Nadia Al Chahed
14 Décembre 2015•Mise à jour: 15 Décembre 2015
AA/Beni/Fiston Mahamba Larousse
Plusieurs carrefours et coins de rue du quartier Matongé, le centre commercial de Beni,dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), connaissent des attroupements qui ne manquent pas de surprendre les passants: Il s'agit de Barza (lieu de rassemblement) de fortune installé par des vendeurs de Ngbako, un thé parfumé importé par la communauté musulmane venue du district de Kasese en Ouganda (à 80 km à l’est de Beni).
Tout autour d'un foyer de feu où se prépare la fameuse infusion, les vendeurs installent des bancs sur lesquels les consomateurs s'assoient le temps de siroter ce thé aux vertus médicinales avérées qui attirent les cosommateurs de tout bord.
La préparation composée entre autres de noix de cola, de gingembre et de raisin sec, est en effet, hautement bénéfique pour l'organisme, témoigne, Simon, rencontré par Anadolu prés d'un Barza.
D'ailleurs, certains médecins traditionnels recommandent à leurs patients la consommation régulière du Ngbako qui permet de réguler les graisses, fait remarquer Paulin Makasi, président du comité des phytothérapeutes de Beni.
De son côté, le docteur Merlin Juakali, président du bureau local de l’ordre des médecins du Congo assure que cette boisson a des bienfaits certains, rappelant, toutefois, que tout excés, même d'un produit bénéfique, nuit à la santé.
Si les attroupements du matin se dispersent rapidement, chaque consommateur étant pressé de vaquer à ses activités, ceux du soir se prolongent jusque tard dans la soirée.
Ainsi et dès que la nuit tombe, ce n’est plus la consommation du Ngbako qui rassemble les clients de ces Barza, mais une sorte de convivialté partagée et appréciée à sa juste mesure.
Ces Barza sont, en effet, devenues au fil du temps, des lieux de rencontres et d'échanges qui rassemblent les différentes catégories sociales. Ils servent également de tribunes où se règlent les différends entre les membres du groupe, où se discutent bien de sujets aussi bien locaux qu'internationaux.
«Dans ces échanges, le meneur du débat est celui qui maîtrise mieux le sujet. J’ai vu des femmes prendre la parole et mener le débat avec sagacité au milieu d’un groupe majoritairement masculin », constate Patrice Musavuli, technicien à la radio locale "Oasis FM", qui reconnait, être lui même "accro" au Ngbako.
Initié par les musulmans, le commerce de Ngbako, s'est petit à petit étendu à d'autres vendeurs de diverses confessions.
"Après avoir appris les différentes étapes de la préparation du Ngbako auprès de mon ancien boss, qui est de confession musulmane, je me suis installée pour mon propre compte et je gagne trés bien ma vie", a déclaré à Anadolu une jeune tenancière d'un Barza, affirmant, qu'elle subvient aux frais de sa scolarisation grêce à cette activité.
Un gobelet de thé se vend à 200 Francs Congolais (0.2 USD), ce qui fait 800 Francs Congolais (0.9USD) par litre de thé écoulé.
Sakina, une jeune diplômée, qui n’a pas réussi à trouver un travail, s’est également lancée dans cette activité. Elle se réveille à cinq heures du matin en vue d’attiser le feu et préparer le thé.
«Jusqu’à 8 heures, je parviens , généralement, à servir 20 litres (équivalant à 22$) et le soir jusqu’à 30 litres de Ngbako, qui correspondent à plus de 27 dollars, m'assurant près de 50 dollars par jour, beaucoup mieux que qu'un agent de l’Etat qui touche en moyenne 80 milles Francs Congolais (88 dollars) par mois» explique-t-elle à Anadolu, regrettant toutefois, une baisse de consommation obesrvée chez des habitués qui ont vu leurs moyens fianciers affectés depuis que les rebelles multiplient les massacres dans la région, les empêchant de rejoindre leurs champs.