Turquie, Politique

Taliban : La Turquie est en mesure de jouer un rôle important dans la reconstruction de l'Afghanistan (Interview)

- Le ministre par intérim des Affaires étrangères dans le gouvernement des Taliban en Afghanistan, Amir Khan Muttaqi, a souligné dans une interview accordée à l’Agence Anadolu que la Turquie est apte à contribuer à la reconstruction de l'Afghanistan

Ekip   | 18.10.2021
Taliban : La Turquie est en mesure de jouer un rôle important dans la reconstruction de l'Afghanistan (Interview)

Ankara

- Le ministre par intérim des Affaires étrangères dans le gouvernement des Taliban en Afghanistan, Amir Khan Muttaqi, a souligné dans une interview accordée à l’Agence Anadolu que :

- La Turquie dispose d'importantes potentialités et est apte à jouer un bon rôle dans les domaines des investissements et à contribuer à la reconstruction de l'Afghanistan

- Le gel des fonds de l'Afghanistan est une flagrante violation du droit international et des droits de l'Homme

- Le ministre turc des Affaires étrangères a adressé, lors de notre rencontre, des messages positifs au sujet du gouvernement et du peuple afghans

- La Turquie a une bonne économie et un gouvernement actif et Ankara exerce une diplomatie dynamique sur le plan international, en particulier dans le Monde islamique

- La non-reconnaissance par le monde de notre gouvernement est une violation des droits du peuple afghan et nous gérons nos relations diplomatiques avec nombre de pays comme si notre gouvernement était officiellement reconnu

​​​​​​​

AA / Ankara / Mehmet Ozturk

Le ministre par intérim des Affaires étrangères dans le gouvernement des Talibans, Amir Khan Muttaqi, a indiqué que l'Afghanistan et la Turquie sont liés par des relations historiques, relevant qu’Ankara est en mesure d'accomplir un rôle important dans les projets de reconstruction de l'Afghanistan.

C'est ce qui ressort d'une interview accordée par Amir Khan Muttaqi à Anadolu, en marge d'une visite officielle qu'il a entamé, jeudi, dans la capitale turque Ankara, à la tête d'une délégation du gouvernement Taliban et à l'invitation du ministère turc des Affaires étrangères pour mener des entretiens avec des responsables turcs.

Muttaqi a indiqué que la Turquie dispose d'importantes potentialités dans plusieurs régions en Afghanistan et est en mesure d'accomplir un rôle positif dans le domaine des investissements et de participer à certains projets qui contribueront à la reconstruction du pays.

Il a, également, précisé avoir discuté avec le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu de la situation politique actuelle en Afghanistan ainsi que des relations bilatérales et des moyens susceptibles de les promouvoir.

Muttaqi a relevé que les questions inhérentes à la reconnaissance officielle des Taliban et à la récupération des fonds afghans gelés par les Etats-Unis étaient également au menu des discussions avec les responsables turcs.

Le haut responsable Taliban a estimé, à ce propos, que le gel des fonds de l'Afghanistan constitue une flagrante violation du droit international et des droits de l'Homme, soulignant que « le ministre Cavusoglu a adressé des messages positifs au sujet du gouvernement et du peuple afghans au cours de la rencontre que nous avons eue dans la capitale turque ».

Muttaqi a dévoilé, aussi, avoir rencontré le Directeur de la Présidence des Affaires religieuses en Turquie (Diyanet), Ali Erbaş, qualifiant la rencontre « d’extrêmement fructueuse ».

Il a, par ailleurs, souligné s'être entretenu avec des responsables du Croissant Rouge turc, avec qui il a évoqué une série de questions portant sur les aides humanitaires turques et fait la lumière sur le rôle positif accompli par cette institution et la valeur de ces aides dans le soutien du peuple afghan.

« Nous nous sommes également entretenus avec des responsables au sein du ministère turc de l’Intérieur, et je suis en mesure d'avancer que ces rencontres étaient extrêmement positives. Ils nous ont bien écouté et nous leur avons également prêté une écoute attentive et j'espère tenir de pareilles rencontres à Kaboul à l’avenir », a-t-il dit.

