Le Qatar affirme que des frappes de missiles iraniens ont réduit de 17 % sa capacité d’exportation de GNL

- Les dommages à Ras Laffan pourraient nécessiter jusqu’à cinq ans de réparations, avec des pertes annuelles estimées à 20 milliards de dollars et un recours probable à la force majeure sur certains contrats à long terme, selon QatarEnergy

AA / Istanbul / Mucahithan Avcioglu

Le Qatar a indiqué jeudi que des attaques de missiles iraniens contre la ville industrielle de Ras Laffan ont réduit de 17 % la capacité d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) du pays, des dégâts qui devraient entraîner environ 20 milliards de dollars de pertes annuelles et nécessiter jusqu’à cinq ans de réparations.

Dans un message publié sur la plateforme X, propriété de la société américaine de réseaux sociaux, la compagnie publique QatarEnergy a précisé que ces dommages résultent de frappes de missiles ayant touché la zone industrielle mercredi ainsi qu’aux premières heures de jeudi, perturbant les approvisionnements vers les marchés européens et asiatiques.

« Je suis soulagé de confirmer qu’aucune victime n’est à déplorer à la suite de ces attaques injustifiées et dénuées de sens, qui ne visent pas seulement l’État du Qatar mais portent également atteinte à la sécurité et à la stabilité énergétiques mondiales », a déclaré le ministre d’État qatari chargé des Affaires énergétiques et PDG de QatarEnergy, Saad Sherida Al-Kaabi.

Selon l’entreprise, les attaques ont endommagé les trains de liquéfaction 4 et 6, dont la capacité de production combinée s’élève à 12,8 millions de tonnes par an, soit environ 17 % des exportations du pays.

Dans le détail, le train 4 est exploité dans le cadre d’une coentreprise détenue à 66 % par QatarEnergy et à 34 % par ExxonMobil, tandis que le train 6 appartient à hauteur de 70 % à QatarEnergy et 30 % à ExxonMobil, selon le communiqué.

Par ailleurs, Saad Sherida Al-Kaabi a indiqué que les dommages subis par les installations de GNL nécessiteront entre trois et cinq ans de réparations, contraignant l’entreprise à invoquer la force majeure sur certains contrats à long terme.

« L’impact concerne la Chine, la Corée du Sud, l’Italie et la Belgique. Cela signifie que nous serons contraints de déclarer un cas de force majeure pouvant aller jusqu’à cinq ans sur certains contrats de GNL à long terme », a-t-il précisé.

En outre, les attaques ont également visé l’installation Pearl GTL, un projet de partage de production exploité par Shell, qui transforme le gaz naturel en carburants plus propres ainsi qu’en huiles de base, paraffines et cires.

QatarEnergy a indiqué qu’un des deux trains de Pearl GTL devrait rester à l’arrêt pendant au moins un an, alors que les évaluations des dégâts se poursuivent.

Dans ce contexte, l’entreprise a également mis en garde contre des pertes de production de produits associés en raison de cette interruption, notamment 18,6 millions de barils de condensats (soit environ 24 % des exportations du Qatar), 1,281 million de tonnes de gaz de pétrole liquéfié (GPL), équivalant à près de 13 % des exportations, ainsi que 0,594 million de tonnes de naphta, soit environ 6 %.

Elle prévoit en outre des pertes de 0,18 million de tonnes de soufre et de 309,54 MCFA d’hélium, représentant respectivement environ 6 % et 14 % des exportations du pays.

Cette évolution intervient dans un contexte d’offensive conjointe américano-israélienne contre l’Iran, lancée le 28 février, qui a fait jusqu’à présent environ 1 300 morts.

En réponse, l’Iran a mené des frappes de drones et de missiles visant Israël ainsi que la Jordanie, l’Irak et des pays du Golfe abritant des installations militaires américaines.

Enfin, QatarEnergy avait déjà déclaré un cas de force majeure plus tôt ce mois-ci auprès de ses clients affectés, après avoir suspendu la production de GNL et de produits associés à la suite de frappes de drones iraniens.

* Traduit de l'anglais par Adama Bamba