France : le gouvernement autorise temporairement la vente d’un gazole « non conforme » face à la pénurie

- Un décret publié ce jeudi au Journal officiel autorise, à titre temporaire, la commercialisation d’un gazole « non conforme aux spécifications », dont la résistance au froid est moindre que la norme habituelle

AA / Istanbul / Ben Amed Azize Zougmore

Face à des tensions d’approvisionnement inédites liées à la guerre en Iran et au blocage du détroit d’Ormuz, le gouvernement français a pris une mesure exceptionnelle pour sécuriser la distribution de carburant.

Un décret publié ce jeudi au Journal officiel autorise, à titre temporaire, la commercialisation d’un gazole « non conforme aux spécifications », dont la résistance au froid est moindre que la norme habituelle.

La décision concerne principalement la température limite de filtrabilité (TLF), un critère déterminant pour l’usage du diesel en hiver. Normalement, le carburant doit rester fluide jusqu’à -15°C ; avec cette dérogation, il devient utilisable uniquement jusqu’à 0°C, ce qui expose les automobilistes à des risques de démarrage difficile, de moteur qui cale ou de filtres bouchés en cas de gel. Les zones montagneuses et les épisodes de froid tardif sont particulièrement concernés. Le décret impose aux distributeurs d’informer les consommateurs, qui devront assumer la responsabilité en cas de dysfonctionnement.

Les autres normes techniques du gazole sont maintenues : indice de cétane suffisant, faible teneur en soufre et propreté rigoureuse pour protéger moteurs et environnement. Selon le ministère de l’Économie, cette mesure reste une solution d’urgence, visant à éviter les pénuries dans un contexte de forte tension sur les marchés.

En effet, le prix du gazole a connu une flambée spectaculaire, passant de 1,709 euro le litre fin février à 2,212 euros fin mars, soit une hausse de près de 30 % en moins d’un mois.

L’essence SP95-E10 augmente plus modérément (+16 %) tandis que le superéthanol E85 reste relativement stable. Cette hausse s’explique par la dépendance européenne aux importations de diesel, particulièrement vulnérables aux perturbations maritimes, mais aussi par des mécanismes fiscaux défavorables au gazole.

Selon Francis Pousse, spécialiste du marché pétrolier, cité par la chaîne d’information française en continu BFMTV, l’Europe importe jusqu’à 40 % de son gazole raffiné, principalement via des routes actuellement fragilisées, ce qui entraîne une hausse rapide des prix sur les marchés internationaux, notamment à Rotterdam.

Cette mesure exceptionnelle qui intervient alors que le conflit au Moyen-Orient est à son vingt-septième jour, reflète la gravité de la crise énergétique actuelle, combinant tensions internationales et flambée des prix à la pompe, tout en appelant les automobilistes à la prudence face à un carburant moins résistant au froid.

L’escalade régionale se poursuit depuis le lancement, le 28 février, d’une offensive conjointe américano-israélienne contre l’Iran, qui a déjà fait plus de 1 340 morts, dont l’ancien guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei.

Téhéran a riposté par des frappes de drones et de missiles visant Israël, ainsi que la Jordanie, l’Irak et plusieurs pays du Golfe abritant des installations militaires américaines, causant des victimes et des dégâts matériels tout en perturbant les marchés mondiaux et l’aviation.