AA / Tunis / Malèk Jomni
Tunisie: Kaïs Saïed s'entretient avec le ministre de la Défense
Le président de la République, Kaïs Saïed, a reçu, jeudi, le ministre la Défense, Imed Memmich, au Palais de Carthage, où il a pris connaissance des préparatifs en cours pour assurer le bon déroulement du scrutin réferendaire du 25 juillet, selon un communiqué rendu public par la Présidence de la République et relayé par l'Agence Tunis Afrique Presse (TAP/officiel).
Le chef de l'Etat a tenu à rendre hommage à l'Armée nationale pour ses efforts de lutte contre l'incendie qui s'est déclaré mardi après-midi au mont Boukornine, dans la banlieue-sud de la capitale Tunis.
Dans le cadre de son intervention de secours, l'Armée de l'air a effectué quarante vols les mardi et mercredi pour tenter de circonscrire les feux de forêt au mont Boukornine et ce, en mobilisant deux hélicoptères et un avion C130, bombardier d'eau.
Un incendie s'est déclaré, mardi, dans le massif montagneux de Boukornine, situé dans la région de Borj Cédria, à 25 km au sud-est de Tunis. Le feu de forêt est désormais maîtrisé à plus de 90%, indique le ministère de la Défense.
Tunisie / fin de la campagne référendaire samedi : les partisans de Saïed mobilisés
Lancée le 3 juillet, la campagne électorale pour le référendum sur le projet de Constitution de la République tunisienne devra s'achever demain samedi. Le 25 juillet, les Tunisiens sont appelés à voter pour ou contre le projet de réforme de la Constitution qui devrait mettre fin au système parlementaire, en place depuis 2014.
De l'avis de nombreux observateurs, le rythme de la campagne était "faible" par rapport aux échéances politiques précédentes. C'est ce qui a été rapporté par l'Agence Tunis Afrique Presse (TAP/officiel).
Plus de 160 acteurs ont pris part à la campagne, dont des associations, des organisations, des partis et des personnes physiques sur fond d'un boycott clair des plus grands partis de l'opposition, représentés au Parlement dissous.
À ce jour, la scène politique est divisée en trois positions. La première concerne un clan qui appelle au boycott du référendum sous prétexte qu'il s'agit d'un "coup d'Etat et d'un processus inconstitutionnel". Le deuxième clan comprend des participants qui soutiennent le projet de constitution. Ils mènent leur campagne électorale pour mobiliser des voix à son profit, à l'instar du Mouvement populaire et du Courant populaire. Le troisième clan comprend les participants à la campagne qui appelle au vote contre le projet. À titre d'exemple, on trouve Afek Tounes, l'Union Populaire Républicaine et l'alliance Nationale Tunisienne.
Le Front du Salut national arrive en tête de liste des boycotteurs du référendum, aux côtés du mouvement Ennahdha, Qalb Tounes, la Coalition Dignité, le Hirak, "Citoyens contre le coup d'Etat", le mouvement Amal, et Al Irada. À cela s'ajoute, la coordination des partis démocratiques, qui comprend les partis du Courant démocrate, Ettakatol, al Qotb et le parti Républicain.
Le Parti destourien libre (PDL) est également l'un des boycotteurs. Sa présidente Abir Moussi a affirmé à maintes reprises, qu'elle ne reconnaitrait pas le referendum pour son aspect "illégal", lit-on de même source.
Le référendum sur la nouvelle Constitution est "nul et non avenu", a-t-elle insisté. Pour elle, le décret présidentiel n°117 ne permet pas au président de la République de présenter une nouvelle Constitution aux Tunisiens.
De nombreuses organisations et associations ont exprimé leur rejet du projet de constitution sur le référendum dans sa première version publiée au Journal officiel, le 30 juin, ou après les modifications qui y ont été apportées le 8 juillet.
Plus de 35 associations et organisations dont le Forum tunisien des droits économiques et sociaux, la Ligue tunisienne de défense des droits de l'homme, le Syndicat national des journalistes tunisiens et l'Association des femmes démocrates ont annoncé dans ce cadre une mobilisation "inédite et légitime pour mener des réformes constitutionnelles qui respectent la dignité des Tunisiens".
En revanche, d'autres associations et composantes de la société civile ont soutenu le nouveau projet de constitution, et appelé à voter par un "oui" pour faire sortir le pays de la crise.
Quant à l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), elle a laissé le libre choix à ses adhérents de voter pour ou contre. C'est ce qui ressort d'une allocution prononcée par le secrétaire général de la Centrale syndicale, Noureddine Taboubi qui a indiqué que "compte tenu de la diversité qui caractérise l'UGTT et la famille syndicale, il a été décidé de déléguer à chacun et à ceux qui partagent nos visées, la liberté de choisir et de participer au référendum ou pas".
