AA/Conakry (Guinée) /Bousouirou Bah
Après un an de psychose et de méfiance, les Guinéens s’adaptent finalement à la vie avec Ebola. Mieux, beaucoup de citoyens commencent à afficher une lueur d’espoir sur la fin de l’épidémie.
"C’est différent par rapport au début de cette épidémie’’, confie à Anadolu, Amadou Sadio Traoré. Pour ce chauffeur de profession à Conakry, la mauvaise communication est à la base de la psychose qui a envahi les guinéens pendant tout ce temps. ‘’Au début les gens avaient peur d’être contaminés faute d’une communication pertinente ».
‘’Au sein de notre secteur qui est le transport, beaucoup de personnes comme moi, n’ont pas vu quelqu’un contaminé par Ebola et n’ont pas été contaminés, on s’est rendu compte qu’il ne faut pas avoir peur. Pourtant le transport est le secteur le plus animé. C’est qui nous pousse à d’être optimistes’’, rajoute Amadou Sadjo Traoré.
Pour Traoré, les activités commencent à reprendre. ‘’Les activités recommencent petit à petit parce que même les commerçants reprennent leurs approvisionnements. A un moment donné, j’avais stoppé toutes mes activités parce que j’avais vraiment trop peur d’Ebola. Personnellement je m’adapte petit à petit en tentant d’oublier même l’existence de cette épidémie’’.
Ibrahima Bah, ingénieur en informatique dans la capitale guinéenne décrit la vie du guinéen sous Ebola en ces termes: ‘’Durant, toute cette épidémie, une partie des guinéens n’a pas cru et l’autre partie qui avait compris s’est finalement lassé du problème laissant ainsi les anciennes habitudes revenir. Comme la plupart des guinéens, je ne peux pas me laisser influencer par Ebola alors que je connais maintenant comment l’éviter. Je préfère chercher à éviter la maladie au lieu de me cacher’’.
‘’De nos jours, il ya moins de psychose mais les gens se méfient toujours car la majorité de la population joue à l’attentisme pour la rentrée scolaire’’, ajoute t-il.
Les écoles guinéennes, fermées par précaution contre Ebola pendant 3 mois et demi, ont rouvert leurs portes en Janvier, suite à la réduction enregistrée ces dernieres semaines des cas confirmés, selon un communiqué officiel des ministères chargés de l’enseignement diffusé vendredi par la presse locale.
Selon la coordination nationale de lutte contre Ebola, le nombre de cas hospitalisés dans les différents centres de traitement était de 18, à la date du 22 janvier, dont 9 confirmés. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a confirmé, mercredi dernier, cette tendance à la baisse, notamment en Guinée, jugeant le déclin "radical".
Pour Mamadou Djiwo Barry, étudiante, la méconnaissance d’Ebola a peiné la vie des guinéens. ‘’ C’était très difficile de vivre avec une maladie dont on ne connaissait pas le danger. Avant, je me posais mille et une question. Comment, cette maladie se transmettait ? Comment se protéger pour ne pas être contaminée? Même, si par malheur j’avais cette maladie, le seul remède était-il la mort?, s’interroge Barry.
Maintenant, poursuit-elle , "quand j’ai commencé à comprendre que les malades d’Ebola avaient la chance d’être sauvés et qu’il suffit de respecter les règles d’hygiène pour éviter d’être contaminé, je me suis dite que cette maladie n’est pas une fatalité ».
Toutefois, indique t-elle, ‘’je ne pourrais jamais m’habituer à Ebola. Je vis avec la peur de cette maladie malgré moi. Je souhaite maintenant que cette épidémie prenne fin pour que toutes les activités reprennent comme d’habitude. Parce que c’est vraiment dur de vivre avec une peur au ventre’’.
‘’Comme tout guinéen, le lavage de main est devenu une habitude. Mais la fréquentation entre les gens recommence son cours normal. C’est pourquoi, je pense que les gens pensent désormais à autres choses. Ces derniers jours aussi, on parle moins des personnes décédées d’Ebola’’, indique Djiwo Barry.
Ebola a fait 1821 décès sur 2817 cas enregistrés en Guinée. Alors que le bilan total des trois pays les plus touchés d’Afrique de l’Ouest (Guinée, Libéria, Sierra Leone) a atteint 8444 morts sur 21329 cas enregistrés), selon le dernier bilan de l’Organisation mondiale de la santé « OMS ».