l’urgence : faire de la protection le point de départ d’un parcours vers l’autonomie, tandis que l’inclusion économique, l’accès aux services publics, la citoyenneté et la cohésion sociale deviennent des composantes centrales de la réponse aux déplacements forcés au Mali.