"Dans le projet de la nouvelle Constitution, il y a des aspects positifs, s'agissant du chapitre réservé aux droits et aux libertés, qui existait également dans la Constitution de 2014", a-t-il noté, ajoutant que la nouvelle Constitution comporte également des lacunes à l'instar de la concentration du pouvoir entre les mains d'une seule personne, faisant ainsi allusion au président Kaïs Saïed, selon la TAP.
Tunisie/Référendum : l'opposition poursuit sa pression malgré ses divergences
Un professeur universitaire : L'opposition aurait dû s'unir loin de l'émiettement et de la scission pour défendre la démocratie
Un activiste politique : L'opposition poursuivra son action et ses protestations même après la tenue du référendum
A l'approche de la date de la tenue du référendum sur la nouvelle Constitution, l'opposition tunisienne se trouve scindée en deux camps. Le premier qui appelle à participer au référendum tout en votant Non et le second qui appelle au boycott.
Des observateurs estiment que « cette scission dans les points de vue n'a pas servi l'opposition et l'a affaibli davantage, en dépit des tentatives de pression et des mouvements de protestation qu'elle organise dans le but de faire avorter le coup d'Etat », selon elle.
Le président tunisien, Kais Saied, soumettra le texte de la nouvelle Constitution au référendum, le 23, 24 et 25 juillet pour les Tunisiens à l'étranger et le lundi 25 en Tunisie.
Ce référendum intervient au milieu de divergence des positions et d'une crise politique aiguë que traverse la Tunisie depuis que le chef de l'État ait annoncé une série de mesures d'exception il y a de cela une année.
Il s'agit notamment de la dissolution du Parlement et du Conseil supérieur de la magistrature, de la légifération par voie de décrets et de l'organisation d'élections législatives anticipées le 17 décembre prochain.
** Eparpillement et scission
Aymen Boughanmi, professeur à l'Université tunisienne et chercheur en sciences politiques et en histoire de l'économie, a indiqué que « l'opposition aurait dû s'unir loin de l'éparpillement et de la scission pour défendre la démocratie ».
Dans une déclaration faite à AA, Boughanmi a relevé que « parmi les facteurs qui ont causé la faiblesse de l'opposition figure l'absence de conviction collective des règles fondamentales de coexistence ».
Il a ajouté : « Le vote défavorable parie sur l'éventualité de la victoire du Non, ce qui placera l'actuel pouvoir dans une position délicate où qui fera sa chute dans des cadres garantis légalement ».
Et Boughanmi de poursuivre : « L'échec de ceux qui ont choisi de voter par Non accordera une légitimité au pouvoir en place et pourrait amener à asseoir la Constitution antidémocratique sur laquelle les Tunisiens devraient statuer lundi ».
** Une constitution antidémocratique
Boughanmi a ajouté qu’il « existe une unanimité que la Constitution est antidémocratique et même ceux qui appellent à y voter favorablement usent d'autres arguments que celui de la démocratie comme celui de la rupture avec le précédent régime ».
Il a indiqué que « nombreux sont ceux qui sont convaincus que la Constitution a octroyé des prérogatives quasi impériales au président de la République et des déviations sont possibles pour l'interprétation du texte à travers des termes creux en plus de l'inexistence d'équilibre entre les pouvoirs ».
Boughanmi affirme que « ce camp ne veut pas glaner une victoire à court terme et garantie légalement et qui pourrait hâter le retour de la Tunisie dans le giron de la légalité constitutionnelle et de la démocratie selon eux ».
Il a ajouté que dans « le camp opposé se trouve l'opposition qui appelle au boycott du référendum, considérant tout le processus comme étant nul, et dans lequel ils ne peuvent pas y adhérer et leur seul pari consiste à affaiblir et à fragiliser la légalité du régime en place jusqu'à sa chute où jusqu'à son acceptation de rétablir la démocratie ».
Selon Boughanmi, « l'opposition qui boycotte accepte une défaite à court terme et parie sur une faible participation au référendum, ce qui permettra de lutter contre le régime par la suite ».
« La position de l'opposition parie sur l'échec du régime en place et sur une conviction en vertu de laquelle les Tunisiens vont se rebeller et se soulever contre ce régime », a-t-il dit.
« La position de l'opposition suscite les sarcasmes et la moquerie, en particulier la position appelant à faire chuter le référendum de la part de cinq partis », a-t-il dit, dans une allusion à la Campagne visant à faire chuter le référendum qui comprend le Parti Républicain, le Courant démocratique, le FDTL, le Parti des Travailleurs et le Pôle démocratique.