Muttaqi a relevé que son gouvernement a également quelques contacts avec plusieurs pays occidentaux, annonçant la possibilité d'effectuer des visites officielles à ces pays au cours de la prochaine période.


- La Turquie est en mesure de jouer un rôle important

Muttaqi a souligné que la Turquie dispose d’une bonne économie et a un gouvernement actif et qu’Ankara exerce une diplomatie dynamique sur le plan international, en particulier, dans le Monde musulman.

Il a tenu à préciser, dans ce contexte, que son payer est « lié à la Turquie par des relations historiques en tant que deux pays musulmans, et qu'il estime que « Ankara est à même de jouer un rôle important dans les projets d'investissements et ceux se rapportant à la reconstruction de l'Afghanistan ».

Au cours de son entretien accordé à l’Agence Anadolu, il a mis l'accent sur l'importance que revêtent « les aides internationales ainsi que la reconnaissance officielle du gouvernement » de son pays afin de permettre une relance de l'économie afghane.


- Les fonds gelés

Muttaqi a dit que « les fonds financiers afghans qui ont été gelés par les Etats-Unis sont en réalité des fonds envoyés par d'autres pays et destinées au développement du pays ».

Il a relevé que « les salaires des fonctionnaires gouvernementaux en Afghanistan étaient assurés à travers les fonds générés par ces aides » et que son pays a réclamé l'appui des autorités turques afin de pouvoir accéder auxdits fonds.

« Près de 500 mille fonctionnaires gouvernementaux ont été engagés à l'époque de l'ancien président afghan Ashraf Ghani et le gouvernement verse leurs émoluments en fonction des moyens disponibles actuellement », a-t-il précisé.

Muttaqi s'est interrogé sur « la véritable raison à l'origine du gel de ces fonds », ajoutant à ce propos : « En quoi est fautif le peuple afghan? Quelle est l'erreur qui a été commise par le peuple pour que ces fonds soient gelés de la sorte ? »

Le haut responsable des Taliban a fait part de son « étonnement » quant à l'évocation par Washington et d'autres capitales occidentales de la nécessité d'offrir des aides à l'Afghanistan et de respecter les droits de l'Homme au même moment que les fonds sont gelés ».

Il a ajouté : « Nous considérons la Turquie comme étant l'un des pays importants réputés pour ses initiatives prises dans le domaine de l'application et du respect de la loi ur la scène internationale et c'est dans cette optique que nous avons partagé les détails de cette affaire avec les autorités turques », formulant l'espoir que l'intérêt requis sera accordé à cette question au cours des prochains jours.

Muttaqi a demandé à la Communauté internationale de « prêter main-forte à l'Afghanistan » afin que ce pays « puisse résoudre ses problèmes économiques et récupérer ses fonds gelés, l'objectif étant de relancer son économie ».


- La crise de la non-reconnaissance

Muttaqi a qualifié la non-reconnaissance par la Communauté internationale du gouvernement des Talibans en Afghanistan comme étant « une violation des droits du peuple afghan ».

« Nous avons souligné au cours des réunions que nous avons tenues récemment et celles qui ont été organisées à Doha avec les délégations des Etats-Unis et de l'Union européenne que des pays ont été créés à travers le monde via des coups d'Etat, des élections ou par l’accession au pouvoir par la force », a-t-il expliqué.

Et Muttaqi de s'interroger : « Pourquoi alors ces pays sont reconnus officiellement et que la même chose ne s'applique pas à l’Afghanistan ? ».

De notre point de vue, a-t-il insisté, « il s'agit d'une violation des droits du peuple afghan ».

Muttaqi a relevé que « la non-reconnaissance du gouvernement des Taliban aura des impacts négatifs des plus graves sur l'économie afghane, de même que la facilitation de l'accès de l'Afghanistan à ses fonds financiers et la réunion des conditions du développement de l'économie seront à même de de jouer un rôle extrêmement positif dans le renforcement de l'économie ainsi que dans l’amélioration des relations politiques dans la région ».


