AA/ Cotonou (Bénin)/ Serge David Zouémé
Etendus de sable blond bordés de cocotiers, mer bleu azur à perte de vue … un cadre de rêve où pourtant, seules quelques rares silhouettes en quête d’exotisme, lézardent au soleil.
Carte postale, cherche désespérément touristes !
Nous sommes à Grand-Popo, une ville de quelques 40 mille habitants, dans le sud-ouest du Bénin, située sur le littoral à la frontière du Togo (à près de 85 km de Cotonou), dotée d’un fort potentiel touristique mais qui souffre d’une indifférence générale, déplore ses habitants qui misent toutefois sur le mandat du président béninois récemment élu, Patrice Talon, pour que la ville balnéaire devienne une zone touristique de rêve «dans les prochaines années».
«Grand-Popo est une ville balnéaire qui devrait vivre du tourisme, mais où le tourisme n’y est pas développé par manque d’ambitions. La ville manque d’activités et la zone ne dispose pas d’assez de circuits touristiques même s'il y a quelques hôtels qui fonctionnent [grâce aux locaux]», surenchérit Christelle Boisson, gérante de l’Hôtel Awalé Plage de Grand-Popo.
Pourtant, Grand-Popo, n’a pas été toujours lésée de la sorte, rappelait Airy Lucius Tonato, président de l'Association de développement de la localité, lors d’un discours officiel prononcé à l’occasion du Nonvitcha (fête tutélaire des populations Xwla) il y a quelques années.
«Grand-Popo était un ancien comptoir commercial portugais. Dès le XVIIe siècle, de nombreux navires venaient y chercher des esclaves, mais surtout des matières premières agricoles pour les industries européennes. Les transactions portaient essentiellement sur le commerce des amandes et d'huile de palme, des poissons séchés, du coprah et de café», avait-il dit.
«Entre 1905 et 1940 – durant la colonisation française-, le comptoir a connu un essor économique unique avant d’amorcer tout doucement son déclin avec la construction du Wharf (port) de Cotonou. Par ailleurs, à compter de 1922, la mer a commencé à engloutir la partie la plus vitale et la plus dynamique de la ville, lui faisant progressivement perdre son poids administratif et ses infrastructures commerciales», avait expliqué Airy Lucius Tonato.
Aujourd’hui, le passé commercial semble être une page tournée pour l’ancien centre des affaires, qui veut désormais se tourner vers le tourisme en misant sur ses nombreux atouts (végétations, patrimoine architectural de type portugais, plages, centres culturels, pratiques culturelles et traditionnelles) et sa proximité (environ 1 heure de route) avec la capitale togolaise, Lomé, selon les hôteliers de la ville.
Pour ces derniers, toutes les richesses touristiques de la zone devraient être entièrement inventoriées sur la liste du patrimoine culturel local, et les autorités devraient instaurer une réelle politique de valorisation des patrimoines culturels locaux existants, ainsi qu'une fiscalité attractive et adaptée aux activités du tourisme en général dans le pays.
«Je paie les mêmes impôts qu’une boulangerie de la place alors que mon hôtel emploie plus de 100 personnes et produit un chiffre d’affaires important qui profite aussi à l’Etat via les taxes», s’indigne Bouraïma Boukari, directeur général de l’hôtel Millenium Popo Beach.
Pour Christiane Tossou, directrice générale de l’Agence de tourisme ‘’Cristal Tour’’, il est temps que l’Etat prenne la promotion du tourisme au sérieux.
«Le Bénin ne vend pas du tout sa destination. Il faut bien plus de visibilité, se tourner vers l'international à travers des campagnes de pub par exemple, pour que le Bénin puisse attirer les touristes étrangers. Actuellement nous ne bénéficions d'aucun accompagnement et il n'existe aucune politique de financement du secteur», a-t-elle confié sur le site de "La Nation", le journal gouvernemental.
Face à la situation dégradée de Grand-Popo et d’autres destinations touristiques du Bénin, le nouveau gouvernement du président Patrice Talon investi le 6 avril 2016, a décidé de prendre les choses en main, en faisant de la promotion du tourisme un des quatre axes économiques prioritaires de son quinquennat.
C’est ainsi que le président a récemment crée par Décret pris en Conseil des ministres, l’Agence nationale de Développement des Patrimoines et de Promotion du Tourisme (ANDPPT) dont la mission est de booster le secteur à partir des potentiels patrimoniaux du pays, et d’en faire un levier de développement national durable.
«Pour les cinq ans à venir, notre mission est de positionner le Bénin dans le monde au plan touristique, d’en faire une véritable destination attractive pour les touristes et visiteurs internationaux et surtout de faire de ce secteur, un outil de rentabilité économique au même titre que le coton, l’industrie, les télécommunications… », avait déclaré la semaine passée José Pliya, président de l’ANDPPT, sur BB24, la deuxième télévision d’Etat.
Directement lié au tourisme, la question de l'environnement est également au coeur des préoccupations béninoises.
Les dix-huit kilomètres de littoral sont rongées par l'érosion côtière, notamment en raison des travaux d'extension du port de Lomé au Togo, qui constitue une menace à l'intégrité de la plage de Grand-Popo.
A ce sujet, le ministre béninois du Cadre de vie et du Développement durable, José Didier Tonato, a informé sur la Ortb (première télévision publique) que "des études de faisabilité sont en cours, couplées à une recherche de financements pour contrer l’avancée de la mer du côté ouest du Bénin qui prend en compte les villes touristiques telles que Ouidah et Grand-Popo".
"Nous espérons qu’avec ces travaux qui seront lancés, le Bénin va gagner en partie sur la mer avec des chances inouïes de développement du tourisme balnéaire dans les villes côtières", a-t-il indiqué, demandant aux populations de ces villes"d’être patientes".
"En 2014, le secteur du tourisme béninois a enregistré 194.113 arrivées contre 193.185 en 2013, tandis que les transactions des touristes et visiteurs ont généré au Trésor public béninois quelques 11.38 millions USD en 2014 contre 10.98 millions USD en 2013", a indiqué à Anadolu, Septime Biadja, chef-service de la documentation et de la statistique à la Direction béninoise du Développement et de la Promotion Touristique (DDPT), rattachée au ministère du tourisme et de la Culture.
"Seule une impulsion du secteur assurerait des recettes bien plus importantes au pays", a-t-il ajouté.