Il a ajouté que « Ces partis refusent de coopérer avec les autres forces politiques et considèrent que certaines composantes de l'opposition à Kais Saied sont rejetées purement et simplement et ne veulent pas saisir la différence entre un combat politique ordinaire que peut supporter toute démocratie et celui sur les principes et dans lequel se retrouvent tous les protagonistes indépendamment de leurs positions antérieures et divergentes ».
« Il y a une session au milieu de ce boycott qui ne veut pas combattre les rangs serrés, ce qui est exploité naturellement par le pouvoir en place en sa faveur », a-t-il conclu.
** Une faible opposition
A son tour, Ayachi Hammami, président de l'Instance nationale de défense des Libertés et de la Démocratie (Indépendante), a indiqué à AA que « malgré l'accord de l'opposition en matière d'objectifs et de rejet du processus initié par le président Kais Saied, il n'en demeure pas moins que cette opposition n'a pas réussi à unifier ses efforts dans le sens de rejeter le référendum ».
« L’unification des efforts est le résultat d'un travail commun et de longue haleine, dans la mesure où une partie de l'opposition a été au pouvoir et assume la responsabilité de la crise que l'on vit aujourd'hui, et que par conséquent, il est difficile en l'espace d'une année pour plusieurs partis d'oublier leurs anciens différends », a-t-il expliqué.
« L'action commune et concertée, a-t-il dit, nécessite une critique objective et personnelle de ces différends afin de parvenir à une alternative ».
Il a ajouté que « les rangs seront unifiés et l'opposition renouvellera et réinventera son discours ainsi que ses dirigeants pour offrir une alternative convaincante au public ».
« L’émiettement et l’éparpillement ont été le talon d'Achille de l'opposition qui va s'auto-reconstruire plus tard au niveau partisan et sous forme de front », a-t-il estimé.
« Les discours, l’attitude et la gestion de l’Etat par Kais Saied confirment qu'il est un gouvernement despotique qui a pour but d'instaurer le pouvoir personnel et qu'il ne réalisera pas le développement et l'essor, mais continuera plutôt à approfondir la crise d'autant plus qu'il n'a pas de programme que celui de se soumettre aux conditions et exigences du Fonds monétaire international (FMI) afin d'obtenir des prêts », a-t-il insisté.
** Les soutiens de Saied aujourd'hui vont se soulever demain
Hammami a considéré que « le peuple qui votera par Oui sur le texte de la Constitution ne soutient pas Saied mais a plutôt choisi cette position par signe de rejet à l'ancienne classe politique comme il le fera avec Saïd ultérieurement ».
« Saied ne dispose pas, selon lui, de foules et de publics qui le soutiennent mais il s'agit plutôt d'une foule assignée au silence qui n’a pas trouvé d'alternative que celle à quoi a procédé Saied et ce public sera éclairé sur le fait qu’il ne s’agit que d’un gouvernant de plus qui voudrait reproduire le schéma du pouvoir d’un autocrate ».
Hammami a mis l'accent sur le fait que « la prochaine phase sera marquée par le combat contre Saïed et le peuple qui lui a accordé sa confiance se rebellera et se soulèvera contre lui, lorsque la situation ne changera ne changera pas d'un iota ».
** Rétrécissement du champ des libertés
Hammami n'a pas dissimulé son appréhension de la régression des libertés après le référendum.
Il a dit, à ce propos : « Nous sommes convaincus que lorsque le président assoira son pouvoir, il va rétrécir le champ des libertés tout en resserrant l’étau, dans la mesure où il considère que quiconque exprimerait un avis qui lui est contraire est inéluctablement un traitre à la patrie et les jours prochains seront difficiles en matière de libertés et de droits ».
« Il va publier un référendum portant organisation de nouvelles élections et interdira à nombre de partis, d’associations et de citoyens de se porter candidats, ce qui les amènera à protester et deviendront ainsi des cibles des restrictions et que par là nous serions rentrés dans un cycle négatif », a-t-il ajouté.
Hammami considère que « Saïed ne saisit pas la politique dans son sens civilisationnel et la politique du pays nécessite une gestion avec sagesse et souplesse, alors que lui fait peu de cas au droit de la différence ».
** Nous demeurons attachés à nos positions
En dépit de ces différends, Hammami a affirmé que « l'opposition demeure attachée à ses positions, rejetant et boycottant le référendum ».
Il a ajouté : « Nous poursuivrons notre combat dans tous les cas et indépendamment du résultat du référendum, ce qui confirme que notre lutte pour un Etat démocratique ne s'arrêtera pas ».
Hammami a conclu son intervention en relevant que « la détermination de lutter s'accroîtra après la tenue du référendum ».
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