AA/Bangui/Sylvestre Krock
Si elle avait été créée quelques années plus tôt, la "Radio Séwa" aurait pu éviter nombre de carnages et de heurts dans le Km5, quartier majoritairement musulman de la capitale centrafricaine Bangui, assure Ignace Maningou, Président de l’Association des radios communautaires en Centrafrique (Arc).
Cette radio, lancée le 20 octobre dernier et dont le nom "Séwa" veut dire "famille" en Sango national, a pour vocation première de rapprocher les communautés de ce quartier du 3ème arrondissement, quelles que soient leur appartenance ethniques et religieuses, explique-t-il dans une déclaration à Anadolu.
Derrière cette radio se cache la "Coalition des Femmes pour la Paix et la Reconstruction en Centrafrique" (Cfprca), une association locale qui a remporté l'appel à candidature lancé par l’ONG américaine "Internews" relative au lancement d'une radio de proximité.
Selon Pascal Chiralwirwa, directeur-pays d’Internews, l’idée de lancer cette radio a vu le jour en 2015 et a été dictée par plusieurs constats.
Le premier est le peu de place accordée au Km5 dans les médias centrafricains, le deuxième est une couverture assez négative de ce quartier et le troisième est le besoin de récréer un lien social entre les habitants de ce quartier et ceux des arrondissements voisins, a-t-il précisé.
Contacté par Anadolu, Bala Dodo, maire du 3ème arrondissement de Bangui, s’est félicité de la création d'une telle radio, fait qui va, selon lui, contribuer significativement à dissiper certains préjugés qui retardent la résolution durable de la crise.
"Le Km5 a toujours été diabolisé. Des gens de mauvaise foi distillent des idées sombres sur la communauté musulmane", a-t-il souligné.
Tantôt, le 3ème arrondissement est qualifié de "couloir de la mort" , tantôt de "lieu où tous ceux qui y vont sont systématiquement égorgés, poignardés, séquestrés, froidement abattus et jetés dans des puits ou dans des fosses communes", a-t-il rappelé.
Une diabolisation qui a fait que les gens ont peur d'aller dans ce quartier alors que les Musulmans ont peur de sortir du Km5 et de circuler librement dans les autres quartiers, poursuit le maire, ajoutant que "cette radio aidera à soigner toutes ces images négatives et à briser les barrières entre la communauté musulmane et les autres centrafricains".
Un avis partagé par Adja Saada, Présidente de l’Organisation des femmes du 3ème arrondissement. Elle aussi pense qu'une radio communautaire est le moyen idéal pour dépasser les clivages.
Elle cite à titre d'exemple la cérémonie d'inauguration de la ‘’Radio Séwa’’ lors de laquelle Chrétiens et Musulmans se sont retrouvés dans une ambiance fraternelle.
La cohésion sociale et le réapprentissage du vivre ensemble entre Chrétiens et Musulmans sont la raison d’être de cette radio, explique de son côté Marie Solange Pagonendji Ndackala, la Présidente de l’association féminine, Cfprca.
Elle note, en outre que les objectifs du projet et les objectifs de l'association se rejoignent sur plusieurs points, notamment, la consécration de la Paix et de la cohésion sociale.
"Les femmes et les enfants ont toujours été les premières victimes des conflits. C’est pourquoi, nous ne devons pas croiser les bras. Notre association, la Cfprca, est une plateforme regroupant plusieurs organisations féminines qui militent pour la cessation des hostilités, la paix et la cohésion sociale", explique-t-elle.
La ‘’Radio Séwa’’a été créée dans le cadre du projet ‘’Connect’’ dont la vision est d'assurer une information optimale des citoyens concernant le processus politique post-électoral aussi bien à l'intérieur du pays que dans les camps de réfugiés.
Le projet de la Radio Séwa n'est pas le premier du genre dans ce pays; on y compte, en effet 23 radios communautaires e6) à Bangui, explique le président de l’Association des radios communautaires de Centrafrique.
Toutes ont servi de canal pour véhiculer des messages de paix et de cohésion sociale. Par exemple, la radio Zoupkana à Berberati (Sud-ouest) a joué un rôle décisif dans le retour des Musulmans dans leurs quartiers respectifs, explique le rédacteur en chef de cette radio, Constant Dipot.
"Grâce aux sensibilisations et multiples appels à la paix sur nos antennes, les déplacés musulmans du site de l’évêché ont pu retourner dans leurs quartiers et vaquer librement à leurs occupations", indique-t-il soulignant que si Berberati est aujourd'hui un des trois chefs-lieux dans lesquels la stabilité et le vivre ensemble sont des réalités, c'est en grande partie grâce à la radio Zoupkana.