- Retard de la reconnaissance officielle

Il a tenu, cependant, à indiquer qu'ils « gèrent les relations diplomatiques de l'Afghanistan avec nombre de pays comme si le gouvernement des Talibans est déjà officiellement reconnu ».

Il a rappelé que « le gouvernement afghan actuel coopère avec plusieurs pays sur une série de questions de même que les délégations afghanes sont accueillies dans ces pays au même moment où de nombreuses ambassades continuent d’assurer leurs activités habituelles à Kaboul ».

« Effectivement, cela prendra quelque temps avant l'annonce de la reconnaissance officielle et nous aspirons à ce que les pays du voisinage et de la région qui disposent de bonnes relations avec l'Etat afghan soient en tête des pays qui reconnaîtront officiellement notre gouvernement ».

« L'Afghanistan a obtenu récemment de nombreux lots d'aide humanitaire qui ont été remis aux habitants des zones les plus pauvres du pays, a-t-il dit, indiquant que leur gouvernement a reçu des promesses pour la fourniture d'aides humanitaires au cours des réunions tenues récemment avec les délégations américaine et européenne ».

Il a, dans ce cadre, précisé que « l'Union européenne a promis de leur fournir plus d’un milliard de dollars sous forme d'aides humanitaires », estimant que cela aura un « impact positif sur l'économie et dévoilera le volume de la coopération que pourra offrir la Communauté internationale à notre gouvernement, de même que cela indique que les relations avec les pays du monde s'améliorent jour après jour ».


- Retour des réfugiés

Le ministre des Affaires étrangères du gouvernement des Taliban a mis l’accent sur la nécessité de développer l’économie pour garantir un retour digne des réfugiés afghans qui ont quitté le pays à cause des problèmes chroniques dont souffrait Kaboul.

Muttaqi estime que « la majorité des personnes qui ont quitté le pays avaient comme principal motif celui de fuir les problèmes économiques et non pas la sécurité », mettant l'accent sur le fait que « la crise ne doit pas contraindre les gens au départ ».

« Nous œuvrons à garantir le bien-être du peuple afghan…les réfugiés n'ont pas quitté le pays pour des raisons politiques et sécuritaires mais plutôt pour des motifs économiques et nous voulons que les Afghans vivent dignement dans leur pays », a-t-il insisté.

Et Muttaqi de poursuivre : « Nous n'avons de problème sur fond politique avec aucun citoyen afghan. Le message que j'adresse à tous les Afghans est que lorsqu'ils retourneront à leurs maisons, ils ne risquent aucun danger ».


- La condition de l'investissement

Concernant les critiques portant sur l'hégémonie chinoise grandissante en Afghanistan après l'arrivée des Taliban au pouvoir, Muttaqi a indiqué « qu’après 40 ans de conflits, un gouvernement afghan a été formé et est parvenu à contrôler la totalité du territoire national, à résoudre les problèmes sécuritaires et à créer une plateforme appropriée à l'investissement ».

Il a ajouté, à ce propos, que « Nous sommes disposés à travailler avec toute personne qui arrive en Afghanistan pour contribuer au développement de l'économie, à condition que cela se fasse de manière conforme aux exigences de la loi nationale et internationale et dans le respect de la Charia islamique ainsi que dans l'intérêt de l'Afghanistan ».

Evoquant la relation avec la Chine, Muttaqi a souligné qu’il « s'agit d'un pays influent dans la région. C'est un pays limitrophe à l'Afghanistan, nos deux pays sont liés par de bonnes relations et nous sommes disposés à négocier avec eux s'ils veulent travailler en Afghanistan ».

« S'ils veulent réaliser des projets en Afghanistan tout en s’engageant à respecter les modalités et la loi de notre pays, au premier rang desquelles figurent les exigences de la Charia islamique, cela ne pose pour nous aucun problème », a-t-il dit.

De même, a-t-il encore relevé, « Nous appelons les pays voisins et ceux de la région à venir en Afghanistan, à prendre des initiatives similaires, en particulier celles relative au parachèvement des projets en suspens ».


