Lassaad Ben Ahmed
26 Septembre 2017•Mise à jour: 26 Septembre 2017
AA/Abidjan/Fulbert Yao
Laurent Gbagbo a été «chassé» du pouvoir en avril 2011 par «la deuxième armée» de la Côte d’Ivoire «et non par les rebelles» ou l’armée française, a affirmé mardi l’ancien chef d’état-major des armées ivoiriennes, Philippe Mangou.
Cette révélation a eu lieu au deuxième jour de son témoignage à la barre de la Cour pénale internationale (CPI) dans le procès de l’ex-chef d’État ivoirien qui se déroule à La Haye du lundi au jeudi.
«Quand on parle de rebelles qui ont chassé Gbagbo du pouvoir, ce n’est pas vrai. C’est la deuxième armée de Côte d’Ivoire qui l’a chassé, qui n’est pas contente et qui l’a chassé (...)», a affirmé le général dans son témoignage.
D'après lui, l’accord politique de Ouagadougou, qui a été signé le 4 mars 2007, a «défini deux armées pour la Côte d’ivoire, une armée au Sud et une armée au Nord». Et c’est cette deuxième armée du Nord devenue Force républicaine de Côte d’Ivoire (essentiellement composé d’ex-rebelles), bénéficiant des mêmes privilèges que l’armée du Sud, qui a « chassé » le président Gbagbo.
Demande de démission de Laurent Gbagbo
Philippe Mangou dit avoir encouragé Laurent Gbagbo à démissionner avec l’approbation de l’ex-ministre Blé Goudé (également jugé par la CPI).
«Gbagbo me dit : La communauté internationale vient de me lâcher les présidents angolais et sud-africains, me demandent de démissionner, je lui ai répondu démissionnez pour faire honneur à ces deux présidents", poursuit le chef d'état major.
Lundi, lors du premier jour de son témoignage, Philippe Mangou, était revenu, entre autres, sur le «blocus» imposé aux personnes installées à l’Hôtel du Golf. Il avait exposé le fonctionnement de l’armée. Il est revenu également sur la situation dans la commune d’Abobo pendant la crise post-électorale.
«Moi, j’étais à l’état-major, ma guerre à moi, je la faisais sur la carte en fonction des renseignements de terrain que me donnait Konan Boniface qui est sur le théâtre des opérations et le général Détho Letho en ce qui concerne la gestion des unités au niveau d’Abidjan. Donc, je jouais un rôle de coordinateur, je coordonnais leurs actions», avait il dit.
Chef d’état-major de 2004-2011 et fidèle au Président Laurent Gbagbo, Philippe Mangou avait prêté allégeance, à l’actuel président Ouattara, au lendemain de la chute de Gbagbo le 11 avril 2011.
La crise post-électorale, déclenchée par le refus de l’ex-président, Laurent Gbagbo, de reconnaître la victoire de son rival Alassane Ouattara à la présidentielle de novembre 2010, a fait plus de 3.000 morts en cinq mois, selon un rapport de l’Organisation des Nations Unies (ONU).
Depuis fin 2011, Gbagbo est écroué à La Haye, où il est jugé par la Cour pénale internationale pour «crimes contre l’humanité» durant la crise.