AA/ Cotonou/ Serge David Zouémé
L’esplanade intérieure du Stade de l’Amitié Mathieu Kérékou à Cotonou, la capitale économique du Bénin, s'est transformé depuis quelques semaines en un espace d'entrainement au Roller pour les jeunes athlètes du pays, en prévision du premier championnat Ouest africain de la discipline, prévu du 1er au 4 septembre prochain, au Bénin.
Sur place, des filles et des garçons des catégories minimes et cadets, glissent gracieusement entre des plots plantés au sol, régalant un public qui prend de plus en plus goût à cette discipline, pourtant étrangère au continent.
Pour Marius Freddy Tchibozo, trésorier général de l'Union des Fédérations Ouest-africaines de Roller Sport et président de la Fédération béninoise de Roller Sport, l'Afrique s'implique chaque jour davantage dans le développement de cette discipline afin de se mettre au diapason des autres nations.
"Longtemps, les sportifs africains se sont essentiellement démarqués dans des disciplines tels le football, le handball, le volley-ball, le basketball ou encore, l'athlétisme mais jamais dans le Roller qui était méconnu des Africains", a-t-il indiqué, précisant que depuis quelques années les choses ont commencé à changer.
Pour expliquer les raisons d'une telle tendance, Tchibozo évoque un certain "mimétisme" et un "effet de mode" mais surtout la volonté de faire valoir le savoir faire africain dans une discipline qui lui est pourtant étrangère. C'est aussi un moyen qui permettra, selon lui, de s'offrir sur le long terme, une alternative aux moyens de transport polluants.
"Le Roller est un sport importé, les sportifs africains ont pris du temps pour le découvrir, le connaître et comprendre comment on le pratique. Certains encadreurs africains ont même, dû voyager en Europe pour se former avant d'initier d'autres", a-t-il ajouté.
En attendant la grande compétition ouest africaine, les jeunes athlètes béninois s'entraînent quasi quotidiennement, aux différentes figures de la discipline, notamment le Roller Soccer, le Roller ball, le freestyle, le Roller acrobatique, le Roller de course et le Roller artistique.
«J’ai commencé à faire du Roller à l’âge de 6 ans parce que je m’y plaisais bien. Aujourd’hui, beaucoup plus qu'un plaisir, je pense à en faire une profession d'avenir comme les footballeurs professionnels», déclare à Anadolu, Ahmed,10 ans.
Comme lui, plusieurs jeunes béninois aspirent à faire carrière dans cette nouvelle discipline, a indiqué à Anadolu Marius Freddy Tchibozo ajoutant que si le Roller séduit autant les jeunes béninois c'est parce qu'il est "un sport complet qui permet aux athlètes de développer plusieurs aptitudes. Au-delà de son intérêt sportif en termes de compétitions, il permet de développer la maîtrise de soi, la concentration, les réflexes...".
Le Bénin compte à ce jour près de 5.000 pratiquants de Roller Sport, a-t-il ajouté.
Revenant sur l'histoire de cette discipline, il a noté qu'elle se pratiquait déjà au Bénin depuis les années 1960, ajoutant que la première compétition de Roller avait eu lieu en 1965 sur la chaussée derrière l’actuelle Présidence de la République.
«Depuis personne n’a pensé à structurer la discipline pour en faire un sport olympique au même titre que les autres sports de compétition. Il est resté tout ce temps, un sport de plaisir et de distraction jusqu’au 15 décembre 2012 date à laquelle la Fédération béninoise de Roller Sport a été créee», a-t-il expliqué, rappelant que la Fédération internationale de Roller Sport a été créé le 9 avril 1924.
Joint au téléphone par Anadolu, Nathanaël Koti, président de l’Union des Fédérations Ouest-africaines de Roller Sports, a indiqué qu’une quarantaine de pays sur les 54 que compte l’Afrique, pratiquent déjà le Roller Sports.
"Sur tous les autres continents, le Roller est bien développé et structuré. En Afrique cette discipline a longtemps été marginalisée à cause , notamment, de la méconnaissance de la discipline, le manque de moyens sportifs appropriés, le manque de volonté politique et surtout l’absence d’un Roller shop pour se procurer les équipements techniques requis", a-t-il poursuivi.
Le Bénin ne dispose d'aucune boutique spécialisée dans la vente d'équipements de Roller. Les clubs et les amateurs sont contraints de commander ces équipements à l'étranger, option qui leur coûte cher, a précisé Marius Freddy Tchibozo, ajoutant que le prix d'une paire de Rollers varie entre 15.000 FCfa (25,5 USD) et 20.000 FCfa (34 USD).
S’agissant de l’organisation de la première édition du Championnat Ouest-africain de Roller Sports à Cotonou, prévu début septembre, Nathanaël Koti a précisé que quatorze pays y prendront part à savoir le Bénin, le Togo, le Nigéria, le Niger, la Gambie, le Sierra Léone, le Sénégal, la Côte d’ivoire, la Guinée Conakry, le Mali, le Burkina Faso, le Libéria, la Guinée Bissau et le Ghana.
«Une vingtaine d'athlètes béninois participeront à ce Championnat dans les trois disciplines en compétition: Skateball, freestyle, roller de course", a indiqué Marius Freddy Tchibozo, ajoutant que le Bénin a de fortes chances de décrocher la première place rappelant que le pays a déjà un palmarès honorable derrière lui.
Le Bénin avait obtenu une médaille d'or, trois d'argent et deux de bronze lors de la 7ème édition de Africa Game, compétition de Roller Sport organisée au Sénégal en 2014. En 2015, et à l'occasion de la 8ème édition de cette même compétition, l’équipe béninoise avait raflé trois médailles d’or, deux d’argent . Et décembre 2015, le Bénin a obtenu la quinzième place parmi les 47 pays qui avaient participé au Championnat de Rollball en Inde.
Cependant et en dépit de l'engouement palpable des jeunes béninois pour le Roller, rares sont ceux qui le pratiquent en dehors des espaces consacrés.
Selon le président de la fédération béninoise de Roller "C'est une question d'habitude qui va petit à petit s'ancrer dans le quotidien des Béninois, dés lors nos compatriotes pourront utiliser le roller pour aller au travail", a-t-il dit.