- La non-reconnaissance de notre gouvernement est dans l'intérêt de Daech

Quant aux menaces que représente l'Organisation terroriste de Daech sur les Talibans, menaces qui ont connu récemment une recrudescence notoire, Muttaqi considère que son gouvernement est parvenu à garantir la sécurité dans le pays.

Il a indiqué, dans ce cadre, que « la garantie de la sécurité des mosquées et des zones ciblées par l'Organisation de Daech n'est pas une tâche facile et cette situation accroît l'ampleur de la pression internationale exercée sur le gouvernement, de même que la non-reconnaissance internationale verse dans l'intérêt de la propagande véhiculée par Daech ».

Muttaqi a tenu à insister que le gouvernement « s'est engagé à prendre des mesures sécuritaires similaires, s’agissant aussi bien des mosquées sunnites ou chiites et ce, dans le but de réduire et d'endiguer les attaques qui ciblent les Chiites en Afghanistan ».

« Le gouvernement est responsable de la sécurité de toute personne qui vit en Afghanistan et nous ne ménageons aucun effort pour garantir la sécurité de tous », a encore dit Muttaqi.

Il a mis l'accent sur le fait que « le gouvernement déploie des efforts particuliers et exceptionnels pour assurer la sécurité dans les lieux de culte ».

« L'Afghanistan ne fait pas face à un problème sécuritaire chronique comme cela avait été le cas par le passé », a-t-il insisté.

Il a, par ailleurs, relevé que « le gouvernement a décrété une amnistie qui a bénéficié aux déserteurs parmi les soldats et aux policiers dissidents qui continuent de vivre normalement et de vaquer à leurs occupations quotidiennes en Afghanistan ».


- Souhait d’établir des relations diplomatiques avec Washington

Muttaqi a affirmé que le gouvernement de son pays est « résolu à établir des relations économiques et diplomatiques avec les Etats-Unis », souhaitant voir l'Administration de Washington jouer un rôle « actif dans le développement de l'Afghanistan ».

« Evidemment que nous ne voulons pas que des forces militaires américaines soient déployées dans notre pays, dès lors que l'indépendance de l'Afghanistan est une question irrévocable mais l'accord auquel nous sommes parvenus à Doha permet aux Etats-Unis de prendre part au développement de l'Afghanistan », a-t-il expliqué.

Muttaqi a relevé que « le gouvernement des Taliban dispose également de bonnes relations avec la Russie », précisons, dans ce cadre, qu'une délégation s'envolera prochainement en direction de Moscou pour avoir des discussions avec les responsables russes au sujet de la situation actuelle.

Il a, sur un autre plan, mis l'accent sur le fait que « l'Afghanistan n'a pas de problème avec le Tadjikistan voisin », estimant que « les médias ont amplifiée des déclarations faites de part et d’autre par les responsables des deux pays ».

« Tous les différends peuvent être aplanis via les négociations, la diplomatie et une compréhension mutuelle », a-t-il encore souligné.

En réponse à une question sur une rencontre tenue par le gouvernement Taliban avec celui d’Islamabad au sujet des frontières avec le Pakistan, Muttaqi a lancé : « Nous voulons avoir de bonnes relations avec le Pakistan, en particulier, sur le plan économique d'autant plus que des millions d’Afghans sont établis au Pakistan ».

Il a rappelé, dans ce cadre, les bonnes relations commerciales tissées entre les deux pays ajoutant que « Nous partageons des frontières avec le Pakistan de 2400 km et c'est pour cette raison que nous avons besoin d’avoir de bonnes relations avec Islamabad aussi bien dans les champs diplomatique qu'économique ».


*Traduit de l’Arabe par Hatem Kattou


Seulement une partie des dépêches, que l'Agence Anadolu diffuse à ses abonnés via le Système de Diffusion interne (HAS), est diffusée sur le site de l'AA, de manière résumée. Contactez-nous s'il vous plaît pour vous abonner.
A Lire Aussi
Bu haberi paylaşın