Lassaad Ben Ahmed
23 Mai 2019•Mise à jour: 24 Mai 2019
AA / Yaoundé / Peter Kum
L’organisation internationale Human rights Watch (HRW) a appelé le gouvernement camerounais à mener une enquête indépendante pour déterminer les responsabilités sur la mise à feu de 70 habitations, le 15 mai dans la localité Mankon, agglomération de Bamenda dans la région du Nord-ouest.
HRW a émis sa requête dans un nouveau rapport rendu public jeudi.
D’après l’organisation, les autorités camerounaises devraient faire en sorte que l’enquête sur cette attaque soit indépendante et transparente et amener leurs responsables à rendre des comptes.
« Des militaires camerounais ont semé la terreur dans la région anglophone du Nord-Ouest le 15 mai 2019, incendiant plus de 70 habitations à Mankon, dans l’agglomération de Bamenda », a souligné Human Rights Watch (HRW) dans son rapport.
« Des militaires ont notamment traîné de force un homme hors de chez lui avant de l’abattre dans la rue », poursuit l’organisation de défense des droits de l’homme.
Sur ces violations, HRW voudrait qu’une enquête soit menée « promptement et de manière indépendante et impartiale, mais elle ne devrait pas s’arrêter là. Le gouvernement devrait immédiatement examiner les autres incidents lors desquels ses forces de sécurité sont accusées d’avoir commis des abus et en poursuivre les responsables en justice».
Des témoins qui se sont entretenus avec les observateurs de HRW, ont décrit comment « des militaires de l’armée de l’air et du Bataillon d’intervention rapide (BIR) avaient coordonné l’attaque » à Mankon dans la ville anglophone de Bamenda.
Human Rights Watch rapporte qu’elle a également examiné « des images satellite qui montrent plus de 70 bâtiments touchés par l’incendie, ainsi que des photos et des vidéos montrant des destructions importantes de biens » des civils.
Le nouveau rapport de HRW intervient quelques jours après les explications données par le ministre camerounais de la Défense, Joseph Beti Assomo, dans un communiqué en date du 16 mai.
Selon ces explications, suite à l'assassinat de deux soldats en patrouille à Alachu, Mankon, par des combattants séparatistes, l’armée avait lancé un ratissage dans la zone.
« Cela a entraîné des tirs et dans l'atmosphère confuse, des maisons ont été incendiées et des propriétés détruites », avait reconnu le ministre.
Il avait alors annoncé que des enquêtes sont ouvertes pour déterminer les personnes qui avaient détruit les maisons.
Joseph Beti Assomo avait également promis d'indemniser la population touchée.
« La décision du gouvernement d’ouvrir une enquête sur ces attaques contre des civils et contre leurs biens est un pas important vers l’établissement des responsabilités », a déclaré Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch.
« Les autorités camerounaises devraient faire en sorte que l’enquête sur cette attaque soit indépendante et transparente et faire rendre des comptes à ses responsables. Et il devrait autoriser l’entrée dans le pays d’observateurs indépendants».
Pour rappel, la crise anglophone avait éclaté en octobre 2016, suite à un mouvement d’humeur d’avocats anglophones n’ayant pas pu obtenir la traduction de documents nécessaires à leur travail. Le mouvement a par la suite rapidement dégénéré pour prendre une dimension armée, dès décembre 2017.