Lassaad Ben Ahmed
03 Mars 2020•Mise à jour: 03 Mars 2020
AA / Yaoundé / Peter Kum
Le gouvernement camerounais a démenti le présumé nouveau massacre subi par les populations du village Babanki dans le Nord-Ouest anglophone, le 29 février dernier et qui aurait fait 15 morts selon les estimations des organisations de défense des droits de l’homme, qui ne veulent plus être citées par craintes de représailles.
Le gouvernement camerounais s'exprimait via communiqué, émis lundi soir et relayé par la télévision nationale et les médias en ligne.
Dans son communiqué, le Gouvernement a démenti formellement ces allégations totalement infondées, les qualifiants de « contraires à la réalité des faits, à savoir que, dans la matinée du mardi, 25 février 2020, des individus lourdement armés ont attaqué le chantier de construction du Poste de Commandement de l’armée », tuant un militaire et un civil.
Le gouvernement camerounais explique que, quatre jours après, le 29 février, l’armée a lancé une offensive dans le fief des séparatistes, où « dix terroristes sécessionnistes ont été neutralisés, dont trois femmes » et plusieurs armes récupérées.
Le porte-parole du gouvernement camerounais, René Emmanuel Sadi a souligné que, le 29 février 2020, « les commanditaires d’actes d’horreur et d’abomination perpétrés par des bandes armées sécessionnistes, animent, comme à l’accoutumée, une propagande mensongère à travers les médias en ligne, accusant les forces camerounaises d’avoir tué quinze personnes, dont cinq femmes et quatre enfants, au quartier « Yoruba », dans la localité de « Small Babanki », Arrondissement de Tubah, Département de la Mezam, Région du Nord-Ouest ».
En revanche, les ONG de défense des droits de l’homme parlent de 7 combattants et d’une dizaine de civils tués, principalement des femmes et des enfants. Elles ont également annoncé que plusieurs maisons appartenant aux villageois avaient été incendiées.
Cette bataille médiatique entre le gouvernement camerounais et les ONG est la deuxième du genre en moins d'un mois.
L’ONG Human Rights Watch avait, en effet, accusé mardi 25 février dans un rapport « les forces gouvernementales » et une milice peule alliée, d'avoir perpétré un massacre le 14 février dans le village Ngarbuh (Nord-Ouest), tuant « au moins 21 civils, dont 13 enfants et une femme enceinte (...) dans des conditions horribles ».
Le ministère de la Défense du Cameroun avait reconnu sa responsabilité dans ce massacre soulignant qu'il s'agissait tout simplement d’« un malheureux accident, conséquence collatérale des opérations de sécurisation» et précisant que le bilan était uniquement de cinq morts.
L’affaire a suscité une large indignation internationale et l’ouverture d’une enquête pour déterminer les vraies circonstances et les responsabilités.
La semaine dernière, le Haut-Commissariat de l’ONU pour les droits de l’Homme (HCDH) avait indiqué dans un communiqué que les Nations Unies pressent les autorités camerounaises de s’assurer que l’enquête sur le massacre de Ngarbuh sera « indépendante, impartiale et complète, et que les responsables rendent des comptes ».
Et d’ajouter : « Nous appelons le gouvernement à s’assurer que les forces de sécurité se conforment aux normes légales internationales applicables quand elles mènent des opérations».
Dans cet ordre d'idées, Amnesty International avait affirmé, le 6 février 2020, que l’armée du Cameroun s’est livrée à un regain de violence ces dernières semaines, qui a donné lieu à des dizaines d’homicides et contraint des milliers de personnes à quitter plusieurs zones des régions anglophones.
Selon l’ONG, l’armée et les séparatistes commettent des exactions dans ces deux zones. Ici, les combats ont déjà fait plus de 3.000 morts depuis 2017 et forcé plus de 700.000 personnes à fuir leur domicile.